Arts

Photographie : Juan Medina expose la tragédie des migrants aux portes de l’Europe

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Mis à jour le 24 février 2021 à 16h52
Sur la plage de El Matorral Fuerteventura, le 16 novembre 2006.

Sur la plage de El Matorral Fuerteventura, le 16 novembre 2006. © Juan Media/Casa Africa

Exposés jusqu’au 30 avril sur l’île de Grande Canarie, les clichés du photojournaliste Juan Medina documentent les périlleuses traversées de l’Afrique vers l’Europe et les rêves brisés des migrants.

Comment humaniser la migration lorsqu’elle est souvent réduite à de simples chiffres ? Comment ne pas laisser les morts tomber dans l’oubli ? Pour documenter les drames qui se jouent aux portes de l’Europe ces deux dernières décennies, le photojournaliste argentin Juan Medina raconte, à travers 41 clichés, les flux migratoires de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb vers le continent européen.

Alors que la redoutable route de l’Atlantique vers les îles Canaries a atteint un niveau de fréquentation quasi-historique ces derniers mois, Casa África, une institution basée sur l’archipel espagnol et chargée de renforcer les relations hispano-africaines, présente l’exposition « La migration à la frontière sud de l’Europe », du 29 janvier au 30 avril.

« N’ayez pas peur de la mort »

Dans ce bâtiment emblématique de Las Palmas de Grande Canarie, située au large des côtes nord-ouest de l’Afrique, seule la voix rauque d’une femme résonne depuis un haut-parleur, dans l’une des deux salles d’exposition désertes : « Si la mer fait rage. Si le vent souffle fort. Si le bateau vous entraîne vers le bas. N’ayez pas peur de la mort… »

Dans la nuit du 16 juillet 2018, Josepha, une Camerounaise de 40 ans dont Juan Medina a immortalisé le sauvetage par le bateau humanitaire Open Arms, a passé toute la nuit à prier et à chanter pour ne pas sombrer au milieu de la mer Méditerranée. Retrouvée en hypothermie aux côtés d’une femme et d’un petit garçon décédés, elle a été l’unique survivante de ce naufrage survenu au large de la Libye.

Autour de l’écran où défilent les images de cette miraculée, les clichés accrochés aux murs blancs montrent comment des dizaines de milliers de personnes mettent chaque année leur vie en danger, en quête d’une vie meilleure sur le sol européen. L’un d’entre eux laisse deviner le corps sans vie d’un jeune garçon à la peau noire, vêtu d’un short de bain jaune, près du rivage, sur l’île de Fuerteventura. Un autre montre un groupe de plongeurs sur un bateau pneumatique, à quelques mètres d’une embarcation de fortune où s’entassent des migrants subsahariens.

Les images du naufrage et du sauvetage de plusieurs dizaines d’occupants d’un bateau au large de Fuerteventura, en 2004, ont valu à Juan Medina un prix du prestigieux World Press Photo.

Au large de l’île de Fuerteventura, le 12 novembre 2004 (prix World Press Photo).

Au large de l’île de Fuerteventura, le 12 novembre 2004 (prix World Press Photo). © Juan Medina/Casa Africa

Tombes sans nom et attente infinie

Né en 1963 à Buenos Aires, en Argentine, ce photographe de l’agence de presse Reuters a consacré les vingt dernières années de sa vie à illustrer les rêves brisés de ces immigrés. Il a ainsi arpenté les pays d’arrivée, de transit, mais aussi d’origine de ces personnes, comme le Mali, la Mauritanie, le Sénégal ou le Maroc, d’où des milliers d’individus partent chaque année. « Ce sont des êtres humains, tout comme nous, qui vivent des choses que certains de nos proches ont déjà vécu dans le passé. Chacun devra tirer ses propres conclusions de ce qui se passe », explique le journaliste, désormais installé à Madrid, qui espère que son travail servira à renverser les tentatives de nier ou de réécrire l’histoire.

De nombreux observateurs comparent la « crise des cayucos » de 2006, du nom des embarcations utilisées pour la traversée, à celle qui se joue ces derniers mois sur l’archipel, où plus de 23 000 personnes sont arrivées en 2020, notamment depuis l’Afrique.

« La traversée de l’Atlantique pour atteindre les îles Canaries est mortelle depuis la fin des années 1990. L’océan est un grand cimetière. Il y a des familles qui ne sauront jamais où se trouvent leurs proches. Il y a des tombes sans nom et des vies détenues dans une attente infinie. Que rien n’ait changé après plus de trente ans de morts incessantes à nos frontières est très décourageant », déplore Juan Medina. « Ce sont eux, et personne d’autre, qui sont les principales victimes des phénomènes migratoires », rappelle José Segura Clavell, directeur général de Casa África.

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