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Dans un parc photovoltaïque, en Afrique du Sud, en mars 2016 (photo d’illustration).

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Comment l’Afrique fait sa révolution verte

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Afrique : les recettes d’un mix énergétique « gagnant » (1/3)

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Mis à jour le 22 mars 2021 à 12:16

La centrale solaire de Noor 3, au Maroc. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Ressources naturelles, savoir-faire technologique, capacités de financement… Chaque pays doit trouver la bonne formule pour verdir la production d’électricité du continent, aujourd’hui à 80 % issue d’énergies fossiles.

En ligne de mire : 30 % d’ici à 2025 pour le Sénégal, 50 % avant 2030 au Maroc, 42 % pour la Côte d’Ivoire à l’horizon 2035… C’est la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité que visent ces pays, illustration de la course au verdissement du mix électrique dans laquelle est engagée l’Afrique. Et pour cause : un boom du renouvelable paraît à même de répondre à la forte croissance de la demande tout en limitant l’impact sur l’environnement.

Il faut viser le plus de renouvelable possible au regard de ses avantages comparatifs

La production d’électricité du continent, aujourd’hui à 80 % issue d’énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz), constitue son premier poste d’émissions de CO2. Si le défi est immense, le potentiel vert semble pourtant aussi décisif. Avec 6 GW de puissance installée (soit autant que les Pays-Bas), le solaire compte pour seulement 4 % du mix de l’Afrique qui abrite pourtant 40% des ressources mondiales de cette énergie.

Pragmatisme et planification

Comment trouver le bon équilibre ? Il n’y a pas de recette miracle : chaque pays doit élaborer sa stratégie en fonction de ses ressources naturelles (présentes et futures), de son savoir-faire technologique (à faire évoluer) et de ses capacités de financement (très inégales d’un État à l’autre).

L’objectif est de « viser le plus de renouvelable possible au regard de ses avantages comparatifs », résume le consultant en énergie Ahmadou Said Bâ.

Cela suppose de combiner pragmatisme et planification tout en essayant d’anticiper les innovations technologiques, en particulier sur le stockage, et en entretenant le réseau de distribution afin de pouvoir commercialiser la future énergie.

Inverser la tendance pour certains

Certains pays du continent sont en bonne voie de trouver le « mix gagnant ». C’est le cas de l’Éthiopie, dont plus de 90 % de l’électricité est d’origine hydraulique. Si le pays est particulièrement bien doté grâce au bassin du Nil, il a su combiner ce potentiel en entamant, dès 2013, une diversification dans l’éolien avec la mise en service à Ashegoda du plus grand parc du continent (120 MW).

Son voisin kényan, avec un mix à 74% issu d’énergies renouvelables, semble sur le bon chemin. Pionnier de la géothermie (grâce à la vallée du Rift), il combine cette énergie avec de l’hydraulique et de l’éolien, ce qui lui donne de bonnes chances d’atteindre un mix à « 100% vert » en 2030.

Dans le nord du continent, le Maroc pose ses marques. Le royaume se distingue peut-être moins par ses performances actuelles que pour la trajectoire qu’il suit. Le pays, qui a réduit sa dépendance au pétrole mais pas celle au charbon pour produire son électricité, présente un mix encore à près de 70% fossile.

Mais, sous « l’impulsion royale » et grâce à ses capacités de financements, il multiplie les projets d’envergure dans le solaire (Noor) et l’éolien (Tarfaya, Midelt) pour inverser la tendance. La part du renouvelable dans le mix est ainsi passée de 8% en 2008 à environ 30 % en 2018. La cible de 50 % en 2030 semble à portée de main.

Transformer l’essai pour d’autres

En dehors de ces exemples – et de la Namibie qui a développé un programme de centrales de petite taille exploitant son potentiel hydraulique – d’autres pays doivent encore transformer l’essai.

Il en va ainsi de l’Afrique du Sud, dont le mix est encore à 90 % issu du charbon. Plusieurs projets « verts » ont été approuvés ces dernières années et le président Cyril Ramaphosa vient de relancer un programme de construction de centrales renouvelables de plus de 10 GW. La nation Arc-en-ciel doit cependant accélérer pour réaliser sa « conversion » initiée en 2013.

Face à la tentation de la souveraineté électrique, le bon mix est aussi celui qui sait profiter des interconnexions

Les attentes sont aussi très fortes en Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire, qui a fortement augmenté sa production au point d’être exportatrice d’électricité, remplace progressivement le pétrole par le gaz sur ces sites à travers la technologie des centrales à cycle combiné. Elle y gagne une énergie bon marché mais reste toutefois cantonnée à un mix à 70 % fossile, malgré des projets dans l’hydraulique et une incursion dans la biomasse via Biokala, porté par Meridiam, EDF et Sifca.

Le Sénégal est aussi à la croisée des chemins. Grâce à sa stratégie articulée autour de l’exploitation de ses futures ressources gazières, il peut se prévaloir d’une percée dans les énergies renouvelables (20% du mix). Mais cela ne doit pas faire oublier que le pétrole (dont du fioul lourd) compte encore pour 70 % et le charbon pour 10 % du mix.

Quelle que soit la stratégie déployée, celle-ci ne peut se limiter, pour la majorité des pays, au niveau national. Face à la tentation de la souveraineté électrique, le bon mix est aussi celui qui sait profiter des interconnexions, synonymes de mutualisation des coûts et d’une plus grande efficacité énergétique.

Si un marché de l’électricité existe déjà en Afrique australe, il ne demande qu’à se consolider davantage en Afrique de l’Ouest avec des gains escomptés à la fois pour les vendeurs (Nigeria, Ghana, Côte d’Ivoire et bientôt Sénégal) et les acheteurs (Mali, Burkina Faso, Niger, Gambie, Guinée-Bissau).