Politique

Présidentielle au Tchad : Saleh Kebzabo, principal opposant d’Idriss Déby Itno, retire sa candidature

| Par Jeune Afrique avec AFP
l’opposant tchadien Saleh Kebzabo a retiré sa candidature à la présidentielle du 11 avril 2021.

l'opposant tchadien Saleh Kebzabo a retiré sa candidature à la présidentielle du 11 avril 2021. © Vincent Fournier/JA

Le principal opposant au Tchad, Saleh Kebzabo, a retiré lundi sa candidature de la présidentielle du 11 avril en accusant le président Idriss Déby Itno, grand favori pour un sixième mandat, d’intimider ses rivaux par l’usage de la force.

Candidat malheureux à quatre reprise contre Idriss Déby Itno, Saleh Kebzabo a annoncé son retrait au lendemain d’une sanglante tentative d’arrestation par l’armée de Yaya Dillo Djerou, autre candidat déclaré, qui s’est soldée par la mort d’au moins trois personnes : sa mère et deux militaires. Condamnant « l’attaque militaire du domicile de M. Yaya Dillo Djerou », le député de l’opposition a dénoncé « le climat d’insécurité qui entachera certainement la campagne électorale pour les candidats qui vont affronter M. Déby, lequel dirige le Tchad d’une main de fer depuis plus de 30 ans.

Et Saleh Kebzabo, invoquant « une militarisation évidente du climat politique », a annoncé le retrait de sa candidature, « pour ne pas avoir à servir de caution à la mascarade qui se prépare sur une grande échelle ».

Cet ancien journaliste, arrivé troisième à la présidentielle de 1996, s’était rallié au chef de l’État au second tour, avant d’entrer dans son gouvernement. Il y enchaînera les portefeuilles jusqu’à sa rupture avec Idriss Déby Itno en 1999, qu’il affrontera encore sans succès aux présidentielles de 2001, 2006 et 2016. Dimanche, la police épaulée par des militaires lourdement armés et des blindés ont tenté d’arrêter l’opposant et candidat déclaré Yaya Dillo à son domicile de N’Djamena, en vertu de deux mandats d’amener de la justice pour « diffamation et injures » à l’égard de l’épouse du chef de l’État.

Le gouvernement accuse Yaya Dillo Djerou

Le mouvement de Yaya Dillo Djerou, le Front nouveau pour le changement (FNC), a assuré dans un communiqué que cinq membres de la famille de l’opposant, dont sa mère, ont été tués par un corps d’élite de l’armée qui ont « défoncé son portail avec un char blindé ». Une version contredite lundi par le ministre des Affaires étrangères Amine Abba Sidick devant le corps diplomatique : « un tir de l’intérieur visant les forces de l’ordre a atteint mortellement la mère de Yaya Dillo », a-t-il affirmé, ajoutant que deux militaires ont été tués dans un blindé dans la cour de l’opposant.

Selon le ministre, « Dillo et cinq hommes armés de fusils de guerre » ont ouvert le feu sur les forces de l’ordre dès leur arrivée. Puis un blindé léger est entré dans la cour du domicile et a été pris d’assaut, deux membres de l’équipage ont été tués. Dans la cohue, les soldats « ont laissé partir des civils » et Yaya Dillo Djerou « s’est probablement échappé en se cachant parmi eux », a assuré le ministre. « Sa position demeure inconnue », a confirmé lundi le procureur de la République de N’Djamena Youssouf Tom.

Ancien chef rebelle et membre de la même ethnie zaghawa que Déby, Yaya Dillo Djerou avait rallié en 2007 le président tchadien, dont il était devenu ministre avant d’occuper plusieurs postes de conseiller à la présidence. Il fut ensuite représentant du Tchad à la Commission des États de l’Afrique centrale (Cemac) jusqu’en 2020, avant de rejoindre l’opposition.

Internet restreint

Lundi, quelques blindés et des membres de la garde présidentielle et de la gendarmerie étaient encore positionnés près du domicile de Yaya Dillo Djerou. L’accès à internet mobile, quasiment impossible dimanche, était encore fortement perturbé lundi.

Depuis plusieurs semaines, le gouvernement interdit systématiquement et réprime durement toute manifestation de l’opposition et de la société civile qui réclament « l’alternance et plus de justice sociale ». Amnesty international a dénoncé des « restrictions non nécessaires et disproportionnées du droit à la liberté de réunion pacifique » et des « arrestations arbitraires ».

Outre Idriss Déby Itno, une quinzaine de personnes ont annoncé leur intention de déposer leur candidature à la présidentielle, mais la Cour suprême doit publier dans les jours qui viennent la liste de celles officiellement retenues.

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