Politique

Cameroun : Jean-Michel Nintcheu prêt à succéder à John Fru Ndi à la tête du SDF

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Le député Jean-Michel Nintcheu, 62 ans, doit élaborer la nouvelle stratégie opérationnelle du Social Democratic Front.

Le député Jean-Michel Nintcheu, 62 ans, doit élaborer la nouvelle stratégie opérationnelle du Social Democratic Front. © MABOUP

En recul dans l’opinion, le Social Democratic Front doit aussi préparer la relève de son dirigeant historique. Bien placé pour prendre sa suite, le député de Douala entend renouer avec les racines frondeuses du parti d’opposition. Mais Joshua Osih fait de la résistance.

« Je ne me présenterai plus à aucune élection présidentielle. » Le 11 février dernier, John Fru Ndi a confirmé ce que beaucoup savaient sans l’avoir formulé. « À un certain âge, vous devez laisser les plus jeunes continuer. […] La politique ne consiste pas à s’asseoir à Yaoundé ou à Bamenda. Il s’agit d’aller vers les gens. Et si je ne peux plus le faire, il faut laisser une autre personne le faire », a ajouté l’emblématique chairman du SDF, actant une étape de plus vers sa retraite politique.

Penser à l’avenir

Depuis l’élection présidentielle de 2018, à laquelle Fru Ndi ne s’était déjà pas présenté, le Social Democratic Front (SDF) sait qu’il est urgent de penser à l’avenir. À l’époque, même selon des résultats officiels contestés, Joshua Osih, le candidat du parti, n’avait rassemblé que 3,35 % des suffrages, derrière deux autres opposants, Cabral Libii (6,28 %) et Maurice Kamto (14,23 %). Aussitôt, la fronde s’était répandue dans les troupes socialistes, prônant un changement de cap et une opposition plus radicale au pouvoir en place.

Un tremplin pour prendre les rênes de la formation

Un homme tente de capitaliser sur cette lame de fond : Jean-Michel Nintcheu, député de Douala. Fin 2020, c’est à lui qu’a été confiée la mission de mettre sur pied la future stratégie du parti, qui devait être présentée lors d’une réunion du bureau national à la mi-mars.

Président de la commission Action du SDF, il compte bien s’en servir comme d’un tremplin pour prendre les rênes de la formation, dont il espère restaurer les racines frondeuses des années 1990. « Le SDF a perdu pied à mesure qu’il cohabitait avec le RDPC [Rassemblement démocratique du peuple camerounais] et que le MRC [Mouvement pour la renaissance du Cameroun] de Kamto prenait sa place sur le terrain », détaille un politologue.

Succession dans toutes les têtes

« Nintcheu doit reconstruire une popularité et recréer un engouement. Il lui faudra parfois s’allier avec le MRC, mais cela ne le dérange pas », ajoute notre source.

Le député en aura-t-il les moyens ? Si Fru Ndi a annoncé sa retraite en tant que candidat à la présidentielle, il n’a rien dit de son futur en tant que président du parti. Toutefois, sa succession au SDF est dans toutes les têtes et pourrait intervenir lors de la convention du parti en 2022 (voire plus tôt en cas d’organisation anticipée).

La course à l’investiture pourrait se résumer à un match entre Nintcheu et Osih

Après les décès de Joseph Banadzem en 2019 et de Joseph Mbah Ndam l’année suivante, peu de piliers sont en mesure de briguer le poste. La course à l’investiture pourrait se résumer à un match entre Nintcheu et Osih, certes fragilisé mais bien implanté – et n’ayant pas dit son dernier mot.

Jean Tsomelou en arbitre

Au cours d’une assemblée extraordinaire tenue au domicile de Nintcheu le 21 mars, des militants du SDF, rassemblés en « comité exécutif régional du Littoral », ont prononcé l’exclusion de Joshua Osih (lequel n’était pas présent), l’accusant de proximité avec le RDPC. Cette décision n’est toutefois pas contraignante et devra être avalisée, ou non, lors d’un conseil national exécutif de la formation socialiste.

Entre temps, un médiateur a été nommé pour aplanir le différend entre les deux rivaux, en la personne du sénateur Jean Tsomelou. Le 25 mars, ce dernier a rappelé les intéressés à l’ordre : « Tout étalage médiatique sur la place publique des divergences internes du parti sera considéré comme une volonté délibérée de destruction du SDF et de démobilisation de ses militants. »

Joshua Osih traîne son résultat à l’élection de 2018 comme un boulet

La bataille se poursuit donc, pour l’instant, en coulisses. « Joshua Osih a une influence sur l’appareil du parti, mais il traîne son résultat à l’élection de 2018 comme un boulet. Nintcheu a l’avantage dans les médias et l’opinion publique, puisqu’il prône un rapport de forces plus radical avec le pouvoir », conclut un ancien du SDF.

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