Politique

Sénégal : le sort d’Ousmane Sonko entre les mains de la majorité présidentielle

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Mis à jour le 22 février 2021 à 19h43
Ousmane Sonko, en novembre 2020.

Ousmane Sonko, en novembre 2020. © Clément Tardif pour JA

Accusé de viol, Ousmane Sonko ne sera finalement pas auditionné par l’Assemblée. Le député ne s’est pas présenté devant la commission chargée d’examiner la levée de son immunité.

Aurait-il pu dire quoi que ce soit pour enrayer la machine parlementaire ? Accusé de viol par l’employée d’un salon de massage dakarois, Ousmane Sonko a décidé de ne pas témoigner face à ses collègues députés mandatés pour examiner la procédure de levée de son immunité. La personne qu’il avait désignée pour le représenter, la libérale Aïda Mbodj, n’aura pas non plus été entendue.

Selon plusieurs députés membres de la commission créée à cet effet, Ousmane Sonko « n’a pas voulu répondre » à leurs questions. « Ils ont constaté son absence et vont délibérer, faire leur rapport et le présenter à la plénière », détaille un élu de la majorité. Les parlementaires auront donc pour seule base de travail le dossier qui leur a été transmis par la justice, constitué des procès-verbaux d’auditions des gendarmes et de la lettre envoyée par le juge d’instruction pour saisir l’Assemblée nationale.

Une Assemblée « inféodée »

De son côté, l’opposition dénonce des « vices de procédure » dans la composition et dans le travail de cette commission. Des irrégularités suffisamment importantes pour que deux de ses députés décident de démissionner : Moustapha Guirassy, membre du groupe Liberté et démocratie, et Cheikh Bamba Dièye, député non-inscrit.

« Nous ne pouvons accepter d’être complices de la mise à mort d’un député légalement et légitimement élu », déclarent-ils dans une lettre transmise au président de la commission, Pape Birame Touré, membre de l’Alliance pour la République (APR, parti présidentiel).

Dans ce courrier, ils critiquent une Assemblée « inféodée » à l’exécutif et dont la conduite serait « dictée par le parquet ». Ils reprochent à Pape Birame Touré d’avoir « refusé à la commission de jouer son rôle de juge d’instruction du Parlement ». « La démarche unilatérale et la précipitation avec laquelle la commission veut statuer ne sont porteuses d’aucune garantie de respect de la présomption d’innocence », ajoutent-ils.

« On nous a empêchés de travailler », affirme à JA Moustapha Guirassy, présent lors de la première réunion de la commission,le 19 février. « Notre mission constituait à jouer un rôle d’instruction parlementaire : recevoir le dossier [judiciaire], l’analyser, auditionner le député en question et d’autres personnes liées à l’affaire et, à partir de là, fonder notre intime conviction. Mais nous n’avons pas eu accès aux pièces et les députés de la majorité ont refusé d’auditionner quelqu’un d’autre qu’Ousmane Sonko. »

« Résistance »

Les députés de l’opposition critiquent également le travail du juge d’instruction. Dans sa lettre de saisine de l’Assemblée nationale datée du 9 février, celui-ci requiert la levée de l’immunité d’Ousmane Sonko afin qu’il puisse être auditionné, « au besoin confronté à la plaignante » et « soumis à un test ADN ». Les parlementaires démissionnaires lui reprochent d’avoir immédiatement saisi l’Assemblée à la réception du réquisitoire du procureur – qui ne vise pas nommément le député –, sans avoir mené d’enquête préalable.

Autant de raisons avancées par les membres du Pastef, le parti de Sonko, pour justifier le refus de son leader de répondre à la convocation de l’Assemblée nationale, ce lundi.

« La commission ne peut mener à bien sa mission à présent que les députés ont démissionné, fait également valoir El Malick Ndiaye, le chargé de communication du Pastef.  Nous ne serons pas le faire-valoir de cette instance illégitime et n’allons pas commettre les mêmes erreurs que Khalifa Sall [l’ancien maire de Dakar] ou Karim Wade [le fils de l’ancien président], qui avaient fait confiance à la justice. »

« Ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre Ousmane Sonko en prison, et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour les en empêcher », poursuit-il. Et de conclure qu’il n’existe qu’une solution : « la résistance ».

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