Politique

Algérie : ces hirakistes qui s’engagent dans les partis d’opposition

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Mis à jour le 01 mars 2021 à 12h06
Les Algériens manifestent à Alger pour marquer le deuxième anniversaire du mouvement Hirak, lundi 22 février 2021.

Les Algériens manifestent à Alger pour marquer le deuxième anniversaire du mouvement Hirak, lundi 22 février 2021. © Anis Belghoul/AP/SIPA

C’est l’un des grands débats qui ont traversé le Hirak : faut-il participer au jeu politique, quitte à suivre les règles du pouvoir, ou boycotter les rendez-vous électoraux, au risque de devenir inaudible ? Ces figures du Hirak ont elles décidé de franchir le pas de l’engagement partisan. Parcours.

Actions citoyennes, mouvements associatifs, partis politiques… L’engagement des Algériens a pris diverses formes au cours du Hirak, mouvement de contestation qui a conduit à la démission de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika.

Si au sein de la jeunesse, certains refusent d’être encartés dans un parti, d’autres ont intégré des formations politiques ou tentent de faire entendre leur voix à travers des initiatives collectives. Portraits.

• Abdelmounaam Benhouria (Jil Jadid) 

Abdelmounaam Benhouria (Jil Jadid).

Abdelmounaam Benhouria© Facebook Abdelmounaam Benhouria © Facebook

Ingénieur diplômé de l’École nationale polytechnique d’Alger et cofondateur d’une start-up dans le digital, Abdelmounaam Benhouria, 27 ans, a rejoint Jil Jadid (« nouvelle génération ») en mars 2019, un mois après le début du Hirak. « J’avais travaillé avec eux durant la période Mouwatana [mouvement politique né du rejet du 5e mandat de Bouteflika, ndlr]. Ils ont attisé ma curiosité donc je me suis renseigné sur l’histoire du parti et la façon dont il a milité contre le régime de Bouteflika », raconte le jeune chef d’entreprise.

Aujourd’hui membre du Conseil national du parti d’opposition présidé par Soufiane Djilali, il n’exclut pas une possible candidature lors des prochaines législatives, qui devraient avoir lieu en juin. « Cela dépendra du contenu de la prochaine loi électorale mais aussi de la position définitive des instances du parti », précise-t-il.

On ne peut pas rester dans l’optique du vide politique

Ces derniers mois, Jil Jadid a essuyé des critiques après plusieurs rencontres entre Soufiane Djilali et le président Abdelmadjid Tebboune. « On ne peut pas rester dans l’optique du vide politique », soutient Abdelmounaam Benhouria. Pour lui, « cette façon de penser a permis à des personnes corrompues de prendre des sièges au parlement. C’est le moment pour la jeunesse de construire une vraie représentativité. Mais le peuple devra rester mobilisé et vigilant pour surveiller les urnes durant ces échéances ».

Le chef d’entreprise ne croit plus au boycott : « Même au temps de Bouteflika et à l’approche des législatives, ils finissaient par y participer », lâche-t-il en citant plusieurs partis d’opposition.

• Islam Benattia (Nouveau courant national) 

Islam Benattia (Nouveau courant national).

Islam Benattia (Nouveau courant national). © Facebook

Dès les premières heures du Hirak, Islam Benattia est devenu une figure populaire du mouvement de contestation après ses nombreuses interventions dans les médias algériens. Titulaire d’un master en droit privé, Islam Benattia, 33 ans, est aussi maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger.

« J’ai commencé à militer dans le mouvement Barakat contre le quatrième mandat de Abdelaziz Bouteflika en 2014″, explique le trentenaire. Depuis septembre, il est à la tête d’une initiative qu’il tente de transformer en parti politique. Mais son Nouveau courant national (NCN), qui rassemble selon lui des centaines de militants dans plusieurs wilayas, rencontre des difficultés à obtenir l’agrément des autorités.

Le système a peur que le Hirak s’organise

« Cela relève d’une volonté de bloquer toute tentative des jeunes de s’organiser et de renouveler la scène politique (…) Le système a peur que le Hirak s’organise », estime l’activiste, qui dénonce « le double discours des autorités ». Pour lui aussi, il n’est pas question de ne pas s’impliquer dans la vie politique : « Il faut que l’on s’organise et qu’on se prépare au départ du système pour éviter un vide sur la scène politique ».

