Société

[Chronique] Covid-19 : la fête avortée des « happy few » congolais

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Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Glez

© Glez

En RDC, une fête en violation des règles sanitaires a été dispersée à la manière d’une manifestation, et quelque 92 convives ont dû participer à un « after  » au commissariat.

Au moment où l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’alarme d’une hausse de 40%, en un mois sur le continent africain, des décès liés au coronavirus et que l’Afrique devrait bientôt passer le cap des 100 000 morts dus à la pandémie, des citoyens indisciplinés ne respectent pas toutes les mesures édictées. La violation des couvre-feux, notamment, suscite des démonstrations de force policière qui riment tantôt avec déchaînement gratuit de violence – comme au Kenya où quinze agents ont été mis à l’index –, tantôt avec remontrances à vocation éducative…

Ce samedi 13 février, la police de RDC a ainsi joué les trouble-fêtes au Grand Hôtel de Kinshasa. En dépit du couvre-feu fixé à 21h en raison de la pandémie de Covid-19, une fête bien arrosée battait son plein au bar du 9e étage de l’établissement. Même en supposant que chacun des convives aurait pu envisager de rester sur ce lieu de sommeil jusqu’à la fin de l’interdiction de circuler, l’entassement de 200 personnes dans un espace trop exigu –et manifestement sans respect des gestes barrières– avait de quoi titiller les forces de l’ordre…

After au commissariat

La police s’est donc invitée vers 23 heures. Pour n’avoir pas réussi à s’échapper, 92 convives ont dû participer à un « after » à l’Inspection générale de la police, en compagnie du gérant des lieux. Si le militantisme est le maître mot de certaines provocations collectives à l’égard d’une distanciation sociale jugée psychologiquement aussi néfaste que la transmission d’un virus, certains happening « Covid-incompatibles » semblent plutôt relever d’une inconscience d’happy few.

La fortune ou la proximité avec le pouvoir politique immuniseraient-ils contre la Covid-19 ? La soirée avortée du Grand Hôtel aurait réuni des fils et filles de dignitaires, d’hommes d’affaires, des diplomates, et même quelques membres de l’entourage d’un chef de l’État qui, il est vrai, est plutôt d’humeur triomphante, ces dernières semaines.

Sans doute peut-on doublement dédramatiser les échauffourées hôtelières de ce week-end. Primo, le je-m’en-foutisme festif n’est pas seulement congolais, ni même uniquement africain : ce dimanche matin, la police locale de la ville flamande de Tongres mettait met fin à une fête d’anniversaire clandestine. Secundo, le couperet de la justice congolaise s’est révélé une chiquenaude éducative sur la joue des impudents imprudents. Toutes les personnes interpellées ont été libérées au cours du dimanche, non sans avoir entendu disserter le directeur de la police de Kinshasa, le général Sylvano Kasongo Kitenge, cité par RFI : « c’est une arrestation administrative, pédagogique. Pour aujourd’hui, c’est une leçon. Prochainement, il y aura des sanctions. » Faut pas fâcher, eux communiquer…

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