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Législatives en Côte d’Ivoire : à Gagnoa, entre pro-Gbagbo et pro-Bédié, c’est chacun pour soi

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Maurice Kacou Guikahué (PDCI) et Marie-Odette Lorougnon (FPI) s’affronteront dans les urnes lors des législatives ivoiriennes, le 6 mars 2021.

Maurice Kacou Guikahué (PDCI) et Marie-Odette Lorougnon (FPI) s'affronteront dans les urnes lors des législatives ivoiriennes, le 6 mars 2021. © ISSOUF SANOGO/AFP ; Celestin Diomande/VISUAL Press Agency

Le duel qui se jouera dans les urnes le 6 mars entre Marie-Odette Lorougnon, figure des « Gbagbo ou rien », et Maurice Kakou Guikahué, fidèle d’Henri Konan Bédié, dans la circonscription de Gagnoa sous-préfecture a tout d’un affrontement par procuration entre les deux anciens présidents ivoiriens.

Tous deux sont originaires de la région. Tous deux sont des poids lourds dans leurs partis respectifs. Elle en tant que vice-présidente du Front populaire ivoirien (FPI) pro-Gbagbo, lui en tant que secrétaire exécutif du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Et, depuis quelques semaines, tous deux sont candidats aux élections législatives dans la circonscription de Gagnoa sous-préfecture.

Marie-Odette Lorougnon, 62 ans, ancienne députée d’Attécoubé de 2000 à 2010, est une des figures des « Gbagbo ou rien » (GOR). Toujours restée fidèle à Laurent Gbagbo, cette militante chevronnée est aujourd’hui chargée de reconquérir le siège de député de la région natale de son mentor. Il lui faudra pour cela battre Maurice Kakou Guikahué, 70 ans, actuel titulaire du poste qui tentera de se faire réélire pour un nouveau mandat. Influent bras droit de Bédié à la tête du PDCI, arrêté pour son rôle dans l’opposition à Alassane Ouattara après la présidentielle du 31 octobre, puis évacué pour raisons sanitaires en France, l’ancien ministre de la Santé est rentré fin janvier en Côte d’Ivoire.

« Alliés mais pas soudés »

Grâce à leur alliance électorale, le PDCI et Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS), la plateforme des formations pro-Gbagbo, présenteront des candidats communs dans la plupart des 205 circonscriptions du pays le 6 mars. Dans la majorité des cas, les négociations se sont déroulées sans accroc, selon un principe de répartition assez simple : les pro-Gbagbo se présentent dans les fiefs historiques du FPI, essentiellement dans l’Ouest, et les cadres du PDCI dans leurs bastions, principalement dans le Centre.

Reste quelques cas litigieux, notamment à Abidjan, où ces alliés de circonstances ne sont pas parvenus à se mettre d’accord. Résultat : chacun y présentera ses poulains, quitte à prendre le risque de laisser le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti présidentiel, rafler la mise. « Globalement, notre alliance fonctionne mais elle n’est évidemment pas exempte d’arrières-calculs politiques, analyse un cadre du PDCI. Nous sommes alliés mais pas soudés. Chaque formation conserve ses objectifs respectifs qui, parfois, peuvent être contradictoires. »

Nous leur avons laissé leurs sièges dans leurs zones d’influence. Eux n’ont malheureusement pas fait la même chose avec Gagnoa

Parmi ces points de discorde, la circonscription de Gagnoa sous-préfecture a été l’une des plus disputées. Quand il a été question d’y désigner un candidat commun, aucun des deux états-majors n’a voulu lâcher le morceau. Pour EDS, le département de Laurent Gbagbo devait forcément revenir à un de ses candidats. « Nous leur avons laissé leurs sièges dans leurs zones d’influence, comme à Yamoussoukro ou Daoukro. Eux n’ont malheureusement pas fait la même chose avec Gagnoa », regrette, amer, un membre du FPI pro-Gbagbo.

Pour le PDCI, pas question de céder le poste d’un député sortant, surtout quand celui-ci n’est autre que le numéro deux du parti. « Le FPI a eu une position maximaliste dans plusieurs circonscriptions. Le siège de Gagnoa sous-préfecture est celui de Maurice Kakou Guikahué. Laurent Gbagbo n’en a pas spécialement besoin dans cette région où il est déjà très populaire », rétorque un cadre du PDCI.

Discussion franche et cordiale

Entre les deux formations, le ton est progressivement monté sur le dossier Gagnoa, jusqu’à ce qu’il soit directement pris en main par Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié. Les deux anciens présidents ont fini par s’appeler pour en discuter avant le dépôt des candidatures. Selon leurs proches, la discussion fut franche et cordiale. Mais ni l’un ni l’autre n’a cédé, et tous deux ont finalement décidé de placer chacun leur représentant.

Bien que leurs formations soient officiellement alliées sur le plan national, Marie-Odette Lorougnon et Maurice Kakou Guikahué se retrouvent donc en compétition pour le même siège. Pour la vice-présidente du FPI comme pour le secrétaire exécutif du PDCI, l’enjeu est de taille. Après une décennie de boycott des urnes, difficile, pour le grand retour du FPI dans le jeu électoral, d’envisager une défaite dans un de ses fiefs les plus emblématiques.

Je suis chez moi à Gagnoa. Je ne ressens aucune pression

Choisie par Gbagbo pour son enracinement local et son expérience de députée, Marie-Odette Lorougnon se veut sereine. « Je suis chez moi à Gagnoa. Je ne ressens aucune pression. Quand on se présente à une élection, c’est pour la gagner. Et c’est ce que nous allons faire », assure-t-elle.

Face à elle, Maurice Kakou Guikahué, lui aussi enfant du pays, sera un adversaire de taille. Figure de l’opposition au troisième mandat d’Alassane Ouattara durant la dernière présidentielle, son incarcération à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca) puis son évacuation sanitaire en France ont sans doute contribué à le rendre plus populaire auprès des opposants au régime. Pour lui également, la défaite serait un coup dur, d’autant que la succession de Bédié, 86 ans, est déjà sur de nombreuses bouches dans les rangs du PDCI. 

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