Politique

Tunisie : Kaïs Saïed et l’Afrique, le grand malentendu ?

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Mis à jour le 24 février 2021 à 14:32

Kaïs Saïed, le 18 septembre 2019, à Tunis.

L’absence de Kaïs Saïed à de grands rendez-vous africains interroge. Ses détracteurs l’accusent d’isoler la Tunisie sur le continent, tandis que diplomates et entrepreneurs se démènent sur le terrain pour faire exister une relation sous-investie.

La non-participation de président tunisien Kaïs Saïed au 34e sommet – pourtant virtuel – de l’Union africaine (UA), début février, a fait grand bruit. Deux enjeux majeurs s’y jouaient : l’intronisation de l’équipe dirigeante de la commission africaine pour les quatre années à venir mais aussi l’approvisionnement vaccinal du continent dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Othman Jerandi a beau y avoir été délégué, c’est le symbole qui compte pour nombre d’observateurs qui soulignent le manque d’engagement affiché du chef de l’État auprès du continent. L’an dernier déjà, c’est le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Sabri Bachtobji, qui avait représenté la Tunisie au 33e sommet de l’organisation panafricaine.

Sans compter la polémique de la fin 2020 autour de présumées sanctions de la part de l’UA, qui aurait interdit à Tunis de prendre la parole lors de ses réunions pour six mois à cause du non-paiement de sa contribution pour l’année passée. Un manquement à ses obligations reconnu par le ministre des Affaires étrangères Othman Jerandi, même si les sanctions ont été démenties par Nadia Akacha, directrice de cabinet du président. Contacté, le MAE n’a pas donné suite à nos demandes.

La liste des attentes déçues ne s’arrête pas là. Dans un statut Facebook sans concession, Anis Jaziri, président du Tunisia-Africa business Council (TABC), égraine les rendez-vous manqués du président : Forum économique Russie-Afrique de Sotchi (ouvert en 2019 à la prise de fonction de Kaïs Saïed), Sommet « Compact with Africa » deux mois plus tard, Conférence de Berlin sur la crise en Libye en janvier 2020, Sommet virtuel Chine-Afrique… Mais aussi de grandes rencontres internationales comme le Forum de Paris sur la Paix ou encore le Forum de Davos de janvier dernier. « L’absence du président au sommet de l’UA est incompréhensible et impardonnable, je pense que les conflits internes qui traversent le pays ont pris le dessus sur ces grands enjeux et cela nous dérange », explique-t-il à Jeune Afrique.

« Les Tunisiens ont tendance à oublier qu’ils font partie de l’Afrique. Ce continent n’intéresse pas le chef de l’État, très habité par l’idéologie nationaliste arabe et donc essentiellement tourné vers le monde arabe », regrette de son côté l’historienne Sophie Bessis. « Bien sûr, un président élu doit être présent et très actif dans ce genre de forums, mais nous ne connaissons pas les raisons de son absence, et cela n’a pas empêché la Tunisie de se faire entendre via le ministre de tutelle », tempère Khemais Jihnaoui, ex-ministre des Affaires étrangères (2016-2019). Avant de concéder que le pays pourrait être « plus audible au sein des structures de l’UA ».

Une diplomatie africaine écaillée

Lorsque l’on interroge les représentants tunisiens sur une relation à l’Afrique plus qu’ambiguë, tous évoquent immanquablement l’Ifriqiya, appellation antique du territoire de la Tunisie moderne qui aurait donné son nom au continent. Une rengaine qui ne masque pas le manque de dynamisme de la relation au continent.

Les amitiés africaines post-indépendance de Habib Bourguiba, père de la nation, et de son voyage de plusieurs semaines en Afrique subsaharienne, à l’apogée du panafricanisme, semblent n’être plus que de vieux souvenirs évanouis. La Tunisie participait alors activement à la création de l’Organisation de l’Unité africaine (1963), ancêtre de l’UA. « Depuis Ben Ali, la Tunisie a subi une provincialisation constante de sa diplomatie et s’est désintéressée de l’Afrique, contextualise la chercheuse Sophie Bessis. Ce processus n’a fait que s’accélérer depuis 2011 du fait de l’ampleur des problèmes internes du pays ». En 23 ans de règne, l’ex-président Ben Ali n’aura participé qu’à un seul sommet de l’OUA, accueilli à Tunis en 1994.

