Politique

Présidentielle au Bénin : les pro-Talon espèrent « un coup K.-O. »

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Mis à jour le 25 février 2021 à 09h29
Les candidats à la présidentielle du 11 avril 2021 au Bénin : Patrice Talon, président sortant, entouré d’Alassane Soumanou et de Corentin Kohoué.

Les candidats à la présidentielle du 11 avril 2021 au Bénin : Patrice Talon, président sortant, entouré d’Alassane Soumanou et de Corentin Kohoué. © Photomontage : DR ; Vincent FOURNIER/JA ; DR

La Cour constitutionnelle a confirmé l’affiche qu’avait dessinée la commission électorale : Patrice Talon fera face à Alassane Soumanou et Corentin Kohoué. Tandis que les opposants recalés dénoncent une élection « confisquée », les partisans du président sortant affirment leur sérénité.

La campagne n’a pas encore officiellement commencé, mais les partisans du président sortant en sont convaincus : la victoire leur est acquise et ce, dès le soir du premier tour, le 11 avril. « Dans le contexte actuel, un autre scénario que le ″coup K.-O.” pour Patrice Talon n’est pas envisageable », lâche même un conseiller du président béninois.

Et la décision de la Cour constitutionnelle, rendue lundi 22 février, a encore conforté les partisans du chef de l’État, qui affichent leur confiance depuis que ce dernier a officiellement annoncé qu’il briguerait un second mandat.

La majorité sûre d’elle

Constatant « l’épuisement du contentieux » après que les recours déposés par plusieurs candidats recalés par la Commission électorale nationale autonome (Cena) ont été rejetés, la Cour constitutionnelle a validé la candidature de trois « tickets » : Patrice Talon et Mariam Chabi Talata, sa colistière candidate à la vice-présidence, feront face au duo formé par Alassane Soumanou et Paul Hounkpè, des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), et à celui formé par Corentin Kohoué et Irenée Agossa qui, après avoir été exclus du parti Les Démocrates, se présentent sans étiquette.

« Le bilan du président Talon et la cacophonie qui règne au sein de l’opposition, qui n’est pas parvenue à s’entendre sur un candidat unique, prédisposent effectivement à une victoire au premier tour, estime Orden Alladatin, influent député de l’Union progressiste (UP) et président de la Commission des lois à l’Assemblée. Cela dit, nous prenons très au sérieux les deux autres duos en compétition, et nos militants devront mouiller le maillot pour que l’élection soit pliée au premier tour. »

La majorité des électeurs qui se déplaceront ne voteront que pour Talon

Moins prudent dans ses propos, mais sous couvert d’anonymat, une source proche du président assure de son côté que « les Béninois, dans leur majorité, ont déjà intériorisé depuis des mois que le fait que Talon sera réélu », et que les menaces d’appel au boycott du scrutin ne l’inquiètent pas. « La majorité des électeurs qui se déplaceront ne voteront que pour lui », assure notre interlocuteur.

Si la Cour a confirmé le rejet, prononcé le 12 février par la Cena, de la très grande majorité des vingt dossiers déposés début février, deux évictions font polémique. L’invalidation du ticket présenté sous les couleurs des Démocrates – avec Reckya Madougou (pour la présidence) et Patrick Djivo (pour la vice-présidence) – et celle du duo du Front pour la restauration de la démocratie – Joël Aïvo (pour la présidence) et Moïse Tchando Kerekou (pour la vice-présidence). À chaque fois pour la même raison : l’absence de parrainages.

Selon la nouvelle loi électorale, les candidats à la présidentielle doivent en effet pouvoir prouver qu’ils ont reçu le parrainage d’au moins 10 % des députés et maires du pays, soit seize élus.

Lors des législatives de 2019, seuls deux partis se réclamant de l’opposition avaient pu présenter des listes, l’Union progressiste (UP) et le Bloc républicain (BR). Et lors des municipales de mai dernier, trois partis seulement étaient parvenus à faire élire des maires : l’UP, le BR et, se réclamant de l’opposition, les FCBE.

Les recalés dénoncent une « supercherie »

Après avoir un temps envisagé une candidature commune, pour tenter justement d’éviter la dispersion des éventuels parrainages, les Démocrates – qui sont nés d’une scission des FCBE après le départ de l’ancien président Thomas Boni Yayi – et le Front pour la restauration de la démocratie (FRD) ont décidé dans la dernière ligne droite de déposer des candidatures séparées.

Le peuple béninois n’est pas prêt à se laisser priver d’une troisième élection

Reckya Madougou comme Joël Aïvo affirment aujourd’hui chacun de leur côté que la liberté de parrainer était « une supercherie ». « La seule raison d’être du parrainage est d’éloigner du président Talon tout candidat à sa succession, tout adversaire imprévisible, redoutable et capable de défier les lois de la fraude électorale et de le surprendre dans les urnes », a dénoncé Joël Aïvo.

« Le peuple béninois n’est pas prêt à se laisser priver d’une troisième élection. Et certainement pas d’une présidentielle », a réagi pour sa part Reckya Madougou, affirmant « ne pas vouloir céder aux intimidations ».

« Le débat sur les parrainages est derrière nous, tranche Eugène Azatassou, l’un des vice-présidents des Démocrates. Il était d’ailleurs incongru, dès le début, de demander à des opposants d’aller quémander des parrainages auprès de la direction des partis de la majorité présidentielle. »

Surtout, assure ce membre fondateur du parti, le débat porte désormais, en interne, sur la marche à suivre en vue de l’élection. Si le terme n’a pas encore été prononcé, les menaces d’appel au boycott sont de plus en plus pressantes au sein des partis dont les candidats ont été invalidés. « C’est une stratégie politique sur laquelle nous n’avons pas encore tranché, précise Eugène Azatassou. Les Béninois ont bien compris que, malgré tous nos efforts, nous avons été écartés de la course et qu’il vaut mieux ne pas accompagner ce mouvement. »

Kohoué et Soumanou plaident contre le boycott

Les challengers qui feront face à Patrice Talon dans les urnes le 11 avril prochain s’emploient, eux, à tuer dans l’œuf toute tentation de boycott, conscients que cette stratégie ne pourrait que les handicaper. « Le peuple béninois est pacifique. Il a déjà montré qu’il était capable de sanctionner, dans les urnes, un président dont il ne veut plus », assure ainsi Corentin Kohoué, l’un des deux candidats en lice face au président sortant.

« Pendant des mois, au sein de l’opposition, nous avons dit que n’importe lequel d’entre nous l’emporterait face à Patrice Talon. C’est le moment de le prouver, le moment de se rallier à ma candidature », plaide celui qui, à peine son dossier déposé devant la Cena, a été exclu des Démocrates.

La stratégie de la chaise vide a prouvé son inefficacité

Alassane Soumanou Djimba ne dit pas autre chose. « La stratégie de la chaise vide a prouvé son inefficacité, estime le candidat. Nous sommes des légalistes, mais nous ne sommes pas des faire-valoir : en 2016, Patrice Talon a surpris tout le monde en remportant le match contre Lionel Zinsou. Cette fois, c’est le match retour, nous allons le chasser par les urnes. »

Surtout, insiste-t-il, « les exemples de la Guinée et de la Côte d’Ivoire sont là : il y eu des morts, mais cela n’a rien changé. Et ceux qui avaient appelé à descendre dans la rue se sont retrouvés ensuite pour discuter. Au Bénin, il faut tout faire pour qu’aucun sang ne soit versé ».

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