Politique

Oubliée par Trump, la Tunisie redevient une priorité pour les États-Unis

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Mis à jour le 26 février 2021 à 15:21

Rached Ghannouchi et Donald Blome, lors de leur entretien le 23 février à Tunis. © DR

Tandis qu’Ennahdha mise beaucoup sur le retour des Démocrates à la Maison-Blanche, les Américains, qui s’étaient désintéressés de la Tunisie sous Donald Trump, reviennent en force dans le pays.

Washington suit à nouveau la Tunisie de près. Pour preuve, le 24 février, une délégation de hauts gradés conduite par le général Christopher G. Cavoli, commandant de l’armée de terre des États-Unis pour l’Europe et l’Afrique, accompagné du major Andrew M. Rohling, le commandant de la Task force d’Europe du Sud, est arrivée en Tunisie.

Début 2021, Noah Feldman, constitutionnaliste et professeur de droit à Harvard, qui avait suivi sur place l’élaboration de la Constitution entre 2012 et 2014, a exprimé dans un rapport au Congrès américain ses craintes sur l’évolution de la démocratie en Tunisie. Des sources proches du Parlement tunisien confirment que l’aide américaine qui sera octroyée, à l’issue d’une visite de sénateurs en mars, sera conditionnée au respect d’un agenda de consolidation des acquis démocratiques.

Source de tensions

Depuis la Révolution de 2011, les États-Unis ont investi plus d’un milliard de dollars en équipement et formation pour l’armée tunisienne, travaillant en étroite collaboration avec les forces locales notamment pour éradiquer le terrorisme (entraînement des militaires aux combats avec les jihadistes dans les montagnes proches de l’Algérie, renforcement de la surveillance à la frontière libyenne, partage de renseignements, etc.). Mais le désintérêt de Donald Trump pour ce pays avait permis aux Français de regagner du terrain.

Dans un contexte de crise gouvernementale et d’instabilité politique, ce regain d’influence des États-Unis en Tunisie cristallise les tensions. Abir Moussi, la présidente du Parti Destourien Libre (PDL), députée et ennemie d’Ennahdha, a dénoncé le 18 février par voie d’huissier la convention entre l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), présidée par Rached Ghannouchi, et le National Democratic Institute (NDI). Ce think tank finance, sans raisons précises selon elle, les déplacements de députés dans les régions. Les États-Unis sont des soutiens de longue date des mouvements politiques islamistes dans la région.

Ce contrat constitue une « ingérence » selon l’élue, qui s’était entretenue la veille avec l’ambassadeur de France en Tunisie, André Parant. Elle s’est d’ailleurs offusquée du fait que la chancellerie américaine réponde à sa demande de rendez-vous en lui proposant un entretien avec son numéro deux et non avec l’ambassadeur Donald Blome – une offre qu’elle a finalement déclinée. Ce dernier a rencontré Rached Ghannouchi le 23 février, qui s’est ensuite fendu d’un courrier pour demander le soutien moral du nouveau président Joe Biden.