Son « plan d’action pour l’Afrique », adopté au milieu des années 2000, aurait en revanche permis de doubler les échanges économiques et commerciaux dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, à en croire Bouzekri Rmili, ambassadeur de Tunisie en République démocratique du Congo (RDC), précédemment en poste à la division puis à la direction Afrique du MAE de 2005 à 2011, avant d’y diriger les relations bilatérales avec l’Afrique subsaharienne, de 2017 à 2018.

BCE a privilégié les sommets multilatéraux en Afrique, ce qui est souvent le signe d’une absence de véritable politique africaine

Après la révolution, le président Moncef Marzouki (2011-2014), décrit comme droit-de-l’hommiste et tiers-mondiste, témoignait néanmoins d’un véritable intérêt pour le continent. Il s’est montré actif en participant aux sommets de l’UA de 2012, 2013 et 2014, avant de lancer une tournée au Mali, au Niger, au Tchad et au Gabon à la tête d’une délégation de 90 hommes d’affaires. Une étude approfondie sur la vision tunisienne du continent avait alors également été lancée à l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES), mais elle aurait pâti à l’époque déjà des querelles de l’exécutif et du manque de traduction concrète de simples intentions.

Son successeur (2014-2019), feu Beji Caïd Essebsi (BCE), ex ministre des Affaires étrangères, s’est quant à lui déplacé, malgré son âge avancé, aux sommets de l’UA à Addis-Abeba en 2015 et même en 2019, six mois avant son décès. Il s’était précédemment rendu au sommet UE-UA à Abidjan en 2017. « BCE a privilégié les sommets multilatéraux en Afrique, ce qui est souvent le signe d’une absence de véritable politique africaine », critique toutefois un spécialiste de la question, sous couvert d’anonymat.

« J’ai visité le Cameroun, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Kenya, défend son ministre des Affaires étrangères de l’époque Khemaïs Jinhaoui. Nous avons aussi reçu les présidents sénégalais, guinéen et congolais, et développé le cadre juridiques des relations avec l’Afrique, convoqué des commissions mixtes bilatérales, etc. » Sous son mandat, des ambassades s’ouvrent au Kenya et au Burkina Faso, portant à dix le nombre de représentations de ce rang en Afrique subsaharienne (14 avec le Maghreb), ainsi que cinq Centres de promotion des exportations (Cepex). Mais les relais diplomatiques manquent toujours sur le terrain. Souvent, les effectifs des représentations tunisiennes sont réduits à la portion congrue.

Othman Jerandi participe à la Conférence de l’UA, en février 2021.

DR

Manque d’ambition

Depuis la révolution, le pays peine à redresser la barre après des décennies d’orientation presque exclusive vers la rive Nord de la Méditerranée. Si l’intégration au reste du continent faisait partie des priorités affichées, à moyen terme, du gouvernement Fakhfakh en janvier 2020, sous l’intitulé « Cap Afrique », l’instabilité politique et les changements fréquents de ministres des Affaires étrangères ont quelque peu compromis le projet.

D’aucuns mettent aussi en cause un manque de volonté, que ne sauraient compenser des efforts par à-coups. « Tunis a raté une très belle occasion d’avoir une politique d’influence au sud du Sahara en profitant de la présence du siège de la Banque africaine de développement (BAD) sur son sol de 2003 à 2014. Toutefois, cette dernière a fonctionné en circuit fermé, ce qui a mené à un un échec diplomatique, auquel s’ajoute le racisme qu’ont subi certains de ses fonctionnaires », assène Sophie Bessis.

Nombre d’ambassadeurs africains n’hésitent pas à parler du racisme de certains Tunisiens, surtout vis-à-vis du personnel diplomatique féminin

« Nombre d’ambassadeurs africains n’hésitent pas à parler du racisme de certains Tunisiens, surtout vis-à-vis du personnel diplomatique féminin, et souhaitent que certaines représentations très négatives changent », confirme un observateur. Bouzekri Rmili, en charge de la BAD à la direction générale Afrique du MAE de 2005 à 2011, assure pourtant ne pas avoir reçu de réclamations ou protestations en ce sens : « Je pense qu’il s’agit d’actes isolés qui n’ont jamais constitué un frein à nos relations avec le continent ».

