BTP & Infrastructures

Maroc : en perte de vitesse, Anas Sefrioui veut relancer Addoha en Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Sénégal, Ghana)

Réservé aux abonnés | | Par - à Casablanca
Mis à jour le 02 mars 2021 à 16h13
Anas Sefrioui, président directeur du groupe Addoha, avec le président sénégalais Macky Sall, lors de la pose de la première pierre de la Cité de l’Émergence à Dakar en 2014.

Anas Sefrioui, président directeur du groupe Addoha, avec le président sénégalais Macky Sall, lors de la pose de la première pierre de la Cité de l'Émergence à Dakar en 2014. © Youri Lenquette pour JA

En perte de vitesse depuis deux ans, le poids lourd de la bourse de Casablanca cible l’activité en dehors du royaume pour redresser la barre.  

En ce mois de février, le groupe Addoha a fait une nouvelle fois appel au marché obligataire pour s’endetter. Près de 600 millions de dirhams (55 millions d’euros) vont être levés par le promoteur immobilier, pour lesquels les équipes financières du groupe ont négocié un délai de deux ans pour le remboursement du capital afin de se donner un peu de répit.

Le secteur traîne un stock d’invendus immense

Cette nouvelle ligne de crédit a pour principal objectif de rallonger la maturité de la dette de la société qui s’élève à 4,8 milliards de dirhams au 30 septembre 2020.

« À force d’accumuler de la dette, Addoha est obligé d’effectuer des reprofilages de temps en temps. Aujourd’hui, le groupe souffre de la crise liée à la pandémie  – qui a asséché ses caisses – et a besoin de trésorerie pour continuer de fonctionner normalement. Le secteur dans sa globalité traîne un stock d’invendus immense », nous explique un chargé d’affaires auprès d’une banque partenaire du groupe.

Des doutes quant à la capacité de Sefrioui à rebondir

Si par le passé, en un coup de téléphone et sans nécessairement apporter de grandes garanties, Anas Sefrioui, président du groupe dont la famille détient 64 % du capital, pouvait négocier des crédits auprès des banques de la place, depuis quelques années ces dernières ne s’aventurent plus à prendre des risques pour les promoteurs immobiliers.

D’ailleurs, nombreux sont ceux qui – discrètement mais depuis quelque temps déjà – doutent du pouvoir du milliardaire… lui qui ne figure plus au classement Forbes depuis 2017, quand il était la 18e fortune d’Afrique.

L’immobilier est un secteur qui a besoin de beaucoup de liquidité pour fonctionner correctement

Le secteur bancaire fuit donc les sociétés immobilières, et les fournisseurs et sous-traitants rencontrent de grandes difficultés à se faire payer – notamment, selon le banquier interrogé, par le groupe fondé par Anas Sefrioui.

En 2020, Addoha en a souffert et a aussi eu beaucoup de mal à poursuivre ses chantiers ou à en lancer de nouveaux. « Si les banques le suivaient comme avant, Sefrioui n’irait pas lever autant sur le marché obligataire. C’est le cash qui lui a beaucoup manqué en 2020, et l’immobilier – avec sa cohorte d’intervenants – est un secteur qui a besoin de beaucoup de liquidité pour pouvoir fonctionner et avancer correctement », détaille notre interlocuteur.

Rupture de confiance et dégringolade boursière

En Bourse, l’action Addoha reflète quelque part les complications sur le terrain. « Les porteurs d’actions ne sont pas naïfs. Ils réalisent leur propre enquête et analysent les problèmes, surtout quand le groupe se montre chiche en informations », nous livre un petit investisseur de la Bourse de Casablanca.

Il est très difficile de fidéliser les petits porteurs, surtout s’ils n’ont aucun retour en fin d’année

Celui-ci évoque une certaine rupture entre le groupe et quelques-uns de ses actionnaires, notamment les petits porteurs, qui souffrent de l’interminable chute du cours de l’action. La valeur Addoha est actuellement la moins chère de la place et s’échange autour de 6,5 dirhams (60 centimes d’euro) seulement après avoir perdu 40 % en 2020.

