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Beny Steinmetz : « L’Afrique, Soros et moi »

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[Série] Beny Steinmetz : « L’Afrique, Soros et moi »

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Société

[Série] Beny Steinmetz : « George Soros est parti en guerre contre moi » (2/3)

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Mis à jour le 6 mars 2021 à 11:40

Le milliardaire américain George Soros. © Brendan SMIALOWSKI/AFP

« L’Afrique, Soros et moi » (2/3). Engagé dans de nombreux procès, le businessman franco-israélien Beny Steinmetz accuse George Soros d’être à l’origine de tous ses démêlés avec la justice, et l’attaque bille en tête.

Pour l’homme d’affaires franco-israélien, sa course de fond devant les tribunaux est un calvaire. Pour ses avocats et ceux de Beny Steinmetz Resources Group (BSGR, le groupe qu’il conseille tout en ne le dirigeant pas officiellement), c’est au contraire une aubaine.

Depuis 2013, Beny Steinmetz et l’entreprise qui porte son nom mènent dans les salles d’audience du monde entier une série de batailles. Si les poursuites sont suspendues en Guinée, à la suite d’un accord conclu avec Alpha Condé en 2019 (accord toutefois non définitivement validé par BSGR), ses combats judiciaires se poursuivent ailleurs.

En Angleterre d’abord, contre le groupe brésilien Vale. Devant un tribunal arbitral de Londres, BSGR, représenté par les cabinets londoniens Asserson Law Offices et Mishcon de Reya, avait été condamné, en avril 2019, à verser 2 milliards de dollars de dommages et intérêts à son ex-partenaire, au motif qu’il lui avait caché des faits de corruption relatifs à des permis miniers, en Guinée.

Campagne de diffamation

Or, non seulement le Franco-Israélien n’a toujours pas versé cette somme, mais lui et ses troupes tentent de faire annuler la sentence en démontrant, notamment, que Vale était au courant des accusations – fausses, selon eux – au moment de la signature du contrat, en 2010.

BSGR a même contre-attaqué au Brésil : en octobre 2020, il a déposé deux requêtes devant le procureur fédéral du pays et le District Attorney de la ville de Rio pour obtenir l’ouverture d’une enquête sur Vale. Il est défendu, au Brésil, par l’avocat Renato Polillo, du cabinet Warde.

Le Franco-Israélien réclame 10 milliards de dommages et intérêts

Aux États-Unis, Beny Steinmetz a par ailleurs lancé en 2017 une procédure contre George Soros et sa fondation, Open Society, les accusant d’avoir mené une campagne de diffamation contre lui. Épaulé par l’avocat américain Louis Solomon, il réclame 10 milliards de dollars de dommages et intérêts.

Chacune de ces procédures pourrait avoir une incidence sur le procès en appel qui doit s’ouvrir devant la justice suisse après la condamnation du 22 janvier 2021.

Arrêté en Israël

En Roumanie, en décembre 2020, dans une affaire de restitution illégale de biens, la Haute Cour de cassation a condamné par contumace Steinmetz et l’un de ses anciens conseillers, Tal Silberstein, à cinq ans de prison. Alors qu’il avait été acquitté en première instance, le Franco-Israélien a fait appel devant la Cour européenne des droits de l’homme, où il sera défendu par l’ancien ambassadeur de France François Zimeray.

Enfin, en Israël, Beny Steinmetz avait été arrêté, en décembre 2016, pour des faits de corruption. Un temps assigné à résidence, il avait vu cette sanction rapidement levée par la justice israélienne, et sa défense, assurée aujourd’hui par le cabinet du ténor du barreau Eitan Maoz, travaille discrètement à un accord avec cette dernière.

L’origine de leur brouille remonterait à 1997, quand ils étaient en concurrence pour investir en Russie

« Tous ces ennuis, que ce soit avec Vale ou avec la Guinée, ont débuté en 2011, à l’initiative de George Soros, qui a mobilisé ses réseaux. On n’a jamais vu un tel déferlement de rapports d’ONG ou d’articles avant cela, et même depuis », résume l’un des proches de Steinmetz.

Un milliard de dollars sur la table

D’où vient la rivalité entre les deux hommes ? Le milliardaire américain n’a jamais fait mystère du peu de considération qu’il porte aux autorités israéliennes, tandis que l’ex-diamantaire se définirait plutôt comme un patriote, fier de son pays et soutien de son armée.

Selon Steinmetz, lui et Soros ne se sont rencontrés pour la première fois qu’en 2005, à l’occasion d’un forum de Davos. Assis à la même table, ils ne s’étaient pas adressé la parole.

L’origine de leur brouille remonterait à 1997. À l’époque, les deux magnats sont en concurrence pour investir en Russie, dans la société de télécommunications Svyazinvest. Soros met personnellement 1 milliard de dollars sur la table – à peu près autant que tous ses partenaires réunis – et l’emporte, grâce à ses bonnes relations avec des proches du président Boris Eltsine.

Steinmetz s’est-il trop amusé des déboires de l’Américain, comme celui-ci le lui a reproché ?

La fête est de courte durée : le gouvernement russe, de plus en plus dominé par un certain Vladimir Poutine, change la donne en provoquant une réorganisation de Svyazinvest. Soros perd tout. « Le pire investissement de ma vie », lâche le tycoon américain, dont la fortune avoisine aujourd’hui 9 milliards de dollars.

Hillary Clinton et Tony Blair

Deux décennies plus tard, attribue-t-il cette mauvaise opération à Beny Steinmetz ? L’ex-milliardaire franco-israélien (selon Forbes, sa fortune, estimée à 1 milliard de dollars en 2019, a diminué depuis) en est persuadé.

Steinmetz s’est-il trop amusé des déboires de l’Américain, comme ce dernier le lui a reproché ? « Avec son réseau, Soros est parti en guerre contre moi », explique Beny Steinmetz, citant le cabinet d’avocats DLA Piper, la société d’évaluation des risques Veracity Worldwide, la fondation Open Society, mais aussi Hillary Clinton et Tony Blair, qui a effectivement conseillé Alpha Condé.  « Si BSGR avait accepté le chantage orchestré par Soros en Guinée, je n’aurais probablement pas eu de problèmes avec la justice. »

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