Politique

RDC : Vital Kamerhe de retour devant ses juges dans un contexte politique bouleversé

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Mis à jour le 15 février 2021 à 13h46
Vital Kamerhe à Paris, en 2013.

Vital Kamerhe à Paris, en 2013. © Vincent Fournier/JA

Huit mois après avoir été condamné à 20 ans de prison pour détournement de fonds, Vital Karmerhe est de retour devant la justice. Mais le procès en appel de l’ancien directeur de cabinet de Félix Tshiskedi et de ses coaccusés reprend alors que la donne politique a complètement changé.

Procès des 100 jours, round 2… Mais cette fois-ci, sans une partie des protagonistes sur le ring. Après de multiples reports, dont un dernier le 2 octobre, le procès en appel de Vital Kamerhe, l’ancien directeur de cabinet de Félix Tshisekedi, et de ses deux co-accusés, l’homme d’affaires libanais Samih Jammal et le chargé import-export de la présidence, Jeannot Muhima Ndoole, s’est enfin ouvert le 15 février. Mais contrairement au procès en première instance, Kamerhe et Jammal n’étaient pas présents pour la reprise des audiences.

Le 20 juin dernier, Vital Kamerhe et Samih Jammal avaient été condamnés à 20 ans de prison pour corruption et pour le détournement plus de 50 millions de dollars de fonds publics destinés à financer le programme présidentielle des 100 jours. La peine de l’ancien principal allié politique de Tshisekedi, patron de l’Union pour la nation congolaise (UNC), avait en outre été assortie de dix ans d’inéligibilité.

Procès hors-normes

Le procès en première instance, qui impliquait pour la première fois un directeur de cabinet en fonction – qui plus est pour des faits de corruption -, avait captivé le pays. Pendant un mois et demi, au fil des audiences retransmises en direct à la télévision nationale, les prévenus avaient tenté de s’expliquer sur les faits, niant les charges retenues contre eux et évoquant un procès « politique ». Mais sans convaincre les juges, qui ont considéré que « la participation de Vital Kamerhe, en tant que co-auteur, à la commission de l’infraction du détournement de deniers publics ne fait pas l’ombre d’un doute ».

Depuis leur condamnation, les avocats et les proches des deux hommes ont régulièrement alerté sur leur état de santé. Samih Jammal, dont la défense a saisi le comité de travail de l’ONU sur la détention arbitraire le 2 février, a été transféré le 19 octobre à la clinique Caroline. Vital Kamerhe, lui, a quitté la prison de Makala pour le centre hospitalier Nganda où il réside. Seuls sa femme, Hamida Shatur, ses enfants et une poignée de collaborateurs peuvent lui rendre visite. Selon nos informations, une demande d’évacuation sanitaire en France, où Kamerhe possède plusieurs résidences, était ces derniers mois à l’étude.

Lorsque Vital Kamerhe a été arrêté, en avril 2020, il était l’un des membres les plus puissants de l’entourage du président congolais. Directeur de cabinet aux prérogatives renforcées, principal allié politique de Félix Tshisekedi au sein du Cap pour le changement (Cach), la coalition formée à Nairobi avant la présidentielle de 2018, l’ancien président de l’Assemblée nationale jouait un rôle central dans le dispositif du chef de l’État. Une omniprésence qui suscitait d’ailleurs certaines tensions dans le premier cercle de ce dernier.

Contexte politique bouleversé

Huit mois plus tard, le contexte politique dans lequel s’ouvre ce procès en appel est radicalement différent. La coalition que Cach formait avec le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila a implosé au terme de deux années de collaboration laborieuse. La nouvelle majorité qui s’est formée autour de Tshisekedi a repris la main sur les deux chambres du Parlement et s’appuie désormais sur des transfuges du camp Kabila, ainsi que sur les opposants Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi.

Quant à la page Kamerhe, elle a été définitivement tournée par la présidence le 25 janvier, avec la nomination d’un nouveau directeur de cabinet. De plus en plus marginalisé, le « dircab » a été remplacé ce jour-là par Guylain Nyembo, mettant ainsi fin à l’intérim assuré par Désiré Cashmir Eberande Kolongele depuis l’arrestation de Kamerhe. L’UNC, elle, n’est plus que l’une des nombreuses composantes de l’Union sacrée de Tshisekedi.

Vital Kamerhe peut cependant encore compter sur le soutien de sa base. Dimanche, à la veille de la reprise du procès, des militants ont même organisé des prières dans plusieurs villes du pays. Mais si ses avocats se veulent optimistes, certains de ses proches craignent au contraire que le procès en appel n’aboutisse à des peines encore plus lourdes, comme ce fut le cas dans d’autres procédures judiciaires portant sur la gestion du programme des cent jours.

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