Société

Côte d’Ivoire : comment Trafigura a tiré la leçon du « Probo Koala »

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Mis à jour le 27 février 2021 à 16:35

Deux dirigeants français de Trafigura conduits en détention à Abidjan, le 16 novembre 2006. © AFP

Le tragique accident survenu à Abidjan il y a quinze ans a conduit le négociant suisse à revoir sa gestion des risques sociétaux et environnementaux.

Inconnu du grand public jusqu’en 2006, le négociant suisse de matières premières Trafigura s’est fait connaître en Afrique de l’Ouest par une catastrophe sociale et environnementale qui continue de peser sur sa réputation.

Les 19 et 20 août de cette année-là, des produits chimiques hautement nocifs pour la santé et l’environnement, issus du navire Probo Koala, affrété par le groupe, ont été déversés dans plusieurs quartiers d’Abidjan, entraînant selon Amnesty International la mort de 17 personnes et provoquant des maladies ou des gênes respiratoires chez des dizaines de milliers de citadins vivant à proximité, répertoriés par l’Institut national d’hygiène publique (INHP) de Côte d’Ivoire.

Cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire

Mauvaise évaluation de la dangerosité des produits, choix d’une société incompétente dans le traitement de matières chimiques nocives, lieux de déversements à proximité d’habitations, incapacité à communiquer de manière transparente : l’affaire du Probo Koala a constitué pour les multinationales industrielles et logistiques un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire en la matière.

Interpellés à l’aéroport Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan, Claude Dauphin, le patron et cofondateur de Trafigura, et son adjoint Jean-Pierre Valentini ont même été incarcérés durant cinq mois à la suite de cet épisode de pollution sans précédent en Afrique et qui avait suscité l’indignation d’organisations de la société civile emmenées par Amnesty International.

Les dirigeants actuels du groupe suisse, piloté depuis Genève par l’Australien Jeremy Weir, successeur de Claude Dauphin, décédé en 2015, affirment que cet événement a constitué un électrochoc qui leur a fait changer profondément leur approche en matière de gestion des risques sociétaux et environnementaux.

400 employés mobilisés

« En 2006, Trafigura était encore une jeune entreprise et nous n’étions pas organisés pour gérer l’intérêt public généré par l’incident du Probo Koala. À l’époque, nous avons échoué à communiquer de manière appropriée sur ces sujets d’importance majeure », regrette aujourd’hui James Nicholson, directeur de la responsabilité sociétale de l’entreprise.

Celui-ci fait valoir que Trafigura est désormais, sur instruction de son patron, aux avant-postes parmi les grandes maisons de négoce, avec quelque 400 employés mobilisés sur ces sujets. Et que le groupe est engagé dans un dialogue actif avec les journalistes et les ONG, aussi critiques soient-ils.

Il faut dire qu’avec un chiffre d’affaires de 147 milliards de dollars (121 milliards d’euros) et des actifs estimés à 57 milliards disséminés de par le monde il y a fort à faire en la matière.

Toujours présent en Côte d’Ivoire

« La plupart des risques environnementaux sont gérés à travers nos sous-traitants. Ce qui fait que la validation et le pilotage de ces derniers sont cruciaux pour limiter les incidents, particulièrement dans quatre domaines prioritaires : le transbordement des produits depuis ou vers les navires, le transport par camion, le stockage de produits dangereux et le traitement des produits polluants », détaille Richard Head, le responsable environnement de Trafigura.

« Quand un prestataire local n’est pas au niveau demandé, nous nous engageons parfois à ses côtés jusqu’à ce qu’il puisse tenir nos exigences, ainsi que nous l’avons fait par exemple au port somalien de Berbera », indique-t-il.

Signe que ses efforts sont reconnus, quinze ans après l’affaire, Trafigura continue à travailler en Côte d’Ivoire. Le négociant est l’un des principaux fournisseurs de GPL du pays. Il est aussi un acheteur régulier de la part de brut qui revient à la compagnie Petroci et des produits raffinés de la SIR.