Politique

Algérie : la justice militaire souhaite ouvrir une enquête sur les tortures subies par Walid Nekiche

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L’étudiant algérien Walid Nekiche.

L'étudiant algérien Walid Nekiche. © DR

Cet étudiant affirme avoir été torturé et violé lors de sa longue garde à vue à la caserne Antar, à l’époque où le général Wassini Bouazza dirigeait la sécurité intérieure.

Selon nos informations, le tribunal militaire de Blida a récemment fait savoir à des membres du collectif des avocats de Walid Nekiche que l’enquête sera menée par la justice militaire, au motif que les faits incriminés se sont déroulés dans une institution qui relève de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et que les agents de la police judiciaire chargés de l’audition du jeune homme sont des officiers militaires.

Pour le moment, aucune notification officielle ne leur a toutefois été adressée et Walid Nekiche n’a pas encore été convoqué devant un juge, qu’il soit civil ou militaire. Le 7 février, le Parquet général près la cour d’Alger avait ordonné l’ouverture d’une enquête après que cet étudiant a affirmé, lors de son procès, avoir été torturé par des membres des services de sécurité.

Dans un grand bureau, avec plusieurs officiers

Le procureur de la République près le tribunal de Bir Mourad Raïs avait été désigné pour ouvrir une instruction préliminaire concernant des faits de violence et une agression sexuelle. Il avait chargé la police judiciaire de mener l’enquête. Walid Nekiche, 25 ans, a été arrêté par un agent civil dans la matinée du 26 novembre 2019 durant une manifestation des étudiants à Alger.

Dans le commissariat de Bab El Oued où il a été transféré, il affirme avoir été déshabillé avant de subir des violences physiques et verbales de la part d’un policier, avant d’être dirigé en fin de journée, les yeux bandés, vers une caserne de la DGSI, située sur les hauteurs d’Alger.

Admis dans un grand bureau en présence de plusieurs officiers, il a ensuite été placé dans une petite pièce où il a été soumis à d’autres actes de violence. Walid Nekiche soutient avoir été déshabillé, forcé de se mettre à genoux, avoir reçu des gifles, puis aspergé d’eau sale. Il affirme avoir également reçu des décharges électriques et avoir été violé.

Traumatisme

Pendant sa garde à vue extrajudiciaire, qui a duré du 26 novembre au 2 décembre, date à laquelle il a été présenté devant un procureur, l’étudiant a été placé dans une cellule sans fenêtre, ce qui laisse supposer qu’il a été détenu dans les sous-sols de la fameuse caserne Antar. À ses avocats, l’étudiant dit y avoir perdu la notion du temps, les interrogatoires se déroulant de nuit et pendant de longues heures.

Traumatisé par les sévices subis et sa détention qui a suivi à la prison d’El Harrach, Walid Nekiche n’est pas encore en mesure de détailler à ses avocats et aux journalistes les violences dont il affirme avoir été victime. Ses conseils souhaitent aujourd’hui qu’il puisse bénéficier d’une prise en charge psychologique pour l’aider à surmonter ses traumatismes et les séquelles de sa détention.

Les faits sur lesquels la justice militaire compte enquêter se sont déroulés au moment où la DGSI était dirigée par le général Wassini Bouazza. Puissant chef de ce département de l’armée, Bouazza a été arrêté en avril 2020 puis condamné le 23 juin par la Cour d’appel militaire de Blida à huit ans de prison ferme pour « outrage à corps constitué, faux et usage de faux ». Le colonel Yacine, qui dirigeait la caserne Antar au moment des mêmes faits, a également été arrêté et incarcéré à la prison militaire de Blida pour des chefs d’inculpation sur laquelle la justice n’a pas communiqué.

 

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