Politique

Sama Lukonde Kyenge nommé Premier ministre : les raisons du choix de Tshisekedi

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Mis à jour le 15 février 2021 à 21h26
Sama Lukonde Kyenge

Sama Lukonde Kyenge © DR

Après plusieurs semaines de négociations, Félix Tshisekedi a nommé Sama Lukonde Kyenge au poste de Premier ministre, où il succède à Sylvestre Ilunga Ilunkamba, destitué fin janvier. Ce Katangais de 43 ans, jusque-là directeur général de la Gécamines, aura la lourde tâche de former le futur gouvernement.

Fin du suspense à Kinshasa. Félix Tshisekedi a nommé Sama Lukonde Kyenge au poste de Premier ministre. L’annonce a été rendue publique ce lundi 15 février à la télévision nationale par le porte-parole de la présidence, Kasongo Mwema Yamba Y’amba.

Plusieurs noms avaient circulé au cours des dernières semaines pour succéder à Sylvestre Ilunga Ilunkamba, poussé à la démission par le vote d’une motion de censure des députés. Selon un proche collaborateur du président congolais, deux autre hypothèses sont restées sur la table jusqu’à la dernière minute : Modeste Bahati Lukwebo, l’informateur nommé par Félix Tshisekedi pour identifier la nouvelle majorité et Moïse Katumbi, l’un des deux poids lourds de l’opposition à avoir rejoint l’Union sacrée. Plusieurs émissaires de Tshisekedi avaient rendu visite à l’ancien gouverneur du Katanga en fin de semaine dernière, à Lubumbashi. Selon nos informations, celui-ci a décliné l’offre, affirmant vouloir échanger en tête-à-tête avec Félix Tshisekedi.

En choisissant Sama Lukonde Kyenge, 43 ans, le président congolais a fait un choix stratégique a plus d’un titre. Tshisekedi souhaitait en effet privilégier une personnalité issue du grand Katanga, pour répondre au mécontentement d’une partie de l’élite politique de la province, qui craint sa mise à l’écart après la rupture de l’alliance avec Kabila et l’éviction d’Ilunga Ilunkamba, lui aussi Katangais. Fils de Stéphane Lukonde Kyenge, figure de la scène politique katangaise assassiné en 2001, Sama Lukonde Kyenge se lance en politique en 2003 et remporte trois ans plus tard un siège de député national dans la circonscription de Likasi (Haut-Katanga).

Frondeur

Membre du parti politique Avenir du Congo – dont le président Dany Banza, aujourd’hui ambassadeur itinérant de Félix Tshisekedi, avait aussi été évoqué pour la Primature – , Sama Lukonde Kyenge avait ensuite pris les fonctions de ministre des Sports de Joseph Kabila. Il avait démissionné de son poste en 2015, respectant ainsi le mot d’ordre de son parti qui s’opposait à un éventuel troisième mandat de l’ancien président.

Ancien membre du G7 de Moïse Katumbi, qu’il a quitté pour rejoindre Tshisekedi avant l’élection présidentielle de 2018, Sama Lukonde Kyenge était déjà au cœur de la stratégie du président congolais. Ce dernier l’avait nommé en juin 2019 au poste de directeur général de la Générale des carrières et des mines (Gécamines), provoquant la colère du camp Kabila qui avait interprété ce choix comme une volonté de contrer l’influence d’Albert Yuma, le proche de Kabila tout-puissant président du conseil d’administration de la Gécamines depuis 2010.

En désignant Sama Lukonde, Félix Tshisekedi fait aussi, selon son entourage, le choix « du renouvellement de la classe politique ». Sama Lukonde est « homme intègre qui va se mettre au service de la vision de Félix Tshisekedi », assure un conseiller du président congolais. C’est cette même logique qui avait guidé le choix de Christophe Mboso pour la présidence de l’Assemblée nationale : le président congolais souhaite s’assurer que les personnalités nommées serviront uniquement son programme.

Dans les minutes qui ont suivi l’annonce, Moïse Katumbi a adressé ses félicitations au nouveau Premier ministre, lui souhaitant « plein succès dans ses lourdes charges parmi lesquelles la paix et la sécurité pour tous les Congolais », un « défi majeur de l’action gouvernementale ».

Ancien conseiller de Sylvestre Ilunga Ilunkamba, Patrick Nkanga Bekonda a lui aussi adressé ses félicitations à Sama Lukonde, « qui a les atouts pour la fonction ». « Espérons qu’il jouira de la plénitude de ses prérogatives constitutionnelles sans entraves et qu’il ne sera le bouc émissaire des jours difficiles », ajoute cependant ce membre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, de Kabila).

Offensive

C’est désormais à cet ingénieur de formation que reviendra la lourde charge de former le second gouvernement de l’ère Tshisekedi, celui sur lequel le président congolais compte s’appuyer avant de briguer un second mandat en 2023. Celui-ci devra être représentatif du rapport de force au sein de la nouvelle coalition hétéroclite du président congolais. Engagé depuis le début de décembre dans une offensive de reconquête de la majorité détenue jusque-là par son ancien allié de circonstance, Joseph Kabila, Félix Tshisekedi est parvenu, en deux mois, à renverser le bureau de l’Assemblée nationale dirigé par Jeanine Mabunda et à obtenir la destitution du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba. Le 5 février, Alexis Thambwe Mwamba, président du Sénat, visé par plusieurs pétitions réclamant sa destitution, a pour sa part fait le choix de démissionner.

Ce tour de force, facilité notamment par la menace de dissolution du Parlement que faisait peser Tshisekedi, était une première étape. La suivante, plus périlleuse, consiste maintenant à harmoniser les ambitions de chacune des composantes de l’Union sacrée, tant sur le programme que sur la répartition des postes au sein de l’exécutif.

Quelques minutes après sa nomination, Sama Lukonde Kyenge a été reçu au Palais de la Nation par le président congolais. À l’issue de cette rencontre de plus d’une heure, le nouveau chef du gouvernement a tenu un premier point presse lors duquel il a évoqué les point abordés lors de cette première rencontre officielle avec le chef de l’État. Si il a évoqué les questions de justice ou encore l’accès à l’enseignement gratuit, il a insisté sur le fait que la sécurité dans l’est de la RDC sera un domaine « prioritaire » de sa future action. Il a par ailleurs affirmé que la future équipe gouvernementale sera « certainement réduite » par rapport à celle de son prédécesseur, qui comptait 66 ministres. « Nous allons faire ce travail avec l’informateur pour connaître les forces en présence », a-t-il ajouté.

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