Mines

[Tribune] Le secteur minier, un atout pour la relance économique à Madagascar

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Par  Jean-Luc Marquetoux

Président du Conseil d’administration de la Chambre des mines de Madagascar

Ambatovy, près de la ville de Moramanga, au nord-est d’Antananarivo, est l’une des plus grandes mines de nickel latéritique au monde.

Ambatovy, près de la ville de Moramanga, au nord-est d'Antananarivo, est l'une des plus grandes mines de nickel latéritique au monde. © Sherritt International

Alors que la part de l’industrie minière dans le PIB stagne à un peu moins de 5 %, les acteurs du secteur appellent le gouvernement à s’appuyer sur eux dans le cadre de la relance économique attendue après la crise du Covid-19.

Frappée par les conséquences économiques du Covid-19, l’Afrique subit sa première récession depuis trente ans. Madagascar ne fait pas exception. La Banque mondiale prévoit une contraction de son PIB de 4,2 % en 2020 et craint une stagnation durable du développement d’un des pays les plus pauvres au monde. Ces prévisions rendent urgente une relance économique vigoureuse.

Une première réponse du Gouvernement a consisté en un « Plan Marshall » pour les infrastructures, pour générer des emplois et un effet d’entraînement économique. Mais, face à l’ampleur du défi, il faut aller plus loin : attirer des investissements privés et mobiliser des secteurs qui engendrent rapidement des effets macroéconomiques significatifs et des revenus stables pour l’État.

L’industrie minière ne doit pas être un secteur négligé par le gouvernement alors que le pays doit redoubler d’efforts pour relancer son économie.

L’attractivité est en berne. Aucun grand projet n’est entré en opération ces dernières années.

Selon un rapport de la Banque mondiale, l’industrie minière représentait en 2013 9 % de l’emploi industriel, sans compter les nombreux emplois de l’exploitation à petite échelle et artisanale. Elle a attiré des investissements directs étrangers (IDE) records pour le développement des mines d’Ambatovy (plus de 8 milliards de dollars) et de QMM (plus de 1 milliard de dollars).

Les IDE chutent de 70 % en dix ans

Mais, alors que ce rapport anticipait, sur la base de cette tendance, une contribution de l’industrie minière à hauteur de 14 % du PIB en 2025, elle est aujourd’hui inférieure à 5 %. Et la part des produits miniers dans les exportations régresse : 40,43 % en 2014, et 27,59 % en 2018.

Plus inquiétant, son attractivité est en berne. Aucun grand projet n’est entré en opération ces dernières années. Et les IDE, dont le secteur minier est la première source, ont chuté : 227 millions de dollars en 2019 contre 808 millions en 2010.

Il faut rétablir l’attractivité du secteur et la confiance des investisseurs

Les principales raisons de cette situation sont connues. Les producteurs qui exploitent majoritairement pierres précieuses et semi-précieuses manquent d’accès aux financements. Quant aux futurs grands projets miniers, ils pâtissent de l’instabilité du climat des affaires et de la non-application du cadre légal. C’est notamment le cas du projet d’ilménite de Base Toliara, suspendu depuis novembre 2019 alors que la décision d’investir près de 600 millions de dollars allait être prise.

Instaurer un dialogue ouvert, transparent et équilibré

Pour y remédier, comme le souligne la Banque mondiale, il faut impérativement rétablir l’attractivité du secteur et la confiance des investisseurs.

Les grands projets existants doivent bénéficier d’un soutien public plus affirmé

Des mesures simples peuvent être adoptées sans délai. L’actuel code minier intègre déjà selon nous les besoins de l’industrie et les intérêts de l’État. Sa réforme doit passer par un dialogue ouvert, transparent et équilibré avec l’ensemble des opérateurs.

Les autorités doivent lever le gel sur la délivrance des permis miniers qui menace la survie des petites et grandes mines. Et les grands projets existants dont l’exploitation de la bauxite de Manantenina, du graphite dans les régions Sud et Est et de l’ilménite de Base Toliara, doivent bénéficier d’un soutien public plus affirmé dans la mesure où leur démarrage rapide permettra d’appuyer la relance économique.

À court terme, il s’agit de rétablir l’attractivité de notre pays auprès des investisseurs en améliorant la perception du climat global des affaires. À plus long terme, il importe de faire du secteur minier une force structurante de l’économie malgache pour une croissance économique durable, au profit du plus grand nombre.

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