Agroalimentaire

Algérie : une épidémie bride l’envol de la filière avicole

Réservé aux abonnés | | Par - à Alger
Mis à jour le 11 mars 2021 à 10h19
Marché de Bab El Oued à Alger.

Marché de Bab El Oued à Alger. © Louafi Larbi/REUTERS

L’apparition d’un foyer de contamination de grippe aviaire dans l’est du pays met à mal le marché de l’export, encore faible mais prometteur selon Alger.

Les autorités russes ont annoncé le 2 mars l’interdiction de l’importation des produits de volailles, d’oiseaux vivants et d’œufs originaires d’Algérie, à la suite de la détection de cas de grippe aviaire dans un élevage dans l’est du pays. Ces restrictions temporaires concernent également les produits finis à partir de volailles ou de produits d’alimentation pour oiseaux, tels que les compléments alimentaires et le fourrage pour volailles ainsi que le matériel utilisé pour l’abattage d’oiseaux, précise le service de contrôle vétérinaire russe dans un communiqué.

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La Russie est ainsi devenue le troisième pays à freiner ses importations de volailles algériennes, après la Chine et la Mauritanie. Au ministère de l’Agriculture algérien, on se veut rassurant.

Le foyer d’Oum El Bouaghi est aujourd’hui éteint

« Cette approche est celle de tous les pays. Une fois qu’un État déclare une maladie, les services vétérinaires des pays importateurs suspendent leurs importations, s’assurent qu’un dispositif de surveillance est mis en place et que le foyer a été éteint », explique le service vétérinaire du ministère de l’Agriculture.

Et d’ajouter : « Il y a eu une cargaison qui est partie de Skikda [à 470 km à l’est d’Alger] vers le port de Nouakchott. Les services vétérinaires mauritaniens l’ont interceptée et il a fallu que les services vétérinaires algériens interviennent auprès de leurs homologues pour leur expliquer que ce produit n’était pas issu d’Oum El Bouaghi où le foyer a été détecté. Nous avons certifié que le produit était sain et les services vétérinaires mauritaniens ont accepté le débarquement de cette cargaison ».

Deux mille oiseaux abattus

Selon le ministère, le foyer de grippe aviaire, découvert à la fin de janvier dans un élevage de volailles à Ain Fakroun, dans la wilaya d’Oum el Bouaghi, est aujourd’hui « éteint ». Et les prospections faites « au niveau de toute la wilaya ont donné des résultats négatifs ».

Cinquante et un mille oiseaux infectés par la souche H5N8 ont été décimés par le virus entre le 17 et le 21 janvier, d’après les autorités locales.

Nous restons vigilants, les prospections continuent

Par précaution, 2 000 oiseaux, potentiellement contaminés, ont été abattus.

Visées asiatiques et africaines

Si le marché de l’exportation de produits avicoles algérien reste faible, à moins de 2 millions de dollars par an (contre 78 millions  de dollars d’exportation de viande de volaille pour le leader continental, l’Afrique du Sud), les autorités algériennes ont affiché ces dernières années l’ambition de le voir se développer rapidement.

En septembre 2018, le ministère de l’Agriculture se félicitait des exportations d’œufs et de pattes de poulet et de « biens d’autres produits avicoles vers plusieurs pays de l’Asie ». Le Vietnam, qui ne s’est pas encore prononcé officiellement depuis le déclenchement de la dernière épidémie, a absorbé en 2019 environ 90 % des exportations algériennes, devant Hong-Kong.

Malgré les défections de Moscou, Pékin et Nouakchott, Alger se dit serein

En octobre 2020, le gouvernement a annoncé son intention d’élargir la gamme de produits avicoles pouvant être exportés vers le Vietnam. Plus récemment, le pays a exploré de plus en plus la possibilité d’écouler sa production ailleurs en Afrique, notamment en Mauritanie.

En 2015, la production avicole de l’Algérie, essentiellement dédiée au marché local, était de 155,5 milliards de dinars (1,37 milliard de dollars), contre 54,8 milliards de dinars en 2009.

Oiseaux migrateurs

Malgré les « défections » de Moscou, Pékin et Nouakchott, les autorités algériennes se disent sereines, mais vigilantes. Le pays reste en alerte et le ministère de l’Agriculture a mis en place un système de surveillance pour empêcher la propagation du virus. Ce mécanisme restera à l’œuvre jusqu’à la remontée des oiseaux migrateurs vers les pays du Nord.

Il y a eu des suspicions mais aucune confirmation de contamination n’a eu lieu

« Nous restons vigilants, les prospections continuent. Outre l’installation d’une commission au niveau central pour suivre ce qui se passe sur le terrain, des cellules de wilaya sont aussi en alerte et recueillent les informations des différents acteurs sur le terrain », précise le service vétérinaire du ministère.

Aucun autre foyer de contamination du virus hautement contagieux n’a été détecté. « Il y a eu des suspicions mais aucune confirmation de contamination au H5N8 n’a eu lieu », indique la même source.

Étroite surveillance

Selon les autorités algériennes, les oiseaux migrateurs sont à l’origine de la contamination de volailles au H5N8, une souche mortelle pour les oiseaux, apparue en 2004 en Chine.

Le ministère rappelle qu’avant l’apparition du foyer de grippe aviaire à Oum el Bouaghi, un dispositif de surveillance était déjà installé « comme chaque année à partir des mois de novembre-décembre, qui correspondent à la période de migration des oiseaux des pays du Nord vers les pays du Sud. Nous travaillons en étroite collaboration avec les forestiers pour surveiller ces oiseaux migrateurs au niveau des zones humides pour rechercher d’éventuels foyers ».

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