Politique de non-ingérence

Toujours est-il que depuis le retour de la BAD à Abidjan en 2014, Tunis n’abrite plus que le siège de deux institutions régionales mais de faible envergure : celui de l’Institut africain de la statistique et celui de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle. Face aux critiques sur le manque d’influence de la diplomatie tunisienne, les autorités mettent en avant leur politique de non-ingérence, et des ambitions à la mesure de la taille de leur pays.

« Ce positionnement leur permet d’éviter des critiques trop fortes sur leur manque d’ambition, poursuit notre observateur. Ils parviennent à exister géopolitiquement en ne posant de problème à personne et en restant à l’écart des tensions entre l’Algérie et le Maroc. » « Non-ingérence ne signifie pas absence. La Tunisie pourrait avoir une politique d’influence qu’elle n’a pas et reste d’ailleurs transparente au sein du Conseil de sécurité de l’ONU », insiste de son côté Sophie Bessis. Au-delà de sa présidence tournante de janvier du Conseil de sécurité, la Tunisie en reste membre non-permanent pour encore un an en tant que représentant du groupe africain.

Elle pourrait ainsi y promouvoir une collaboration plus étroite avec l’UA, exhortent des chercheurs. Kaïs Saïed a d’ailleurs lui-même appelé à un partenariat plus efficace en ce sens, en décembre, pour prévenir les conflits dans le monde. Tunis chapeaute par ailleurs le Comité de lutte contre le terrorisme et le groupe chargé des opérations de maintien de la paix des Nations unies et met en avant son implication dans cinq opérations onusiennes sur le continent africain : en RDC, au Mali, en République centrafricaine, au Darfour et à Haïti. Saura-t-elle mettre à profit le reste de son mandat au Conseil de sécurité ? Tout est encore possible.

Mais la Tunisie est encore très attendue sur le dossier du voisin libyen où se jouent des enjeux sécuritaires et économiques de taille. Or, malgré plusieurs initiatives du président – déclaration de Tunis pour la paix en Libye (décembre 2019), forum du dialogue politique inter-libyen (novembre 2020) -, son attentisme est régulièrement été pointé dans ce dossier sensible.

Une diplomatie économique fragile

La diplomatie économique demeure également timide. Mais les investisseurs ne se contentent pas d’attendre des jours meilleurs. Avec l’émergence de sa classe moyenne et des perspectives de croissance élevées, l’Afrique offre une alternative alléchante à la saturation des marchés européens. D’autant plus que la Tunisie pourrait justement faire office de pont entre ses voisins de la rive Nord et le reste du continent.

« L’Afrique représente une moyenne de 6,5 % des exportations tunisiennes ces dernières années, contre à peine 2,5 % au début des années 2000, mais les exportations tunisiennes restent particulièrement concentrées sur le marché nord-africain qui reçoit près de 80 % des exportations africaines de la Tunisie », souligne Aziz Jaïd, économiste au bureau de la Commission économique pour l’Afrique  (CEA) en Afrique du Nord. Les exportations vers l’Afrique subsaharienne oscillent quant à elles en deçà des 3 %. 

 

« La volonté politique est bien présente mais l’absence de financements suffisants du fait des difficultés économiques et sociales, ainsi que le manque de banques tunisiennes sur le continent pour accompagner les opérateurs est un vrai problème », estime Chawki Jaballi, directeur Afrique au ministère du Commerce, qui assure que les entrepreneurs ne sont pas pour autant livrés à eux-mêmes. Pour centraliser les informations à destination des entrepreneurs, le ministère développe un portail dédié aux accord commerciaux avec l’Afrique. Il a aussi lancé une application mobile à accès restreint pour coordonner acteurs privés et structures publiques pour préparer négociations ou dossiers techniques.

Depuis sa création en 2015, le Tunisia-Africa Business Council (TABC) réunit 350 entreprises adhérentes, qu’il accompagne sur le continent

« Nous avons d’excellentes relations avec les ministères du Commerce, des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, souligne Jaziri. Nous devons néanmoins maintenir la pression quand les choses n’avancent pas car, au quotidien, d’autres dossiers prennent beaucoup de place. Nous comblons le vide en élargissant nos réseaux avec les organisations panafricaines et internationales. » Depuis sa création en 2015, le Tunisia-Africa Business Council (TABC) réunit 350 entreprises adhérentes, qu’il accompagne sur le continent. Ses représentants sillonnent l’Afrique pour ouvrir des marchés et ont déjà participé à une vingtaine de missions multi-sectorielles. En têtes des partenaires : la Cote d’Ivoire, où le nombre d’entreprises tunisiennes est passé d’une dizaine en 2015 à plus de 60 aujourd’hui.

