Justice

D’avocat du fils de Kadhafi et de Charles Taylor à procureur de la CPI : ce qu’il faut savoir sur Karim Khan

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Mis à jour le 18 février 2021 à 09h56
L’avocat britannique Karim Khan, en 2019

L'avocat britannique Karim Khan, en 2019 © SABAH ARAR/AFP

C’est finalement le Britannique Karim Khan qui a été élu procureur de la Cour pénale internationale. Cet avocat spécialisé dans les droits humains succèdera à la Gambienne Fatou Bensouda le 16 juin pour un mandat de neuf ans.

1. Pas de consensus

L’avocat britannique de 50 ans a été élu procureur par les États-parties de la Cour pénale internationale (CPI) vendredi 12 février à New York, avec 72 voix sur 122, l’emportant face à ses trois concurrents – un Irlandais, un Espagnol et un Italien. La candidature de Karim Khan n’a donc pas fait consensus, contrairement à celle de ses deux prédécesseurs, l’Argentin Luis Moreno Ocampo et la Gambienne Fatou Bensouda.

2. Du Kenya au Darfour

Cet avocat d’origine pakistanaise connaît bien la Cour de La Haye. Il y a notamment plaidé pour la défense de l’ancien vice-président kényan William Ruto, de l’ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba. et du fils du Libyen Mouammar Kadhafi, Seif al-Islam Il a également été le conseil des chefs rebelles soudanais Abdallah Banda, Saleh Mohammed Jerbo Jamus et Bahar Idriss Abu Garda, soupçonnés d’avoir commis des crimes de guerre au Darfour.

3. Accusation et défense

Au cours de ses 24 ans de carrière dans la justice pénale internationale, il a servi en tant que conseiller juridique des procureurs siégeant dans les Tribunaux pénaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) et le Rwanda (TPIR). Il a également plaidé, en tant qu’avocat de la défense ou des victimes présumées, devant les tribunaux spéciaux internationaux pour la Sierra Leone, le Cambodge ou encore le Kosovo.

Son expérience en tant que conseil de William Ruto lui a valu une opposition farouche de certaines ONG africaines

4. Daech

Depuis 2018, Karim Khan est à la tête d’une équipe de l’ONU qui enquête sur les crimes de l’État islamique en Irak. Un poste qu’il occupera jusqu’à sa prise de fonction à la CPI le 16 juin prochain.

5. Controversé

Son expérience en tant que conseil de William Ruto en 2014, dans l’affaire des violences post-électorales de 2007-2008, lui a valu une opposition farouche de certaines ONG africaines, et en particulier kényanes. Elles lui reprochent d’être resté silencieux après la disparition d’un témoin-clé de la défense, dans ce procès qui s’est soldé par un non-lieu.

6. Code de conduite

En juin 2007, alors qu’il représente Charles Taylor, jugé par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, il quitte la salle d’audience en plein procès, malgré les injonctions de la juge Julia Sebutinde. Puisque l’ex-président libérien refuse de reconnaître la légitimité de cette juridiction, il invoque son code de conduite, qui lui interdit de représenter un client contre son gré.

7. Repêché

Après avoir été dans un premier temps écarté de la course à la succession de Fatou Bensouda, il a finalement été repêché le 13 novembre 2020, en même temps que dix autres concurrents, en l’absence de consensus autour des quatre candidats présélectionnés. Dans son rapport, le comité chargé de l’élection du procureur décrit Karim Khan comme « charismatique », « bon communicateur » et « sûr de lui ».

8. Au service de la reine

Depuis 2011, Karim Khan est conseiller d’Élisabeth II, la reine d’Angleterre. Un titre honorifique, qui distingue les avocats d’excellence en Grande-Bretagne.

Il compare les procédures devant les instances internationales à des « marathons qui vous font perdre le sommeil »

9. Sous pression

Le nouveau procureur de la CPI aura la lourde tâche de renforcer la légitimité de la Cour, critiquée pour son supposé biais anti-africain et soumise à la pression des États-Unis. Washington surveille en effet de près l’enquête ouverte par la Cour sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis en Afghanistan, qui pourrait mettre en cause l’armée américaine. Karim Khan devra également mener des réformes très attendues, alors qu’un audit a pointé en 2020 les dysfonctionnements de l’institution.

10. Soif de justice

« Nous devons être objectifs, mais ça ne veut pas dire que nous ne pouvons pas être dévoués », avait-il déclaré lors d’un entretien accordé en 2015 à un universitaire néerlandais spécialiste du droit international. Comparant les procédures devant les instances internationales à des « marathons qui vous font perdre le sommeil », il avait alors lancé, à destination des étudiants : « Vous ne pouvez pas faire ce travail uniquement pour des raisons financières, si vous n’êtes pas guidé par le sentiment que la justice triomphera. »

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