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Douala : bras de fer autour de la Smid, le « trésor » de la capitale économique du Cameroun

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Mis à jour le 17 février 2021 à 15h45
Fritz Ntonè Ntonè (g.) et Roger Mbassa Dine (dr.).

Fritz Ntonè Ntonè (g.) et Roger Mbassa Dine (dr.). © MABOUP

Le nouveau maire de Douala, Roger Mbassa Ndine, entend bien prendre la main sur le véhicule d’investissement de la ville. Mais son prédécesseur, Fritz Ntonè Ntonè, ne l’entend pas de cette oreille.

Élu en mars 2020 à la tête de la capitale économique camerounaise, Roger Mbassa Ndine réclame à ce titre la présidence du conseil d’administration de la Société métropolitaine d’investissement de Douala (Smid), le véhicule d’investissement de la ville.

En effet, la ville, qui a succédé à la Communauté urbaine de Douala (CUD) à l’origine de la Smid, est avec 23 % des parts l’actionnaire de référence de cette structure destinée à financer des projets dans la ville, et toujours présidée par l’ancien maire de Douala, Fritz Ntonè Ntonè.

Les choses sont accélérées le 12 février, lorsqu’un magistrat du tribunal de première instance de Douala a signé, en fin de matinée, un jugement en référé ordonnant la mise de l’entreprise sous administration provisoire.

Menaces de poursuites

À peine l’ordonnance était-elle rendue qu’une escouade de policiers et un huissier ont investi le siège de la Société métropolitaine d’investissement de Douala (Smid), priant Fritz Ntone Ntone, mais aussi le directeur général de la société, Fabrice Tchingo Petton, ainsi que le personnel, de libérer les lieux.

Les locaux sont désormais sous la garde de la police municipale, tandis que l’administration provisoire de la Smid a été confiée par le juge à  l’expert-comptable François Maurice Njoh, pour un mandat de six mois. Ce dernier est chargé de convoquer une assemblée générale des actionnaires devant renouveler le conseil d’administration et de diligenter un audit des comptes sur les trois derniers exercices.

« Cela pourrait donner lieu à des poursuites judiciaires si des indélicatesses sont constatées », glissent des proches de Roger Mbassa Ndine. D’autant que le mandat de Fritz Ntone Ntone, désigné administrateur en 2018 parce qu’il représentait la CUD, a expiré depuis le 17 août 2020.

Court-circuit

Ce qui ne l’empêche pas de poser certains actes, comme la convocation du conseil d’administration du 1er décembre, portant entre autres sur la cooptation de nouveaux membres. « Seule, l’assemblée générale désigne les membres du conseil. Or celle-ci ne s’est plus tenue depuis trois ans », rappelle un proche un proche de Roger Mbassa Ndine.

Du côté de Fritz Ntonè Ntonè, on tient à préciser que la mairie de Douala n’a pas d’existence légale qui lui permette de prétendre à des droits sur la Smid – argument balayé par le juge -, et qu’une assemblée générale était programmée pour le 25 mars, la manœuvre de Roger Mbassa visant donc à court-circuiter cette démarche.

Les proches de l’ancien maire dénoncent aussi l’attitude de l’édile. « En décembre, une délégation d’actionnaires, conduite par les députés Albert Dooh Collins et Jean-Claude Feutheu, le rencontrent pour aplanir le différend. Il leur demande de lui accorder deux semaines pour réflexion, et en guise de réponse, il emprunte la voie judiciaire », peste un petit porteur.

« Bataille d’ego »

Cette source souligne aussi le rôle qu’a joué l’ancien délégué du gouvernement dans la création de la Smid, qui lui assure selon lui une légitimité à sa tête. « La Smid est son bébé. Il en a eu l’idée et a mobilisé les partenaires. C’est pour cela que nous l’avons placé à sa présidence », rappelle notre interlocuteur, qui regrette une « bataille d’ego » dommageable pour ceux qui ont mis leur argent dans ce projet.

En 2018, la CUD avait lancé un appel public à l’épargne de 10 milliards de francs CFA (15 millions d’euros) pour constituer la Smid, mais n’avait finalement réussi à mobiliser que 5,4 milliards de F CFA, engagés dans des projets comme la construction du marché de Deido – en PPP – ou encore la réalisation d’un centre des loisirs au Plateau Beach.

À l’horizon 2025, la structure est censée porter une partie des projets contenus dans le nouveau plan directeur d’urbanisme, qui s’élèvent à 1 400 milliards de F CFA.

Le bras de fer engagé sur les bords du Wouri, la rivière qui baigne la principale ville du pays, promet d’autres rebondissements…

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