Politique

Algérie : Abdelmadjid Tebboune prépare-t-il de nouvelles élections ?

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Mis à jour le 15 février 2021 à 16:45

Le président Tebboune à la conférence de Berlin sur la crise en Libye, en janvier 2020. © HAYOUNG JEON/EPA/MAX PPP.

Dès le lendemain de son retour d’Allemagne après une longue hospitalisation, le président algérien a entamé une série de consultations avec les partis. Explications.

Le chef de l’État a regagné le pays vendredi dernier, après une opération au pied consécutive à sa contamination au Covid-19. Il a débarqué à l’aéroport militaire de Boufarik, à l’ouest d’Alger, et a été reçu par le chef de l’état-major Saïd Chengriha et le Premier ministre Abdelalziz Djerad.

Après de nombreuses spéculations sur sa capacité à diriger, le président algérien tente de convaincre qu’il est bien sur le pied de guerre. Dès le lendemain de son retour, il a entamé des consultations des partis politiques, en rencontrant notamment les présidents du mouvement islamiste El-Bina, Abdelkader Bengrina, du Front el Moustakbal, Abdelaziz Belaïd, et du Jil, Jadid Sofiane Djilali. Les trois partis politiques s’inscrivent dans le processus de réforme institutionnelle porté par la présidence. L’initiative intervient dans un contexte de crispation du pouvoir à l’approche du deuxième anniversaire du Hirak, déclenché le 16 février 2019.

La loi électorale au cœur des débats

Au menu des discussions, la nouvelle loi électorale, les élections législatives et locales et un possible remaniement partiel du gouvernement auquel a déjà fait allusion Abdelmadjid Tebboune le jour de son départ à Berlin, en exprimant publiquement son insatisfaction de l’action de l’exécutif.

Ces entrevues donnent quelques indications sur l’agenda politique 2021 du président algérien. Selon Sofiane Djilali, Abdelmadjid Tebboune n’exclut pas  la dissolution des assemblées législatives et locales en prévoyant des élections à court terme. De son côté, Abdelaziz Belaïd soutient que l’Assemblée nationale sera dissoute d’ici le 18 février [le terme du mandat étant initialement prévu en 2022], en guise de gage « fort d’un changement » à la veille du deuxième anniversaire du Hirak. La date coïncide aussi avec le « Jour des Martyrs » commémorant les Algériens tombés. La loi électorale serait alors promulguée par ordonnance présidentielle.

Dimanche 14 février, c’était au tour du Mouvement de la société pour la paix et du parti Islah d’être reçus par la présidence. Plus étonnant, le parti d’opposition du Front des forces socialistes (FFS), qui a refusé jusqu’alors de prendre langue avec le pouvoir lequel entrave à ses yeux l’instauration « d’une véritable démocratie », a également pris part aux discussions avec le président algérien. Ce changement de cap augure éventuellement d’une participation de la formation politique aux prochaines échéances électorales. La télévision publique évoque déjà le pari réussi de Tebboune d’amener « la classe politique vers le consensus électoral ».

Retour du Hirak ?

La direction du FFS n’en a pas moins été vivement critiquée par certains de ses cadres. Elle a justifié sa démarche par une volonté de porter à nouveau ses revendications : la libération de tous les détenus d’opinion, l’ouverture des champs politique et médiatique, la levée des entraves à l’exercice des libertés fondamentales et le bannissement de toutes les restrictions et du harcèlement contre les militants politiques, associatifs et syndicaux.

La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme fustige la « vision unilatérale, autoritaire et antidémocratique » qui présiderait à l’agenda politique de Tebboune

Ces consultations politiques menées au pas de charge interviennent alors que les appels à la reprise des marches le 22 février se multiplient sur les réseaux sociaux. D’autres partis rejettent aussi la feuille de route présidentielle, comme le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et l’Union pour le changement et le progrès (UCP) ainsi que des organisations des droits de l’homme comme la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), qui fustigent la « vision unilatérale, autoritaire et antidémocratique » qui présiderait à l’agenda politique de Tebboune.

Le président est, par ailleurs, attendu sur les questions mémorielles entre l’Algérie et la France. Le rapport de l’historien Benjamin Stora remis au chef de l’État français Emmanuel Macron, le 20 janvier, n’a toujours pas suscité de réaction officielle. Il devra faire face également aux revendications socio-professionnelles, aux difficultés d’approvisionner le pays en vaccins contre le Covid-19 et une crise économique aggravée par l’impact de la pandémie sur le marché de l’or noir. Autant de questions explosives sur lesquelles il devra rapidement se pencher.