Pour ne rien arranger, Anas Sefrioui ne parvient plus à rémunérer ses actionnaires ; ce depuis 2018. Cela ne se fera certainement pas cette année non plus. Le cash, si Addoha réussit à en dégager, sera réservé à l’activité et aux créanciers, et non aux actionnaires.

« Il est très difficile de fidéliser les petits porteurs… surtout s’ils n’ont aucun retour en fin d’année, contrairement aux institutionnels qui peuvent rester en attendant des jours meilleurs », se désole ce boursicoteur déçu qui avoue que lui comme ses pairs spéculent sur la valeur en cherchant de petits gains.

Promesses non tenues et objectifs difficiles à atteindre

En tout état de cause, le groupe a connu une année 2020 des plus difficiles. Un exercice censé boucler la stratégie « PAC 2020 », à propos de laquelle le groupe ne communique plus et dont les objectifs ne seront pas faciles à atteindre. La distribution des dividendes fait d’ailleurs partie des promesses non tenues.

2020 est la deuxième année consécutive de baisse

Sur l’année 2020, Addoha a perdu plus de 65 % de son chiffre d’affaires, passé de 3,45 milliards de dirhams en 2019 à 1,2 milliard de dirhams en 2020. Il s’agit de la deuxième année de baisse consécutive, même si le groupe a su limiter les dégâts et ne pas afficher les résultats déficitaires auxquels s’attendaient les observateurs les plus pessimistes.

Pourtant, avant que la crise surgisse, les équipes du promoteur débordaient de confiance. L’année avait bien commencé, marquée par une hausse du chiffre d’affaires de 5 %  – qui s’était établi à 318 millions de dirhams au premier trimestre –, en lien avec les livraisons effectuées en Côte d’Ivoire de plusieurs tranches des projets Lagoona City et Cité des Orchidées à Abidjan.

Côte d’Ivoire, Sénégal, Ghana : pays stars

Le groupe a également sécurisé un terrain de 20 hectares dans la ville ivoirienne, et 30 % des unités en cours de production au premier semestre se trouvaient en Afrique de l’Ouest. D’ailleurs, 10 %, soit presque 5 000 unités, de ce qui sera construit sur le court terme sera situé dans des pays ouest-africains.

Parmi les projets phares à retenir, la Cité de l’Émergence au Sénégal, la Cité Douane en Guinée Conakry, les programmes Locodjoro et Koumassi, Florida City et Jardins d’Angré à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Le chiffre d’affaires déjà sécurisé dans les pays hors du Maroc dépasse 1,5 milliard de dirhams.

« Anas Sefrioui compte beaucoup sur l’activité subsaharienne au cours des prochaines années. Le volet commercial n’y a pas été impacté durant cette année de Covid, comme cela a été le cas au Maroc », explique le cadre bancaire.

Les gros investisseurs semblent patients

Le besoin en logement dans la seule Abidjan est estimé à plus de 400 000 unités, selon le GIBTP (organisation professionnelle privée dans le secteur du BTP en Côte d’Ivoire). Le Ghana est aussi un marché ciblé par les équipes de Anas Berrada, DG de la branche Afrique du groupe et ancien banquier d’affaires. En janvier 2020, quand Anas Sefrioui s’était déplacé à Accra pour fêter le troisième anniversaire de sa cimenterie Cimaf, il en avait profité pour concrétiser un marché de 2,5 milliards de dirhams négocié en 2014 avec les autorités ghanéennes.

Si, en 2019, la part de l’Afrique de l’Ouest dans le chiffre d’affaires représentait 11 %, elle est passée à 29 % en 2020, tandis que les préventes réalisées en Afrique de l’Ouest ont connu une hausse de 77 % sur les trois derniers mois de l’année. « Les gros investisseurs semblent patients quant aux projets hors du Maroc et misent tous sur cette filiale pour les prochaines années. C’est un sursis offert à Sefrioui », estime ce banquier.

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