Diplomatie

Pourquoi le lobbying de diplomates en faveur de Dan Gertler a échoué

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Mis à jour le 05 mars 2021 à 16h50
Le milliardaire israélien Dan Gertler s’exprime lors d’un entretien avec Bloomberg dans son bureau à Ramat Gan, en Israël, le 12 juin 2012.

Le milliardaire israélien Dan Gertler s'exprime lors d'un entretien avec Bloomberg dans son bureau à Ramat Gan, en Israël, le 12 juin 2012. © Simon Dawson/Bloomberg via Getty Images

Plusieurs diplomates se sont fendus, sans succès, de lettres officielles de soutien en faveur de l’homme d’affaires israélien. 

L’ambassadeur norvégien Tør Wennesland, coordonnateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, a écrit une lettre de soutien à Dan Gertler. L’homme d’affaires israélien l’a transmise le 29 septembre 2020 aux députés européens, membres de la sous-commission des droits de l’homme.

Dans ce courrier à en-tête du ministère des Affaires étrangères norvégien, que Jeune Afrique a pu se procurer, cet ancien ambassadeur en Égypte et en Libye vante les bons offices de ce proche de Joseph Kabila. Selon Tør Wennesland, de janvier 2014 à avril 2015, Gertler a oeuvré à favoriser la libération et le retour à Oslo de Josva French, un ressortissant norvégien condamné pour meurtre et incarcéré à Kinshasa.

Cette missive a suscité mi-février une vive polémique.

Désaveu ministériel

Questionnée à ce sujet le 17 février par des députés du Parlement norvégien, la ministre des Affaires étrangères, Ine Eriksen Søreide, a désavoué le diplomate, indiquant que celui-ci ne pouvait se prévaloir de son statut d’ambassadeur de Norvège et d’un papier à en-tête de son administration pour laisser entendre que son pays soutenait l’Israélien. La ministre a également affirmé que Dan Gertler n’avait joué qu’un rôle ponctuel et mineur dans la libération de Josva French en mai 2017.

Deux autres lettres de soutien à Dan Gertler ont été envoyées aux parlementaires européens. L’une émane de l’ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Danny Ayalon, qui est aussi un ancien vice-ministre des Affaires étrangères. L’autre est signé de l’Américaine Jendayi Elisabeth Fraser, ancienne directrice des Affaires africaines auprès de Condoleeza Rice, sous la présidence de George W. Bush. Tous deux vantent le rôle d’intermédiaire officieux qu’aurait joué Dan Gertler en 2002 entre Israël, les États-Unis et les nouvelles autorités de la RDC, peu après l’arrivée de Joseph Kabila au pouvoir.

Sanctions européennes

Ces différentes missives ont laissé de marbre les parlementaires de la sous-commission des droits de l’homme, qui avaient auditionné fin août les militants de l’ONG « Le Congo n’est pas à vendre », et notamment son porte-parole, Jean-Claude Mputu. Emmenés par la socialiste belge Marie Arena, présidente de la sous-commission, 42 parlementaires avaient écrit le 5 février à l’Espagnol Josep Borell, haut-représentant de l’UE aux Affaires étrangères, pour lui suggérer que des sanctions soient adoptées à l’encontre de l’homme d’affaires.

Dan Gertler est attaqué par des ONG de transparence économique pour ses transactions dans le secteur extractif en RDC, qui lui auraient permis, du fait de sa proximité avec la présidence, de réaliser des plus-values indues d’au moins 1,3 milliard de dollars selon Global Witness et Africa Progress Panel. Gertler utiliserait essentiellement l’euro – et non plus le dollar – pour ses transactions internationales, du fait des sanctions américaines le visant depuis 2017 (celles-ci ont toutefois été levées par le président Donald Trump dans les dernières heures de son mandat fin janvier).

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