« Il sera difficile de garantir des avantages durables. Le tissu productif tunisien est à repenser pour gagner en valeur ajoutée », insiste de son côté Chawki Jaballi. Et de citer les exemples déjà solides de la mécanique électrique et de l’industrie aéronautique tunisiennes. La Tunisie pourrait aussi se démarquer dans les secteurs de la santé, de l’industrie pharmaceutique, des Technologies de l’information et de la communication,  du BTP. Son industrie agro-alimentaire a déjà développé ses exports d’huile d’olive, de dattes, de concentré de tomates ou de sardines.

Il est temps de ne plus regarder le continent de haut

« Des réformes législatives sont nécessaires car les lois en termes de change restent trop contraignantes, il manque des incitations et un nouveau code d’investissement, et les retards de paiement du fonds Foprodex de plusieurs mois mettent en grande difficulté les plus petites entreprises », détaille Mohamed Ali Aboudi, directeur de l’agence MAAP, dédiée à l’investissement en Afrique et producteur-animateur depuis 2016 de l’émission Cap sur l’Afrique sur la radio Shems FM. Ce fonds, censé subventionner 40 % des études de marché et actions promotionnelles des entreprises tunisiennes qui exportent, fait l’objet d’une refonte. « On a déjà du retard par rapport à nos voisins, c’est maintenant ou jamais si on ne veut pas perdre un potentiel positionnement. Il est temps de ne plus regarder le continent de haut », poursuit Aboudi.

Mal de transports

Seulement, les infrastructures manquent aussi. La compagnie nationale, Tunisair, n’affrète des vols directs qu’à destination de Dakar, Abidjan, Ouagadougou, Bamako, Cotonou, Conakry et Niamey. Les projets d’ouvertures d’autres lignes continentales ont été mises à mal par les profondes difficultés que rencontre la compagnie aérienne. Le TABC souhaiterait en priorité une desserte de Tripoli couplée à N’Djamena, puis des lignes vers Douala et Kinshasa et enfin vers Addis-Abeba et Djibouti.

« Les critiques sont faciles, mais les ministères des Affaires étrangères et du Commerce, tout comme les représentants patronaux, font de leur mieux. Or l’absence de transports entrave l’action diplomatique et les exports », regrette Remili. L’ambassadeur à Kinshasa appelle à une ouverture de 10 à 20 % du capital de l’entreprise aérienne publique au privé pour accélérer une restructuration elle aussi en panne.

Quant aux voies maritimes, elles sont inexistantes. « En l’état, transporter un container de 40 pieds de Tunis à Matadi (RDC) coûte 6 000 dollars contre 1 000 dollars depuis Shanghaï ! », déplore encore l’ambassadeur à Kinshasa. « Vous pouvez offrir toutes les facilités tarifaires aux entreprises pour s’installer sur le continent, sans possibilité d’acheminer des marchandises à moindre coût, il est difficile d’en sentir les bénéfices », abonde aussi Chawki Jaballi.

Des aménagements du port de Radès (banlieue Sud de Tunis) et la mise en place de lignes maritimes vers l’Afrique de l’Ouest par la Compagnie tunisienne de navigation (CTN) sont restées au stade des discussions. « On peut meubler une telle ligne avec des exportations groupées, mais au retour du fait des faibles importations, elle ne sera jamais rentable », poursuit le cadre du ministère du Commerce.

Partenariats régionaux

Seule éclaircie dans cet horizon bouché : les partenariats régionaux conclus ces dernières années. « Ce cadre réglementaire représente un signe positif de la redynamisation des relations avec le continent », se félicite Chawki Jaballi. La Tunisie ayant un statut d’observateur auprès de la commission de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) depuis 2017, un mémorandum d’entente dessine déjà les contours d’une future coopération économique. Objectif, à terme : conclure un cadre préférentiel pour le commerce, l’investissement et la coopération technique.

