Politique

[Tribune] Israël – Pays arabes : vers une paix régionale ?

Mis à jour le 22 février 2021 à 14:58
Daniel Saada

Par Daniel Saada

Chargé d'affaires à l'ambassade d'Israël à Paris

L’Israélien Shlomo Mor-Yosef, directeur général de l’Agence de la population et de l’immigration, et le Marocain Mohcine Jazouli, ministre délégué aux Affaires étrangères, lors de signatures d’accords entre les deux pays, à Rabat, le 22 décembre 2020 © Director General of Israel’s Population and Immigration Agency Shlomo Mor-Yosef (L) and Minister Delegate to Morocco’s Minister for Foreign Affairs Mohcine Jazouli sign an agreement at the Royal Palace in the Moroccan capital Rabat on December 22, 2020, on the first Israel-Morocco direct commercial flight, marking the latest US-brokered diplomatic normalisation deal between the Jewish state and an Arab country. © FADEL SENNA/AFP

Ces derniers mois, le Maroc, le Soudan, le Bahreïn et les Émirats arabes unis ont normalisé leurs relations avec Israël. Des accords successifs qui redessinent le paysage géopolitique au Moyen-Orient.

Dans une tribune publiée sur le site de Jeune Afrique, l’ancien ambassadeur marocain Ahmed Faouzi indique très justement qu’au moment de sa création, « pour Israël, […] la priorité était d’une part d’assurer sa sécurité, et d’autre part de se faire reconnaître comme nation parmi les nations ». En effet, peu après avoir accepté le plan de partage des Nations unies qui avait été rejeté par la partie arabe, l’État d’Israël déclarait son indépendance.

Le lendemain, le jeune État était attaqué par cinq armées de la région, lesquelles s’opposaient à son existence. Israël dût non seulement se défendre militairement afin de garantir sa survie au jour le jour, mais aussi déployer ses diplomates à travers le globe afin de se faire accepter par ses pairs et faire entendre sa voix dans les forums multilatéraux.

En parallèle, notre pays a toujours œuvré afin d’atteindre la paix avec les pays arabes de la région. Aujourd’hui, après des décennies de guerres et de tragédies, de rendez-vous manqués et de négociations vaines, le Moyen-Orient connaît enfin un élan d’espoir. En quelques mois seulement, quatre accords de paix et de normalisation ont été signés avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc, des pays qui, jusqu’alors, n’entretenaient pas – ou plus – de relations diplomatiques avec Jérusalem .

Gigantesque potentiel

L’accord entre Israël et les deux monarchies du Golfe a permis à des peuples qui ne se connaissaient pas et qui étaient officiellement ennemis de coopérer au niveau économique, technologique, musical ou encore touristique. Ces développements auraient été encore inimaginables il y a quelques mois. Et pourtant, 170,000 Israéliens se sont rendus à Dubaï en quelques semaines et des hommes d’affaires des Émirats investissent déjà à Tel-Aviv et Jérusalem.

L’écosystème israélien pourrait s’implanter rapidement dans le hub régional high tech qu’est devenu Casablanca

Le cas du Maroc est encore plus singulier. L’État hébreu accueille aujourd’hui la plus grande diaspora marocaine au monde (entre 700 000 et un million de citoyens), après la France. Leur cuisine, leur musique, leur langue et leur culture y sont présentes à chaque coin de rue. Cet accord ouvre entre autres de nombreuses perspectives économiques. Casablanca est devenu un hub régional high tech et l’écosystème israélien pourrait s’y implanter rapidement pour rayonner dans toute la sous-région.

Le Royaume a par ailleurs largement investi sur le sous-continent africain ces dernières années, notamment dans les domaines des infrastructures et de la construction. Israël a aussi décidé de s’implanter en Afrique subsaharienne et nos deux pays pourraient collaborer sur ce continent dont le potentiel, pour les années à venir, est gigantesque.

Créer la confiance

Enfin, comme le précise très justement Ahmed Fouazi, les accords de paix que nous avons signés par le passé, y compris ces dernières semaines, ou encore les différentes propositions de paix très concrètes que nous avons faites à l’Autorité palestinienne, notamment sous le leadership des Premiers ministres Ehud Barak et Ehud Olmert, sont toujours intervenus après des négociations bilatérales.

La raison principale n’est pas notre refus de parler avec plusieurs pays en même temps, mais plutôt la difficulté, de manière générale dans les relations internationales modernes, de résoudre un désaccord politique, sécuritaire et stratégique complexe lorsqu’un nombre important d’acteurs sont engagés. En effet, chaque partie a des intérêts différents et la multiplication des positions contradictoires rend souvent la signature d’un accord global très difficile.

Nous espérons que ces premiers accords permettront de parvenir à une paix plus globale avec tous les acteurs de la région

Ainsi, l’Union européenne n’aurait jamais pu voir le jour pour 27 pays simultanément lors des premières négociations du traité de Rome en 1957. L’accord à six a en revanche créé une base solide de confiance et de stabilité qui a permis à de nombreux autres pays de les rejoindre dans les années qui ont suivi.

Nous espérons que ces premiers accords entre Israël et quatre pays arabes permettront de créer la stabilité, la prospérité et, surtout, la confiance nécessaire à une paix plus globale avec tous les acteurs de la région, au premier lieu desquels nos voisins palestiniens.