Politique

Cameroun : guerre de succession au SDF après le retrait de John Fru Ndi

Réservé aux abonnés | | Par - à Yaoundé
Mis à jour le 16 février 2021 à 11h59
John Fru Ndi, en 2011.

John Fru Ndi, en 2011. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Le leader du Social democratic front (SDF) a confirmé qu’il ne « sera plus candidat à aucune élection présidentielle », ouvrant la voie à l’expression de toutes les ambitions au sein de son parti.

Les mots utilisés par John Fru Ndi pour annoncer son retrait définitif de la course à la présidence camerounaise mêlent lassitude et espoir. « Je ne me présenterai plus à aucune élection présidentielle », a déclaré l’opposant historique à Paul Biya, devant la trentaine de journalistes qui s’étaient réunis jeudi 11 février à son domicile de Yaoundé. Pour justifier ce retrait, que plusieurs événements laissaient présager, le chairman du SDF évoque sa « fatigue ».

« À un certain âge et à un certain moment de la vie, vous devez laisser les plus jeunes continuer. Et ils doivent prendre le relais quand vous êtes encore là pour voir ce qu’ils font, ainsi vous pouvez les diriger et les corriger, a-t-il affirmé. La politique ne consiste pas à s’asseoir à Yaoundé ou à Bamenda. Il s’agit d’aller vers les gens, de les sentir. Et si je ne peux plus le faire, il faut laisser une autre personne le faire. »

Vers un congrès anticipé ?

Kidnappé à deux reprises par les groupes séparatistes qui opèrent dans le Nord-Ouest, puis dit très malade, John Fru Ndi avait passé plusieurs mois hors du Cameroun avant de revenir en octobre 2020. Âgé de 79 ans, l’ancien libraire n’a cependant pas précisé s’il quittera la tête du SDF lors de la prochaine convention du parti. Prévu en 2022, ce rassemblement, qui se déroule tous les quatre ans, devrait permettre de procéder au renouvellement des instances dirigeantes du parti. Seule certitude néanmoins, les récentes déclarations de Fru Ndi marquent un nouveau pas vers l’inexorable crépuscule d’une carrière qui aura duré près de trois décennies.

En 2018 déjà, l’ancien challenger de Paul Biya avait renoncé à participer à l’élection présidentielle. Il avait alors cédé la place à son premier vice-président, Joshua Osih, qui avait été désigné candidat lors des primaires, tout en gardant la tête du parti. Le nouveau porte-flambeau du SDF avait cependant enregistré un résultat mitigé : une quatrième place, loin derrière Paul Biya, Maurice Kamto et Cabral Libii.

La succession du chairman fait l’objet de toutes les spéculations, la liste des prétendants s’étant fortement réduite après les décès de deux piliers du parti.

Cette déconvenue a profondément affecté le SDF. Plusieurs cadres, se sont mis à réclamer un changement de cap et un retour aux fondamentaux du parti, à l’instar du député Jean-Michel Nintcheu, ainsi que des militants de la diaspora. Lors du Congrès exécutif national (NEC) de décembre 2020, la succession de Fru Ndi et le rajeunissement des cadres ont été abordés. Favorable à cette idée, le chairman n’a pas fermé la porte à son départ. Selon des sources proches de l’opposant, un congrès anticipé pourrait même être convoqué à cet effet.

Resserrer des rangs clairsemés

En attendant, John Fru Ndi multiplie les gestes de dévolution du pouvoir. Après avoir désigné Paul Tchatchouang et Jean-Michel Nintcheu à la tête des commissions « réconciliation » et « action » nouvellement créées, le chairman s’emploie à resserrer les rangs clairsemés de sa formation politique. Début février, le leader du SDF a ainsi organisé une session de travail d’équipe avec 50 jeunes cadres afin d’échanger sur l’avenir du parti.

Lors du prochain NEC annoncé pour le dernier week-end de février, à la veille de la session parlementaire de mars, le SDF devrait adopter sa nouvelle stratégie opérationnelle. Confiée au bouillonnant Jean-Michel Nintcheu, ce redéploiement devrait être axé sur l’idée d’un parti plus incisif face à Paul Biya. Une orientation dont la mise en œuvre nécessitera des profils plus jeunes.

Dans ce contexte, la succession du chairman fait l’objet de toutes les spéculations. Après les décès de deux piliers du parti : Joseph Banadzem en 2019 et Joseph Mbah Ndam l’année suivante, la liste des prétendants s’est fortement réduite. Si certains militants ont réclamé la démission de Joshua Osih de la vice-présidence du parti après sa débâcle à la présidentielle, celui-ci conserve le soutien de Fru Ndi. « Si notre candidat n’a pas eu un très bon score, il a fait de son mieux », a-t-il réitéré face à la presse le 11 février. Mais si le vice-président venait à être candidat à la succession du chairman, il pourrait bien faire face à ces autres figures montantes du parti tapies en embuscade.

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