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Cet article est issu du dossier «Comment l'Afrique fait sa révolution verte»

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Économie

Bank of Africa, Nedbank, BOAD… Les banques africaines s’éveillent à l’argent « vert » (2/3)

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Bourse de Jonnesburg, Afrique du Sud

Bourse de Jonnesburg, Afrique du Sud © Guillem Sartorio / AFP

Si un nombre encore restreint d’acteurs s’est lancé dans les green bonds, le succès des souscriptions vertes ne se dément pas sur le continent.

Réservée, il y a dix ans, aux quelques émetteurs supranationaux dotés d’une notation « AAA », l’émission de titres obligataires pour financer des projets avantageux sur le plan environnemental et social s’est « démocratisé » récemment.

À la fin de janvier, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a levé 750 millions d’euros pour des « projets durables » (environnementaux et sociaux). Selon l’agence Moody’s, un niveau record de 650 milliards de dollars de nouvelles émissions obligataires « responsables » sont attendues sur le marché en 2021, selon Moody’s, dont 375 milliards en obligations vertes.

« L’Amérique latine, le Moyen-Orient et l’Afrique ont contribué assez peu aux volumes d’obligations vertes jusqu’à présent, avec un total de 11 milliards de dollars en 2020, soit 4 % du marché mondial. Toutefois, nous prévoyons une augmentation des émissions sur ces marchés à mesure que les États souverains se concentrent sur le développement durable et que les émetteurs se familiarisent avec les instruments de dette durables », explique Matthew Kuchtyak, analyste chez Moody’s Investors Service. Outre la BOAD, plusieurs acteurs majeurs de la banque africaine se sont déjà aventurés sur ce marché prometteur. Revue des effectifs.

Un nombre d’acteurs encore restreint 

Principales émettrices, devant les sociétés non financières et les États, les banques se sont d’abord intéressées aux green bonds, dans la foulée de la Conférence internationale sur le climat (COP22) de 2016 à Marrakech.

Les pionnières marocaines BCP et Bank of Africa se sont lancées à partir de 2016 après la publication d’un guide pour faciliter le financement vers la transition énergétique par le régulateur marocain. La namibienne Bank Windhoeck a suivi le mouvement en 2018. Nedbank, l’une des principales banques d’Afrique du Sud et du continent, a procédé à une levée en 2019 et Access Bank, la première banque du Nigeria, a suivi l’an dernier.

L’Afrique ne représente environ que 1 % des obligations vertes émises dans le monde

Le nombre d’acteurs reste pour l’instant modeste, mais la marge de progression est immense. D’autant que sur les 18 places boursières dans le monde disposant d’un compartiment dévolu aux green bonds, une seule est africaine – la Bourse de Johannesburg (JSE).

Mais une progression de 500 % d’émissions sur un an

En effet, si l’Afrique ne représente environ que 1 % des obligations vertes émises en 2019 dans le monde, « ceux-ci ont progressé de 495 % entre 2018 et 2019, à 2,7 milliards de dollars », rappelle Charles Lévy, économiste principal de l’agence Bloomfield Investment, à Abidjan.

Les investisseurs ont exprimé un engouement important pour cette première émission verte sur le marché marocain

L’enthousiasme des marchés est déjà manifeste. L’offre initiale de Nedbank, en 2019, qui visait 2 milliards de rands (plus de 100 millions d’euros) a été sursouscrite, atteignant trois fois le montant demandé. Ces obligations ont été cotées au segment vert de la JSE, rejoignant les deux précédentes levées du groupe bancaire.

« Nos obligations vertes ont clairement démontré l’engagement de Nedbank à faciliter le financement d’actifs en mettant l’accent sur l’avancement du programme d’énergie renouvelable de l’Afrique du Sud », souligne Mike Davis, membre du comité exécutif du groupe sud-africain.

Même écho au Maroc, avec BMCE Bank of Africa. « Les investisseurs ont exprimé un engouement important pour cette première émission verte sur le marché marocain de dette privée, ayant drainé un taux de souscription de 826 % », explique à JA Brahim Benjelloun, administrateur-directeur général exécutif du groupe bancaire. La demande a en effet atteint plus de 4 milliards de dirhams (380 millions d’euros) pour une offre de 500 millions de dirhams, répartie entre 44 souscripteurs.

Un cadre juridique et une finalité globalement respectés 

Mais le succès de ces opérations est placé sous haute surveillance. Et l’essor à venir des émissions obligataires responsables, qui attestent de l’engagement des émetteurs et investisseurs dans une démarche de développement durable, est soutenu par une réglementation claire.

En la matière, le cadre est essentiellement international : Objectifs de développement durable de l’ONU (ODD), Positive Impact Finance du Programme des Nations unies pour l’environnement… Il est précisé par les régulateurs locaux (comme au Maroc) ou appuyé par les institutions financières multilatérales. Sur le continent, à date, seule l’émission de la banque namibienne Windhoek « a soulevé quelques commentaires sur le manque de clarification sur certains projets notamment sur leur nature ‘‘green’’», remarque Charles Lévy.

L’affectation des fonds « verts » levés par BMCE Bank of Africa depuis 2016 a été « jugée conforme » par l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC). « Les fonds levés ont été exclusivement affectés au financement du parc éolien de Khalladi », assure Brahim Benjelloun. L’installation développée par le saoudien Acwa Power est composée de 40 turbines pour une capacité totale de 120 MW. En pratique, un comité technique ‘‘green bond’’ se réunit trois fois par an pour assurer le contrôle interne, « dont une évaluation diligente des risques et impacts environnementaux et sociaux du projet selon les normes de performance de l’IFC », précise-t-il.

À noter, en zone Uemoa, jusqu’ici non représentée dans ce type de programme, le régulateur vient de mettre en place un guide relatif à l’émission d’obligations vertes, socialement responsables et durables (ESG). Après le Maroc, l’Afrique du Sud et le Kenya, voici que l’Afrique de l’Ouest se manifeste.

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