Politique

[Chronique] Machisme, racisme et paternalisme : Ngozi Okonjo-Iweala à l’OMC, une « grand-mère » discriminée ?

Mis à jour le 17 février 2021 à 15:56
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Glez © Glez

Alors que les féministes et africanistes se réjouissent de la nomination de Ngozi Okonjo-Iweala à la tête de l’Organisation mondiale du commerce, la qualification de « grand-mère », par un journal suisse, de l’ancienne ministre nigériane a suscité l’indignation.

Le paradis féministe n’est pas l’état intermédiaire de la société contemporaine où il faut toujours « stabilobosser » le sexe de personnes souvent sous-payées ou rarement promues, dans l’espoir de ne plus avoir à le faire plus tard. Difficile, donc, de ne pas se réjouir explicitement du « strike » que vient de réaliser Ngozi Okonjo-Iweala au grand bowling des carrières internationales.

Dans le mot « Nigeriane », qui qualifie l’ancienne ministre des Finances et des Affaires étrangères, il y a bien « Nigerian » et « iane ». « L’emmerdeuse » (la traduction de son surnom yoruba « Okonjo-Wahala ») réjouit tout à la fois les féministes et les africanistes puisqu’elle est la première femme et la première personne originaire d’Afrique à accéder au fauteuil suprême de la direction générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Peut-être a-t-elle fait un clin d’œil virtuel en direction de l’Africaine Fatou Bensouda qui, elle, s’apprête à quitter ses fonctions de procureure de la Cour pénale internationale (CPI).

« Grand-mère »

Le curriculum vitæ de l’économiste et sa force de caractère ne pouvant être banalisés, seul des « hourrah » devaient  rappeler qu’une telle nomination afro-féminine est encore rare. Mais si les féministes et africanistes ne sont pas au paradis, les machistes racialistes n’ont pas fini leur purgatoire. Depuis la nomination de Ngozi Okonjo-Iweala, les internautes vigilants traquent le naturel qui revient au galop, même drapé dans d’insidieuses formulations. C’est ainsi qu’un titre du journal suisse Aargauer Zeitung a interpelé au point de devenir viral : « Cette grand-mère sera la nouvelle directrice de l’OMC ».

Que peut donc bien revêtir ce mot « grand-mère » dans l’esprit d’un journaliste helvétique ? S’il sous-entend qu’une mère d’enfants eux-mêmes parents a un âge à souligner – 66 ans dans le cas de Ngozi Okonjo-Iweala -, le rédacteur est-il capable de produire les articles où il qualifie de « grand-père », dès le titre, le Secrétaire général actuel des Nations unies, António Guterres, âgé de 71 ans ? À moins qu’il ne sous-entende qu’une grand-mère est vouée à faire des confitures ou à se faire dévorer par un loup dans un conte européen.

Déferlement de critiques

La formulation du titre suisse est-elle la torve combinaison de trois discriminations –anti-femme, anti-africain et anti-sénior ? Beaucoup d’internautes y voit davantage une « branche » à laquelle un observateur raciste et/ou sexiste pourrait se raccrocher dans un monde trop politiquement correct. L’article trahirait tout bonnement un doute sur les qualifications de la nouvelle patronne de l’OMC, tous aspects de son profil confondus.

Des twittos affirment que ce sont de mêmes observateurs suisses qui auraient miné le parcours du Franco-ivoirien Tidjane Thiam qui ramena pourtant le Crédit suisse à une situation de profitabilité. Mais attention à ne pas stigmatiser les Suisses.