Banque de développement

BAD : comment Adesina tente de sauver le « AAA » de la banque

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Akinwumi Adesina au Forum économique de Davos, le 17 janvier 2020.

Akinwumi Adesina au Forum économique de Davos, le 17 janvier 2020. © Jason Alden/Bloomberg via Getty Images

L’institution panafricaine est sous pression pour maintenir sa note AAA, précieux sésame pour emprunter sur les marchés et conserver son niveau d’activité.

C’est une course contre la « dégradation » dans laquelle est engagée la Banque africaine de développement (BAD). Selon nos informations, l’institution présidée par le Nigérian Akinwumi Adesina étudie très sérieusement la possibilité de procéder à une augmentation de capital spéciale, une mesure exceptionnelle destinée à protéger sa notation « AAA ».

Approuvée fin janvier par le conseil d’administration de la banque, la procédure doit être examinée par le conseil des gouverneurs lors d’une réunion extraordinaire prévue le 5 mars avant, le cas échéant, d’être mise en œuvre à partir de mi-mars.

Un maintien menacé

Pour la BAD, le maintien de son AAA octroyé par les agences Fitch Ratings, Standard & Poor’s (S&P), Moody’s et le japonais JCR est crucial. Cette notation, extrêmement rare sur le continent, signifie que sa dette est de première qualité et fonctionne comme un sésame sur les marchés financiers internationaux.

Le AAA contribue à l’efficacité de la banque et de ses opérations sur le continent

Elle lui permet de lever des fonds de façon importante même en période de crise, d’accéder à une grande diversité d’investisseurs et de mener des opérations de couverture, ce qui lui garantit de pouvoir prêter à ses membres sur le long terme et à des taux avantageux. Autrement dit, le AAA contribue à l’efficacité de la banque et de ses opérations sur le continent.

Or, avec la crise du Covid-19 et ses conséquences pour les actionnaires de la BAD, ce sésame est menacé. Pour le maintenir, Fitch impose en effet à la banque panafricaine de présenter suffisamment de capital « appelable » aussi dit « exigible » – à savoir des ressources pouvant être mobilisées en cas d’urgence – noté AAA émanant de pays eux-mêmes détenteurs de cette notation donc des actionnaires non-régionaux de la BAD.

Coups durs en provenance d’Amérique du Nord

Sauf que cette part de capital « appelable » revenant aux pays bien notés par les agences ne cesse de se réduire. Un premier coup dur est intervenu en juin 2020 lorsque Fitch a dégradé (de AAA à AA+) la note du Canada, important actionnaire AAA jusque-là.

Dans son dernier rapport disponible sur la BAD, publié le 21 juillet, Fitch rappelait que l’une des « hypothèses clés » soutenant le maintien de la notation de la banque était qu’aucun autre « État membre noté ‘AAA’ ne sera déclassé à moyen terme ». Dix jours plus tard, le 31 juillet, la même agence abaissait de « stable » à « négative » la perspective de la note du plus important actionnaire AAA de la banque, les États-Unis, laissant craindre un futur déclassement de la note du pays. Celle-ci a été déjà dégradée par S&P en 2011, de AAA à AA+, un niveau où elle demeure depuis selon l’évaluation de cette agence.

Pour la BAD, les conséquences sont profondes. Selon les données de la banque, le déclassement du Canada s’est soldé par une réduction de 25 % des objectifs de prêt pour 2020-2030, passés de 6,5 milliards d’unités de compte (UC) par an (environ 7,6 milliards d’euros) à 5 milliards en moyenne (environ 5,9 milliards d’euros).

L’Allemagne, le Danemark, la Suède et le Luxembourg comme soutiens espérés

Un éventuel abaissement de la note américaine pourrait entraîner une réduction encore plus drastique de l’activité de prêts, qui tomberait alors à 3,2 milliards d’UC en moyenne par an (environ 3,7 milliards d’euros), remettant en cause la légitimité de l’institution et l’exposant même à des recours juridiques des emprunteurs pour non-décaissement.

Néfaste ricochet

C’est pour éviter ce scénario catastrophe que la BAD réagit. Son conseil d’administration propose ainsi de procéder à une augmentation temporaire du capital « appelable » réservée aux pays notés AAA pour enrayer la fonte de ce dernier. Passé de 27,2 % du capital total exigible en 2010 à 16,6 % en juin 2020 et il chuterait à 10,2 % en cas de dégradation de la note américaine.

La BAD poursuit ses efforts visant à doubler son capital autorisé

Quatre actionnaires notés « AAA » de la BAD sont espérés comme participants à cette augmentation exceptionnelle de capital « appelable ». À savoir : l’Allemagne, le Danemark, la Suède et le Luxembourg. Elle n’interviendrait qu’en cas de dégradation de la note des États-Unis et permettrait d’éviter, par un néfaste ricochet, le déclassement de la note de la BAD.

L’augmentation de capital en question donnerait lieu à l’octroi de droits de vote (à raison d’un vote pour cinq actions) sans que le processus ne bouscule l’actionnariat de la banque qui, par statut, doit maintenir le ratio de 60 % de droits de vote aux membres régionaux (africains) et 40 % aux non-régionaux.

En parallèle de cette manœuvre de défense du triple A, la BAD poursuit ses efforts pour conduire l’augmentation générale de capital, approuvée le 31 octobre 2019 et visant à doubler le capital autorisé de l’institution (de 93 à 208 milliards de dollars) – autre preuve du « soutien extraordinaire » des actionnaires de la banque pris en compte par les agences de notation.

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