Politique

Tchad : ce que les autorités reprochent à l’opposant Yaya Dillo Djerou 

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Mis à jour le 03 mars 2021 à 13h00
L’ancien chef rebelle tchadien Yaya Dillo Djerou à N’Djamena, le 10 novembre 2007.

L'ancien chef rebelle tchadien Yaya Dillo Djerou à N'Djamena, le 10 novembre 2007. © THOMAS COEX/AFP

L’opposant et candidat déclaré à la présidentielle Yaya Diallo Djerou est en fuite depuis la tentative d’arrestation dont il a fait l’objet les 27 et 28 février à son domicile de N’Djamena. J.A. vous donne les détails du dossier.

Yaya Dillo Djerou a été exfiltré lundi 1er mars de son domicile du 5ème arrondissement de N’Djamena par des proches, ont confirmé les autorités tchadiennes. L’opposant « a quitté son domicile avec l’aide de quelques acolytes et sa position demeure inconnue », a ainsi déclaré le 1er mars le procureur de la République près du tribunal de grande Instance de N’Djaména, Youssouf Tom.

Ce dernier a par ailleurs annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire pour meurtre, coups et blessures volontaires, et complicité de meurtre contre tous les auteurs, coauteurs et complices d’infractions ayant eu lieu lors de la tentative d’interpellation de Yaya Dillo Djerou, les 27 et 28 février.

Selon les autorités tchadiennes, au moins deux personnes ont été tuées et cinq autres blessées dans cette opération de police à la suite d’échanges de tirs. « Il y a eu deux morts et cinq blessés dont trois parmi les forces de l’ordre, a indiqué Chérif Mahamat Zene, porte-parole du gouvernement. Les forces de défense et de sécurité […] ayant essuyé des tirs d’armes », elles « n’ont pas eu d’autre choix que de riposter ».

Confrontation avec Hinda Déby Itno…

« Le gouvernement condamne avec la dernière énergie cette rébellion armée au cœur de la capitale, qui n’est qu’une tentative de déstabilisation des institutions de l’État fomentée de longue date », avait accusé le porte-parole du gouvernement. « Ils viennent de tuer ma mère et plusieurs de mes parents », avait quant à lui affirmé Yaya Dillo Djerou, qui s’est déclaré candidat à l’élection présidentielle du 11 avril.

« Un blindé a enfoncé ma porte principale. La lutte pour la justice doit continuer pour sauver notre pays. […] Mes chers compatriotes, levons-nous ! » avait-il ajouté dimanche 28 février dans la soirée.

Yaya Dillo Djerou était sous le coup de deux mandats d’arrêt à la suite d’une plainte déposée en mai 2020 par la première dame, Hinda Déby Itno, et sa fondation Grand Cœur pour diffamation et injures. L’opposant avait dénoncé sur les réseaux sociaux une convention signée entre Grand Cœur et le gouvernement dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de coronavirus.

Ancien ministre des Mines et de l’Énergie et ex-conseiller à la présidence de la République, il avait parlé de « conflit d’intérêts » à propos de cet accord dans une vidéo qui était par la suite devenue virale. Selon Dillo Djerou, la fondation s’attribue de façon abusive les prérogatives de certains ministères, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation.

… et candidature à la présidentielle

À la suite de cette plainte, l’ancien conseiller du président avait été suspendu, le 11 mai 2020, de ses fonctions de représentant tchadien à la Commission économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) pour « manque de neutralité et violation du droit de réserve ». Sous la pression de N’Djamena, et notamment de la vice-présidente de la Commission, Fatima Haram Acyl, sœur d’Hinda Déby Itno, il en avait été licencié le 6 juillet.

Il lui était d’ailleurs également reproché de ne pas avoir restitué ses trois véhicules de fonction après avoir été démis de son poste à la communauté régionale. Selon nos informations, plusieurs convocations avaient été émises depuis mai 2020 par la justice tchadienne pour entendre Yaya Dillo Djerou, lequel ne s’était pas présenté, mettant en avant jusque début juillet l’immunité que lui conférait son rôle au sein de la Cemac.

La police avait aussi tenté de se présenter à son domicile à au moins deux reprises, mais a rebroussé chemin face aux partisans présents sur les lieux.

Interrogé en place publique devant une foule de spectateurs filmant la scène

L’ancien ministre avait toutefois été entendu début juillet par des agents de la police judiciaire, lors d’un séjour privé dans son village d’Iriba, dans la province de Wadi Fira (frontalière avec le Soudan). Une scène étonnante puisque l’ancien rebelle du Socle pour le changement, l’unité et la démocratie (Scud), rallié en 2007 à Idriss Déby Itno, y avait été interrogé en place publique devant une foule de spectateurs filmant la scène.

« De la barbarie pure et simple », selon Saleh Kebzabo

Le 26 février, Yaya Dillo Djerou avait déposé son dossier de candidature pour la présidentielle du 11 avril prochain, lors de laquelle le président Idriss Déby Itno briguera un sixième mandat. Il avait été désigné mi-février par le Parti socialiste sans frontières (PSF), à l’issue d’un congrès extraordinaire organisé sur le thème « L’heure du changement a sonné ».

Ce 2 mars, Saleh Kebzabo, autre opposant ayant déclaré sa candidature à la magistrature suprême, a annoncéqu’il se retirait du processus électoral. Il a qualifié les événements au domicile de Yaya Dillo Djerou de « barbarie pure et simple » de la part de « dirigeants indignes ». Succès Masra, autre prétendant ayant déposé son dossier de candidature pour la présidentielle, a réclamé la démission d’Idriss Déby Itno.

 

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