Diplomatie

Ce que Félix Tshisekedi veut faire à la tête de l’Union africaine

Réservé aux abonnés | | Par - à Kinshasa
Félix Tshisekedi, à Addis-Abeba le 6 février 2021, lors de sa prise de fonctions en tant que président en exercice de l’Union africaine.

Félix Tshisekedi, à Addis-Abeba le 6 février 2021, lors de sa prise de fonctions en tant que président en exercice de l'Union africaine. © DR / Présidence congolaise

Sécurité, pandémie et économie… Président en exercice de l’UA pour un an, le chef de l’État congolais a fixé sa « vision » et sa « stratégie » pour l’année à venir. Un programme ambitieux dans un contexte difficile.

Félix Tshisekedi a pris la présidence de l’Union africaine (UA) dans un contexte pour le moins inhabituel. Pandémie oblige, il a en effet été le seul chef d’État à faire le déplacement jusqu’à Addis-Abeba, le 6 février, pour un sommet en visioconférence. C’est donc dans une salle presque vide, seul face à une caméra, que le président congolais a affirmé vouloir se mettre au service d’une « Afrique des peuples » et a exprimé à ses pairs sa volonté « de faire sortir [l’]organisation, avec [leur] concours à tous, des salles de conférences, des disques durs de [leurs] ordinateurs et des dossiers bien ficelés de [leurs] secrétariats ».

Pandémie et insécurité

Un programme qui peut sembler ambitieux tant les chantiers auxquels il est confronté sont nombreux et complexes.

Sur le plan sanitaire, d’abord, avec la pandémie de Covid-19 et ses conséquences économiques qui ont largement ralenti la croissance du continent, et même contribué à précipiter certains pays dans la récession, alors même que la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) n’en est encore qu’à ses débuts.

Repoussée à janvier 2021 en raison de la crise sanitaire, la mise en place de la Zlecaf suppose la levée de nombreux obstacles réglementaires, mais aussi politiques : si les États de l’UA (à l’exception de l’Érythrée) ont bel et bien signé l’accord, tous ne l’ont pas encore ratifié. La RDC ne l’a d’ailleurs fait que fin janvier, au terme d’un débat houleux à l’Assemblée.

Sur le plan sécuritaire, la situation est délicate également. Outre l’instabilité chronique dans l’Est de la RDC, l’UA – dont Félix Tshisekedi est le président en exercice pour les douze prochains mois – est appelée de manière de plus en plus pressante à intervenir dans de nombreux dossiers épineux.

Sur le front sahélien, où « les filles et fils de l’Afrique tombent chaque jour sous la barbarie du terrorisme », a regretté Tshisekedi, ou dans la crise qui perdure au Cameroun anglophone. Au Tigré également, après l’offensive militaire des forces gouvernementales éthiopiennes contre le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), ou encore en Centrafrique, où « la paix et la stabilité des institutions élues sont mises à rude épreuve [par des] rebellions et des groupes armés ».

La stratégie de Tshisekedi

Félix Tshisekedi, qui a promis tout à la fois d’user de son mandat à la tête de l’UA pour « faire taire les armes » et de « protéger les Africains contre les maladies épidémiques, et les éradiquer », pourra-t-il vraiment atteindre ses objectifs ? Tandis qu’au niveau national, il est sorti renforcé de son bras de fer avec Joseph Kabila, le chef de l’État travaille depuis plusieurs mois à succéder à son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa. Le président congolais s’est entouré de nombreux conseillers et experts pour mener au mieux cette mission qui revêt un caractère hautement symbolique.

L’Afrique sera solidaire pour réclamer le vaccin

Face au Covid-19, « la stratégie du président Tshisekedi est simple », affirme à Jeune Afrique Bestine Kazadi, qui déclare : « Nous allons mener une action commune, et l’Afrique sera solidaire pour réclamer le vaccin. » Nommée en mars 2019 conseillère spéciale chargée de la coopération et de l’intégration régionale, elle est l’une des pièces maîtresses du dispositif de Tshisekedi à l’UA.

Désignée comme point focal du cabinet du chef de l’État, Bestine Kazadi coordonne les travaux des experts chargés d’assister le nouveau président de l’UA. « Selon les experts, on aura besoin d’au moins 1,5 milliard de doses pour vacciner 60 % des habitants, et espérer ainsi atteindre une immunité collective. Et le président Tshisekedi travaille durement pour y parvenir », insiste-t-elle, évoquant par ailleurs la volonté du chef de l’État de renforcer les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique).

« Un homme de paix, de dialogue et de cohésion »

Autre priorité affichée du mandat de Tshisekedi à la tête de l’UA, la gestion des crises sécuritaires ou politiques. Sur ce plan, Bestine Kazadi affirme que le président, « un homme de paix, de dialogue et de cohésion », va « user de son savoir-faire pour rapprocher tout le monde ». Premier signe, selon elle, de cette stratégie du dialogue : l’envoi d’une délégation en Éthiopie, au Soudan et en Égypte, pour tenter de trouver un accord sur le barrage de la Renaissance, qui empoisonne les relations entre ces trois pays.

Le chef de l’État congolais, qui a détaillé les « neuf piliers » de sa « vision » pour l’UA – et notamment la paix et la sécurité ; la Zlecaf ; la volonté de « promouvoir une renaissance de la culture, des arts et des patrimoines africains » ; la lutte contre le changement climatique ; l’accélération de la construction du grand barrage Inga ; la lutte contre le Covid-19, etc. – a désormais douze mois pour passer des paroles aux actes.

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