Économie

Monnaie, dette, protectionnisme… L’Afrique se libère du « Consensus de Washington »

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Mis à jour le 23 mars 2021 à 17h54

Par  Joël Té-Léssia Assoko

Joël Té-Léssia Assoko est rédacteur en chef adjoint (économie et finance) de Jeune Afrique.

(@ralphlessia)

XINHUA-REA

© XINHUA-REA

Après au moins une décennie de désastres économiques « importés » des pays « matures », l’Afrique fait entendre sa voix. Ce n’est pas trop tôt.

Depuis près de dix ans, les divinités qui veillent sur les marchés se sont acharnées contre les économies africaines avec une malfaisance cosmique digne du livre de Job.

Des séquelles de la crise transatlantique des subprimes (2008-2011) à l’effondrement entre 2013 et 2016 des prix des matières premières (cuivre, fer, pétrole…) jusqu’aux dégâts infligés par le Covid-19, le continent a dû s’accommoder d’une succession de désordres économiques « importés » de l’extérieur.

Résultat : un rythme de progression du PIB particulièrement erratique au Sud du Sahara, comprimé par la dépression des prix des commodités et des valeurs des devises nationales, pour aboutir à la récession de 2020, la première en une génération.

Coups bas de la conjoncture

Pourtant, le continent a enduré les coups bas de la conjoncture (la fameuse « résilience » des discours officiels). Un signe ne trompe pas : le PIB par habitant mesuré en parité de pouvoir d’achat a doublé depuis l’an 2000. À la fin de 2019, il frôlait les 4 000 dollars (+25 % sur dix ans).

Cette « résilience » a certainement desserré l’emprise du « Consensus de Washington » sur nos dirigeants. Malgré les admonestations du FMI, la Banque centrale du Nigeria reste arrimée à la politique proto-protectionniste du président Buhari.

Le Sénégal et le Bénin se sont ouvertement opposés – dans les pages de Jeune Afrique ! – au sujet du moratoire sur le remboursement des dettes. Le Ghana et la Côte d’Ivoire ont formé une mini-Opep du cacao, pour forcer le marché à mieux rémunérer les agriculteurs africains.

Entre-temps, des institutions de développement (autrement dit des « banques publiques »), comme la BAD, la BOAD, Africa Financial Corporation ou la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), ont réalisé des levées de fonds inédites, plébiscitées par les marchés internationaux.

Espoir

Autant de tabous et d’impossibilités que les circonstances ont effacés, après trois décennies de soumissions aux diktats du monde « avancé ». Celui-là même qui a accouché de la précédente administration américaine, du Brexit et des « Gilets jaunes ».

L’espoir est permis que tout cela ne soit qu’un début. Après avoir prouvé sa capacité à absorber et à s’adapter aux aléas du désordre mondial, il n’est pas interdit que l’Afrique aide à y apporter un peu d’ordre. Ou juste du bon sens.

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