Tunis a déjà rejoint le marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa), dont la convention signée en 2018 a été ratifiée en juin 2019. Un marché de 22 pays et 500 millions d’habitants. « Nos échanges en son sein ont pour l’instant principalement été développés avec l’Égypte et nous souhaitons nous tourner davantage vers l’Afrique subsaharienne, détaille Bouzekri Rmili. Nous rencontrons néanmoins certaines difficultés dans des pays où les douaniers demandent encore à nos opérateurs de présenter des documents prouvant que la Tunisie est bien membre de cette union douanière. »

Ces dix dernières années, les efforts des chambres de commerce ont été consacrés à l’Afrique anglophone

« Nous organisons des webinaires hebdomadaires dans ces pays pour créer des liens. Les choses avancent et nous avons de plus en plus d’opérateurs intéressés », relève de son côté Jaziri.  Le terrain est à défricher en particulier dans les pays anglophones que compte la zone. Des missions économiques sont régulièrement organisées dans la région. Les investisseurs s’appuient notamment sur le Cepex de Nairobi. « Ces dix dernières années, les efforts des chambres de commerce ont été consacrés à l’Afrique anglophone, et sans la crise du Covid-19 cela aurait pu aboutir à davantage de résultats », assure Rmili.

À Kinshasa, en tout cas, les projets ne manquent pas. Le groupe tunisien EPPM s’apprêterait à y démarrer un projet de 400 millions de dollars d’investissements d’extraction de méthane en vue de produire de l’électricité en RDC. Des négociations sont également en cours pour créer des centres universitaires privés et une usine de fabrication d’aluminium.

L’approche de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) n’ont par contre encore rien donné. Après un raté en mars 2020, faute du quorum de députés nécessaires, l’adoption de la Zone de libre échange continentale africaine (Zlecaf) a pu être finalisée en juillet. Mais cette intégration se fera progressivement.

« Le projet continental compte principalement bâtir sur les acquis des processus d’intégration pilotés par les différentes communautés économiques régionales. Il est à espérer que les avancées sur le plan continental servent d’exemple et de stimulus pour une intégration réelle de l’espace maghrébin. Une Tunisie forte, bien intégrée dans son espace voisin, pourra mieux tirer bénéfice de la Zlecaf si son appareil productif s’inscrit dans des chaînes de valeur régionales », estime Aziz Jaïd de la CEA. Le manque de perspectives de l’Union du Maghreb arabe (UMA) – qui vient de fêter son 32ème anniversaire -, reste une pierre d’achoppement.

Prochains tests

Nombre d’acteurs appellent à une tournée africaine du président ou, à défaut, du chef du gouvernement et du ministre des Affaires étrangères. En attendant, les regards se tournent vers les prochains grands rendez-vous à l’agenda. Le TABC organise en effet la troisième édition du forum économique tuniso-libyen le 11 mars à Sfax. Trente-cinq sociétés tunisiennes ont confirmé leur présence à la mission économique multi-sectorielle à Kinshasa à la fin du même mois ; la conférence internationale Financing Investment & Trade in Africa (Fita) se tiendra à Tunis les 29 et 30 juin. La capitale tunisienne accueillera la conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad 8) en 2022.

Une vision politique claire, dotée d’un plan d’action, est désormais attendue pour prouver que l’Afrique représente plus qu’un symbole

Autre événement de taille : le Sommet de la Francophonie, organisé à Djerba les 20 et 21 novembre. Le président tunisien saura-t-il en profiter pour développer des amitiés africaines ? Plusieurs voix mettent en cause le manque de préparation à la rencontre. « Alors que Béji Caïd Essebsi souhaitait ancrer davantage le pays dans l’espace francophone, Kaïs Saïed a pris la direction inverse », affirme ainsi Sophie Bessis. « Il se retrouve avec un événement dont il ne sait pas quoi faire, car il n’est pas convaincu par le projet politique que représente la francophonie », ajoute un chercheur.

« Nous faisons un travail formidable et coordonnons nos actions », assure au contraire Bouzekri Rmili, co-président du groupe des ambassadeurs francophones à Kinshasa, qui voit un signe rassurant dans la nomination de Sahbi Khalfallah, ex-ambassadeur auprès de l’Union africaine (2013-2018), comme conseiller du MAE pour la francophonie.

Après le tollé suscité par son absence au dernier sommet de l’UA, le chef de l’État Kaïs Saïed a insisté sur la nécessaire réussite du rendez-vous francophone ainsi que de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad), et sommé son ministre des Affaires étrangères d’effectuer des visites de travail afin de nouer de nouveaux partenariats. Mais le volontarisme affiché ne suffit plus. Une vision politique claire, dotée d’un plan d’action, est désormais attendue pour prouver que l’Afrique représente plus qu’un symbole.