Politique

Présidentielle au Bénin : le PRD d’Adrien Houngbédji a-t-il encore un avenir ?

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Mis à jour le 16 février 2021 à 09h17
Adrien Houngbédji, en octobre 2010 à Paris.

Adrien Houngbédji, en octobre 2010 à Paris. © Vincent Fournier/JA

Le Parti du renouveau démocratique (PRD) a officialisé, début février, son soutien à Patrice Talon pour l’élection présidentielle du 11 avril. Sans élu à l’Assemblée, sans conseillers municipaux, le PRD espère pourtant, en cas de victoire du président sortant, décrocher des postes au sein du gouvernement.

Entre Patrice Talon et le Parti du renouveau démocratique (PRD), tout semble aller pour le mieux. En attestent les mots du chef de l’État béninois lors de son passage au congrès extraordinaire du parti, le 6 février. « Le président [du PRD] Adrien Houngbédji m’a fait une confiance aveugle et je lui en suis reconnaissant. Une confiance aveugle affective. Celle-ci nous a-t-elle envoyé dans le décor ? Non, je suis tenté de le dire ». Et de fait, Patrice Talon a de quoi être reconnaissant. La direction exécutive nationale du PRD a en effet entériné le choix de soutenir sa candidature pour la présidentielle du 11 avril alors que les réformes politiques qu’il a mis en œuvre durant le quinquennat qui s’achève ont largement affecté le parti.

Pourquoi, bien que réduit à peau de chagrin, le PRD a-t-il choisi de rester fidèle à Patrice Talon ? Cette décision « a du sens », a martelé Adrien Houngbédji. « Notre choix n’est pas un choix d’humeur, a continué le président de l’Assemblée nationale à l’issue du congrès extraordinaire de son parti. C’est un choix de raison visant à aller de l’avant.  »

Changement de stratégie

À l’issue de son Université de vacances, en septembre dernier, les cadres du parti avaient pourtant insisté sur le fait que, même se réclamant de la majorité, « la raison d’un parti n’est pas d’applaudir en spectateur les quelques réalisations consenties par un régime, mais la conquête et l’exercice du pouvoir. » La direction du PRD semblait alors dans une dynamique de rupture franche avec Patrice Talon, et se cherchait un candidat au sein de sa jeune garde.

La stratégie a, depuis, sensiblement évolué. Sans doute parce que la survie même du parti est désormais en jeu. Non qualifié pour les élections législatives de mai 2019, le PRD n’a pu rassembler les 10 % de suffrage minimum exigé pour prétendre à la répartition des sièges disponibles à l’issue des élections communales de 2020. Bien qu’arrivé en tête à Porto-Novo, son fief, et à Sèmè-Podji, les candidats du parti n’ont pas pu siéger dans les conseils municipaux, et on dû laisser les deux mairies à leurs adversaires issus de la mouvance présidentielle.

Un camouflet difficile à accepter pour une partie des cadres. Depuis la création de l’Union progressiste (UP)et du Bloc républicain (BR), en 2018, plusieurs d’entre eux n’ont d’ailleurs pas hésité à démissionner du PRD pour rejoindre l’un ou l’autre de ces partis, à l’instar de Jean-Claude Houssou, ministre de l’Énergie, qui a rejoint le BR, ou d’Augustin Ahouanvoèbla, élu député sous les couleurs de l’Union progressiste (UP). Un cadre du parti l’admet : « Le parti est à la croisée des chemins » et il connaît « des problèmes internes d’organisation ».

Patrice Talon va nous consulter, c’est évident

« Le PRD est en train de s’organiser pour faire face à toutes les exigences des lois en vigueur au Bénin », tempère Parfait Ahoyo, membre de la direction exécutive nationale. En attendant, le parti entend rompre avec le « soutien sans participation » qui avait caractérisé ses relations avec le pouvoir ces dernières années. Et, s’ils doivent passer leur tour pour le scrutin présidentiel, ses cadres espèrent que leur soutien d’aujourd’hui leur assurera l’accès à des postes au sein du futur exécutif. En cas de victoire du président sortant, quand viendra l’heure de constituer la future équipe gouvernementale, « Patrice Talon va nous consulter, c’est évident », assure même Parfait Ahoyo.

Isolement ou indépendance ?

Au sein de la mouvance présidentielle, on se méfie des annonces du PRD. En 2018, lorsque le PRD avait finalement refusé de se fondre au sein du Bloc républicain après l’avoir un temps envisagé, le retournement avait été perçu comme un point de rupture avec un allié déjà considéré comme peu sûr par les « talonnistes » de la première heure.

En 2016, le PRD, incapable de désigner un candidat en son sein – son candidat naturel, Adrien Houngbédji, ayant atteint la limite d’âge de 70 ans – , avait en effet choisi, contre toute attente, de soutenir Lionel Zinsou, le candidat de l’ancien président Thomas Boni Yayi. Ce n’est qu’après la victoire de Patrice Talon que le parti s’est, immédiatement, aligné derrière lui.

Fondé en 1990, dans la fièvre de l’historique Conférence des forces vives de la nation, le PRD a souvent joué les premiers rôles sur la scène politique béninoise. Mais aujourd’hui, le parti « est dans la situation de quelqu’un qui a donné toutes les armes à l’adversaire pour qu’on l’abatte », tranche le politologue Expédit Ologou. En refusant de se fondre dans l’un des deux blocs formés autour de Patrice Talon dans le cadre de la réforme du système partisan, « le parti arc-en-ciel s’est isolé au sein de la mouvance », estime-t-il.

À l’interne, c’est portant sur cet isolement, plus volontiers revendiqué comme une forme d’indépendance, que l’on compte pour assurer la survie du PRD à long terme. En jouant sa petite musique sur une tonalité différente de celle des deux blocs principaux de la majorité présidentielle, le parti d’Adrien Houngbédji espère aussi pouvoir peser sur une éventuelle retouche prochaine des réformes politiques, qu’un cadre du parti qualifie de « perfectibles ».

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