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Maroc, Tunisie, Sénégal : ce qui va changer si Veolia absorbe Suez

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Un ouvrier de Lydiec, filiale de Suez au Maroc

Un ouvrier de Lydiec, filiale de Suez au Maroc © Abdelhak SENNA/REA

Une fusion des deux géants français ferait du groupe le premier opérateur en Afrique avec un chiffre d’affaires de près de 2 milliards d’euros et une présence dans une douzaine de pays. Mais le risque d’avoir à faire face à une levée de boucliers sur le continent est réel.

Comme si de rien n’était… Sous les feux d’une OPA à Paris, Suez continue, en Tunisie, de peaufiner son offre pour un important contrat de délégation d’assainissement face à ses concurrents FCC Aqualia ou Àguas de Portugal.

Las ! Derrière cette apparente sérénité, rien ne sera plus comme avant pour le géant français dirigé par Bertrand Camus. Quelle que soit l’issue de l’OPA lancée par Antoine Frérot, PDG de Veolia, un nouveau rapport des forces va émerger. Sur le continent africain comme ailleurs.

Si l’Afrique semble faire figure de grande oubliée de la lutte des deux géants, c’est que le continent pèse peu dans leurs chiffres d’affaires : 5 % pour Suez et 3,3 % pour Veolia, respectivement 900 et 942 millions d’euros.

Suez : de belles opérations « non stratégiques »

Ce dernier s’était fait éjecter en 2018 de son contrat d’eau au Gabon mais reste présent au Maroc (Rabat), au Niger (SEEN), en Namibie (Wingoc), à quoi s’ajoutent Adonis (déchets dangereux), à Madagascar, ou encore des contrats miniers au Ghana et en Afrique du Sud.

Quant à Suez, hormis son navire amiral Lydec (eau et électricité), qui pèse 250 millions d’euros à la Bourse de Casablanca, le groupe affiche de belles opérations dans les déchets au Maroc (municipaux à Tanger ou à Meknès et industriels avec Renault, PSA…), un contrat d’eau signé en 2019 au Sénégal (Sen’eau) et des concessions ou des contrats de services en Tunisie, en Égypte et en Algérie.


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Curieusement, ces intéressantes opérations de Suez en Afrique ne sont pas citées parmi les actifs que Veolia juge stratégiques.

 Les collectivités et gouvernements détestent se faire forcer la main

Pourtant, dans cette bataille franco-française, des enjeux africains, il y en a ! Tout d’abord, en cas de succès de Veolia, une fusion pro-forma créerait, et de loin, le premier opérateur en Afrique avec un chiffre d’affaires de près de 2 milliards d’euros et une présence dans une douzaine de pays.

Le deuxième enjeu, en cas d’OPA réussie, tient aux risques politiques ou juridiques. « Les collectivités et gouvernements détestent se faire forcer la main lors de fusions décidées par-dessus leur tête. Ils redoutent des hausses de prix à terme du fait d’une réduction de la concurrence ou de l’arrivée d’opérateurs peu impliqués », avance un des protagonistes du dossier. Pour Veolia, il y a un risque réel de faire face à une levée de boucliers.

Au Sénégal, sur l’appel d’offres Sen’eau gagné par Suez (7 millions de clients, plus de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires sur quinze ans), l’offre de Veolia avait été jugée trop chère, et on pourrait bien s’étrangler de le voir revenir via la fusion.

Entre Veolia et Suez, un mastodonte marocain

Au Maroc, Veolia se retrouverait en position dominante. Avec ses 688 millions d’euros de chiffre d’affaires, Lydec, filiale à 51 % de Suez, est de loin le plus gros opérateur du royaume. En ajoutant ses contrats de Rabat-Salé et de Tanger-Tétouan, « Veolia desservirait les trois plus gros pôles urbains du pays et deviendrait un mastodonte. Le Makhzen pourrait voir cette situation d’un mauvais œil », pointe un expert.

À moins que Meridiam n’entre dans le jeu. Très actif en Afrique, ce fonds d’investissement créé par Thierry Déau est partenaire de Veolia dans son OPA et doit acquérir l’eau de Suez en France. Mais il est aussi candidat à la reprise de certains actifs africains de ce dernier, dont Lydec.

Et si, dans cette bataille boursière, l’Afrique finissait par revenir sur le devant de la scène ? En cas de succès, Veolia deviendrait le premier opérateur du continent, avec une présence dans une douzaine de pays.

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