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Côte d’Ivoire : la stratégie de Jacques Anouma pour prendre la tête de la CAF

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Ancien président de la Fédération ivoirienne de football (FIF), Jacques Anouma est l’un des candidats à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF).

Ancien président de la Fédération ivoirienne de football (FIF), Jacques Anouma est l'un des candidats à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF). © Patrick Seeger/DPA/MAXPPP

Ancien président de la Fédération ivoirienne de football (FIF), Jacques Anouma est l’un des candidats à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF), dont l’élection aura lieu le 12 mars à Rabat.

En Côte d’Ivoire, l’annonce de sa candidature à la présidence de la CAF a surpris. À 69 ans, Jacques Anouma, qui a dirigé la FIF de 2002 à 2011, présidé l’Union des fédérations ouest-africaines de football (UFOA) avant de devenir membre du Comité exécutif de la CAF et de la FIFA, s’est lancé dans un dernier combat, sans doute pas le plus facile. « Ce sont des présidents de fédérations, des amis, qui m’ont suggéré de me présenter par rapport à la situation de la CAF, assure-t-il. J’ai pris le temps de la réflexion. Je n’ai pas dit oui tout de suite. »

Salif Bictogo, le président du Stella Club d’Adjamé, est convaincu qu’Anouma a le meilleur profil pour présider une institution secouée par des crises à répétition. « De tous les candidats, c’est le plus expérimenté, il connaît très bien les instances, les besoins du football africain », veut-il croire.

Intense lobbying

Avant d’officialiser sa candidature, l’ancien directeur du budget de la présidence de Laurent Gbagbo a pris la peine de s’assurer du soutien du chef de l’État, Alassane Ouattara. « Pas une seconde je n’ai pensé que le fait d’avoir travaillé avec Laurent Gbagbo serait un obstacle. J’avais déjà reçu le soutien du pouvoir en place, lorsque j’avais été candidat pour l’élection au comité exécutif de la FIFA, en 2015, martèle Jacques Anouma. Le président de la République m’a tout de suite soutenu quand je lui ai fait part de ma volonté de briguer la présidence de la CAF. »

Alassane Ouattara ne s’est pas contenté de lui apporter un simple appui moral. Il a aussi mis à la disposition du candidat sa puissance de feu diplomatique : ainsi, Ally Coulibaly, Albert Flindé et Paulin Danho, respectivement ministres des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Sports, ont été directement impliqués dans la campagne de Jacques Anouma, le premier faisant même partie de son équipe de campagne.

Soutiens de Drogba, Yaya Touré et B. Kalou

Ainsi, plusieurs ministres – dont Albert Flindé et Paulin Danho – ainsi que d’anciens ministres ivoiriens des Sports, ont multiplié les voyages en Afrique afin d’appuyer la candidature d’Anouma. « Une vingtaine de pays ont été visités. En raison de la crise sanitaire, il n’est pas facile de se déplacer partout, mais nous avons pu compter sur nos représentations diplomatiques dans les pays où il n’était pas possible de se rendre, intervient Paulin Danho. J’ai moi-même reçu à Abidjan le ministre des Sports du Sénégal, Matar Bâ. La Côte d’Ivoire soutient Jacques Anouma, pas seulement parce qu’il est Ivoirien, mais parce qu’il a l’expérience, la légitimité pour diriger la CAF. ».

Selon nos informations, plusieurs fédérations, outre la Côte d’Ivoire, sont prêtes à lui accorder leur voix. Plusieurs l’ont annoncé officiellement, comme celles du Togo, du Niger, du Bénin et du Kenya. Quant aux fédérations du Burkina Faso, du Congo ou de la Guinée équatoriale, les négociations sont en bonne voie. Et en Côte d’Ivoire, la majorité des acteurs influents du football local – dirigeants, mais aussi d’anciens joueurs comme Didier Drogba, Yaya Touré ou Bonaventure Kalou – sont derrière lui.

Jacques Anouma, qui a choisi un slogan sobre – « Servir le football africain » – dévoilera son programme le 19 février à Abidjan. « Un projet réaliste, pas utopique, voilà ce dont le football africain a besoin, promet-il. Son image a souffert, elle a besoin d’être restaurée, elle a besoin d’éthique et de bonne gouvernance. De solidarité également, car quand, dans le même Comité exécutif, trois personnes se portent candidates (Ahmad Ahmad, Augustin Senghor, Ahmed Yahya, ndlr), cette question se pose. » Sa campagne, d’abord entamée à coups de visioconférences et d’appels téléphoniques en raison de questions d’agenda l’ayant empêché de se rendre au Cameroun où se déroulait le Championnat d’Afrique des nations (CHAN), va s’accélérer.

L’argument d’une candidature unique ?

Avec, en toile de fond, la question d’une candidature unique pour l’Afrique de l’Ouest. Trois candidats – Anouma, Senghor et Yahya – sont originaires de cette partie du continent, et l’idée a germé dans plusieurs esprits, notamment pour contrer la candidature du milliardaire sud-africain Patrice Motsepe.

« On risque une dispersion des voix dans cette configuration. Il est à mes yeux impératif que l’Afrique de l’Ouest présente un seul candidat, insiste Anouma. J’ai des contacts fréquents avec Augustin Senghor, j’en ai aussi eu avec Ahmed Yahya », ajoute-t-il, sans dévoiler le contenu des échanges. L’Ivoirien, qui se rendra prochainement en Mauritanie pour assister aux demi-finales et à la finale de la CAN des moins de 20 ans devrait en profiter pour aborder le sujet avec Yahya.

Pour convaincre, l’Ivoirien pourrait brandir la promesse d’un seul mandat. À 69 ans, Anouma, en vertu des statuts de la CAF – selon le règlement, l’âge des candidats ne doit pas excéder 70 ans -, ne pourrait pas se présenter une deuxième fois en l’état actuel. « On peut imaginer qu’il soit candidat, et que Senghor (56 ans) et Yahya (44 ans), qui sont plus jeunes, acceptent de passer leur tour en attendant 2025 tout en exerçant des responsabilités importantes à la CAF lors du mandat d’Anouma, avance le dirigeant d’une fédération ouest-africaine soutenant Anouma. Il va y avoir des négociations entre les candidats, car Senghor et Yahya donnent l’impression de vouloir aller jusqu’au bout. Et comme Anouma, ils sont soutenus par les gouvernements sénégalais et mauritanien, les discussions s’annoncent donc âpres. Il ne serait pas surprenant que cela se décide au sommet de chaque État concerné. En tout cas, il va falloir aller vite. » L’élection étant fixée au 12 mars prochain à Rabat, le compte à rebours est déjà lancé…

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