Danse

La danseuse franco-sénégalaise Germaine Acogny décroche le Lion d’or à Venise

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Mis à jour le 18 février 2021 à 09h21
La chorégraphe Germaine Acogny.

La chorégraphe Germaine Acogny. © Youri Lenquette pour JA

La fondatrice de l’École des sables au Sénégal, considérée comme la « mère de la danse africaine contemporaine », a reçu le prix le plus prestigieux de la biennale italienne.

« Quand vous la voyez sur cette scène à l’âge de 74 ans, en plein vol, en pleine rage et puissance, vous réalisez que la vie d’un danseur ne s’arrête jamais », témoignait en 2018 la directrice artistique américaine Kristy Edmunds. Corps puissant, massif, crâne rasé, et toujours ce regard qui pourrait intimider un chef de guerre : Germaine Acogny, 76 ans aujourd’hui, n’a rien perdu de sa fougue.

Elle continue à enflammer les scènes (elle a par exemple interprété son dernier spectacle À un endroit du début, en live, début décembre, pour le Théâtre de la Ville) et à diriger d’une main de fer certaines formations proposées par l’École des sables. La Biennale de Venise vient de lui décerner le Lion d’or de la danse, réservé aux danseuses les plus influentes, comme avant elle Carolyn Carlson, Pina Bausch ou Maguy Marin. Elle avait déjà reçu de nombreuses distinctions, notamment celle de Chevalier des Arts et des Lettres… et Jeune Afrique l’a plusieurs fois classée parmi les personnalités les plus influentes du continent.

Dans un communiqué, l’institution italienne précise que « Sa contribution à la formation en danse et en chorégraphie des jeunes d’Afrique occidentale et la large diffusion de son travail dans son pays d’origine et dans le monde ont fait d’elle l’une des voix indépendantes qui ont le plus influé sur l’art de la danse. »

Électron libre, forte tête, l’aînée des chorégraphes africains s’est montrée capable de s’emparer, avec sa compagnie JANT-BI, de tous les sujets : sexualité, religion, colonisation… Faisant portant loin, sur tous les plateaux du monde, la voix de l’Afrique. Et paradoxalement, elle n’a jamais non plus cessé d’être dépendante financièrement d’institutions non-africaines.

École des sables

Compagne de route de Maurice Béjart, elle dirige de 1977 à 1982 Mudra Afrique, l’école de danse fondée à Bruxelles par le chorégraphe. Puis elle crée en 1998, avec son mari Helmut Vogt, l’École des sables, à Toubab Dialo, un petit village au sud de Dakar. Ce centre, qui emploie aujourd’hui une dizaine de personnes, a formé des centaines d’artistes, parfois gratuitement. Les « sablistes », comme on nomme les anciens élèves de Germaine Acogny, ont monté à eux seuls plus d’une dizaine d’événements : Un pas en avant, en Côte d’Ivoire, Aida, au Bénin, Souar Souar, au Tchad, Mitsaka, à Madagascar, Time 2 Dance, en Tanzanie…

Exister hors du circuit hexagonal, européen, c’est notre guerre…

En 2020, le couple Acogny/Vogt a transmis la direction de l’école artistique, et le rôle de « gardien » de l’école à deux anciens élèves, Alesandra Seutin et Wesley Ruzibiza, aux côtés d’un fidèle de l’institution, Paul Sagne. L’école, en grave difficulté financière en 2018, a longtemps été sous perfusion de mécènes étrangers, notamment la Fondation hollandaise DOEN qui a pendant neuf ans payé la moitié de ses frais de fonctionnement (180 000 euros par an au total chaque année). L’État sénégalais, lui, n’a jamais garanti d’aide en rapport avec le fabuleux rayonnement que lui confère l’institution.

Rencontrée en 2016 à Ouagadougou, en marge du festival international Danse l’Afrique danse !, la chorégraphe nous confiait : « Exister hors du circuit hexagonal, européen, c’est notre guerre… Mais encore aujourd’hui, même moi, qui suis une danseuse reconnue au niveau international, et depuis longtemps, je ne pourrais pas tourner sans l’Institut français. Le problème n’est pas que des institutions occidentales nous permettent de vivre, mais que nos gouvernements ne nous prennent toujours pas au sérieux. Ils n’ont pas compris que la culture générait de la richesse. »

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