Cinéma

Sénégal : « si les discothèques rouvrent, pourquoi pas les cinémas ? »

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Le Complexe cinématographique Ousmane Sembène à Dakar.

Le Complexe cinématographique Ousmane Sembène à Dakar. © Thibaut Piel

Alors que le Sénégal commence à autoriser la réouverture de bars, de discothèques ou de musées, les salles obscures restent fermées. Une situation dénoncée par le directeur du Complexe cinématographique Ousmane Sembène, à Dakar.

À Dakar, les responsables de cinéma broient du noir. Depuis près d’un an, les salles obscures restent fermées, tandis que différents arrêtés et circulaires émanant du gouverneur de la région ou du Ministère de la culture et de la communication, autorisent, parfois temporairement, la réouverture des restaurants, bars, discothèques ou musées. Directeur du Complexe cinématographique Ousmane Sembène depuis six mois, Kevin Aubert oscille entre colère et incompréhension. Rencontre.

Kevin Aubert, directeur du Complexe cinématographique Ousmane Sembène de Dakar.

Kevin Aubert, directeur du Complexe cinématographique Ousmane Sembène de Dakar. © DR

Jeune Afrique : Vous affirmez que le cinéma, à Dakar, vit « une crise sans précédent »… Pourquoi ?

Kevin Aubert : Les cinémas de la ville, c’est-à-dire notre complexe et le CanalOlympia Téranga, sont fermés depuis le 15 mars 2020 sur décision gouvernementale. Il s’agissait alors d’endiguer la propagation du virus en fermant les établissements culturels, les marchés… Mais tandis que des arrêts ont permis la réouverture des restaurants, des salles de sport, des discothèques, ou de lieux culturels accueillant moins de 500 personnes, les autorités ont exigé que les cinémas et le Grand théâtre national de Dakar restent fermés.

Les cinémas sont-ils fermés parce qu’ils ne satisfont pas aux mesures sanitaires préconisées par le gouvernement ?

Non, ça dépasse toute logique sanitaire… Nous étions prêts à respecter des protocoles très stricts : condamnation de fauteuils pour éviter les contacts, port du masque obligatoire, mise à disposition de gel sur tout le parcours de nos clients, ThermoFlash [thermomètre sans contact] à l’entrée de l’établissement, réorganisation des flux de spectateurs… Nous avons défendu des mesures qui vont bien au-delà de celles mises en place dans d’autres lieux qui ont pourtant pu rouvrir.

Il y a un manque de considération à l’égard des cinémas. Dakar a pourtant été l’une des grandes capitales du 7e art en Afrique

Comment expliquez-vous ce traitement particulier ?

Je pense qu’il y a un manque de considération à l’égard des cinémas au Sénégal. Il faut rappeler que Dakar était l’une des grandes capitales du septième art en Afrique jusqu’à la fin des années 1990. Mais beaucoup de salles appartenant à l’État ont été privatisées, la plupart ont fermé progressivement. La relation des Sénégalais au cinéma passait par le piratage, par des projections sauvages.

Actuellement il y a un nouvel élan : le CanalOlympia a ouvert en 2017, notre complexe a été inauguré en 2018 et le multiplexe Pathé-Gaumont doit être lancé cet été… Mais tout cela est trop récent, notre voix n’est pas encore entendue.

Dans une salle du Complexe cinématographique Ousmane Sembène de Dakar.

Dans une salle du Complexe cinématographique Ousmane Sembène de Dakar. © Thibaut Piel

Comment vivez-vous la situation, financièrement ?

Nous survivons ! Notre complexe est adossé au parc d’attractions Magic Land, qui reste partiellement ouvert. Mais nos employés sont au chômage technique et les journaliers ne travaillent plus. Quand je viens au cinéma, il n’y a plus avec moi qu’un gardien et une personne pour la maintenance. De temps à autre, le projectionniste passe aussi pour désencrasser les machines.

Je me démène pour rencontrer le gouverneur de Dakar, les ministres. Il est très compliqué de se faire entendre

Avez-vous pensé à des alternatives, comme la création d’une plateforme de streaming ou l’organisation de projections en extérieur ?

Non, le streaming n’est pas notre métier. Et nous n’avons pas d’endroit pour proposer des projections en plein air, hormis le parking, mais il n’est pas adapté.

Vous ne vous sentez pas soutenus par les autorités ?

Non… Depuis que j’ai pris mes fonctions, il y a six mois, je me démène pour rencontrer le gouverneur de Dakar, les ministres. Il est très compliqué de se faire entendre. Le gouverneur était d’accord pour nous appuyer, mais la deuxième vague de la pandémie a tout compromis.

Qu’espérez-vous ?

La mise en place d’un fond de soutien… Le bureau de la cinématographie, au ministère de la culture, est à notre écoute, mais pour l’heure nous ne sommes pas spécifiquement aidés. Nous espérons surtout pouvoir rouvrir rapidement : si les discothèques ouvrent à nouveau, il n’y a aucune raison que les cinémas restent fermés !

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