Pour autant, les prochaines législatives ne trouvent pas grâce à ses yeux, dans le contexte actuel : « Pourquoi participer si les médias sont bridés ? Si les militants sont en prison ? Si on ne peut pas créer des partis politiques ? Si l’organisation des élections est toujours sous la tutelle d’une commission qui a été désignée par ce système ? », s’interroge Islam Benattia.

• Hachem Saci (Massar Jadid)

Hachem Saci (Massar Jadid).

Hachem Saci (Massar Jadid). © Facebook

Figure du Hirak à Khenchela (dans l’est du pays), Hachem Saci, 30 ans, ne manque pas de rappeler qu’il est « le plus jeune signataire de l’initiative pour une sortie de crise », formulée en octobre 2019 par 19 personnalités algériennes, appelant le pouvoir à prendre des mesures d’apaisement.

En février 2020, il fait aussi partie de ceux qui ont présenté un manifeste visant à formaliser les revendications du Hirak. Aujourd’hui, il assume complètement son engagement au sein de Massar Jadid (« la nouvelle voie »), une initiative qu’il a ralliée à l’automne 2020 et qui pourrait devenir un parti politique.

On m’a reproché d’être parmi ceux du hiwar [le dialogue avec le pouvoir]

« Il faut que l’on se mette d’accord sur un programme et que l’on arrive à un consensus car il y a différents points de vue et idéologies », explique-t-il. Massar Jadid regroupe des militants du Hirak mais aussi d’anciens membres de formations politiques traditionnellement proches du pouvoir, ce qui lui a attiré les foudres d’autres activistes.

« On m’a reproché d’être parmi ceux du hiwar [le dialogue avec le pouvoir]. Nous avons tous une analyse différente de ce qu’il se passe au sein du Hirak. Je ne suis pas d’accord avec les gens qui ne veulent pas participer au processus politique », indique l’avocat qui a défendu plusieurs militants du Hirak devant les tribunaux dont Yacine Mebarki, actuellement en détention pour « incitation à l’athéisme ».

Massar Jadid, qui bénéficie d’une couverture médiatique importante des médias traditionnels, a pu organiser des rencontres dans plus de 40 wilayas du pays et à l’étranger.

Mahmoud Bougheriou (Rassemblement pour la culture et la démocratie)

Mahmoud Bougheriou (RCD).

Mahmoud Bougheriou (RCD). © Facebook

Avant de rejoindre le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) il y a plus de cinq ans, Mahmoud Bougheriou était militant associatif. « Je m’intéresse à la situation politique du pays depuis mon enfance, explique ce natif de Seddouk (wilaya de Bejaïa). Je viens d’une région qui a connu l’insurrection du Cheikh El Haddad [leader de l’insurrection contre la colonisation française, mort en détention en 1873], nous sommes élevés dans ce climat d’amour de la patrie et d’engagement particulier pour notre pays », poursuit le jeune homme de 27 ans. Etudiant à l’université de Bejaïa, il est depuis février 2020, le coordinateur national des jeunes progressistes du RCD.

Le discours selon lequel les jeunes ne sont pas politisés ou intéressés par l’avenir de l’Algérie est véhiculé par les partis du pouvoir

« Ce discours selon lequel les jeunes ne sont pas politisés ou intéressés par l’avenir de l’Algérie est véhiculé par les partis du pouvoir. Aujourd’hui, on constate que c’est la jeunesse qui est à l’avant-garde de cette révolution du 22 février », ajoute Mahmoud Bougheriou. Ce qui l’a séduit au RCD, c’est justement la place donnée aux jeunes dans l’exécutif du parti depuis l’arrivée de Mohcine Belabbas en 2012, explique-t-il. Il loue aussi la cohérence des positions politiques du parti.

« Bien avant la révolution du Hirak, on estimait qu’on devait en finir avec ce système et aller vers une période de transition. Ce que le peuple algérien demande en majorité, c’est ce que réclame le RCD depuis longtemps. » Si, pour le moment, son parti ne s’est pas clairement positionné sur les prochaines échéances électorales, Mahmoud Bougheriou estime que « l’élection ne résoudra pas le problème ». « L’unique solution réside dans une période de transition vers un nouveau système politique qui garantira des élections libres et une alternance démocratique au pouvoir », affirme le jeune étudiant.

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