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Maroc : qui est vraiment Habiba Laklalech, la nouvelle patronne des aéroports ?

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Habiba Laklalech, nouvelle patronne de l’Office national des aéroports.

Habiba Laklalech, nouvelle patronne de l’Office national des aéroports. © DR

Le 11 février, le roi Mohammed VI a nommé Habiba Laklalech à la tête de l’Office national des aéroports. Pour Jeune Afrique, la désormais ex-numéro 2 de Royal Air Maroc (RAM) revient sur son parcours. Portrait d’une femme de l’ombre.

Ce 11 février au soir, Habiba Laklalech, 49 ans, découvre la nouvelle par le biais d’un communiqué du cabinet royal. À l’issue du Conseil des ministres tenu le jour même à Fès et présidé par le roi Mohammed VI, la désormais ex-directrice générale adjointe de la Royal Air Maroc (RAM) s’est vue nommée directrice générale de l’Office national des aéroports (ONDA). Une institution qu’elle a d’abord connue comme cliente, compte tenu de ses 15 années dans le management de la compagnie aérienne nationale.

« Je suis très heureuse de cette nomination et honorée de la confiance placée en moi par Sa Majesté le Roi, confie-t-elle à Jeune Afrique. J’espère être à la hauteur des attentes. » Une confiance royale qui vient couronner une carrière de plus de 25 ans, marquée par un passage chez Procter & Gamble, Méditel et la RAM. L’aéroport Mohammed V de Casablanca, qui héberge le siège de l’ONDA, n’a d’ailleurs aucun secret pour elle. « Je ne vais pas aller très loin, je reste dans le secteur de l’aérien », sourit-elle.

Méritocratie

Habiba Laklalech voit le jour à Azrou en 1972, au Sud de Fès, ville dont est originaire son père. Ce dernier a été le proviseur du célèbre collège Tarik Ibn Zyad, haut lieu de formation de l’élite militaire berbère à l’époque coloniale. La jeune étudiante remporte le prix Hassan II au concours général de mathématiques et obtient brillamment son bac scientifique en 1988.

Fraîchement diplômée en ingénierie des télécoms à l’École Polytechnique, elle s’envole à l’École nationale supérieure des télécommunications de Paris (ENST), où elle décroche un diplôme d’études approfondies (DEA) en optoélectronique, qui touche notamment au secteur stratégique de la fibre optique.

Son premier emploi est loin de son domaine de prédilection : en 1995, Habiba Laklalech fait ses premières armes dans le marketing chez le géant américain Procter & Gamble avant de rejoindre, en 2002, le deuxième opérateur de téléphonie mobile du royaume, Méditel, en tant que directrice marketing. « J’ai appris ce métier en l’exerçant dans la grande consommation puis dans les télécommunications, raconte-t-elle. Cela m’a permis de développer ma sensibilité au client et d’apprendre comment aborder les besoins des différentes parties : clients, partenaires, autorités, etc. » Quatre ans plus tard, elle atterrit à la RAM, en tant que directrice audit et organisation. Une année charnière dans l’histoire de la compagnie nationale, marquée par l’ouverture croissante du ciel marocain.

Le nombre de passagers a presque triplé en 15 ans en passant de 10 millions en 2006 à 25 millions en 2019

« La conclusion de l’accord Open Sky entre le Maroc et l’Union européenne, en 2006, a permis l’arrivée au royaume de plus d’une quarantaine de nouvelles compagnies aériennes », rappelle Habiba Laklalech. Qui peut mettre en avant un bilan flatteur : « Le nombre de passagers a presque triplé en 15 ans en passant de 10 millions en 2006 à 25 millions en 2019. » Tour à tour directrice audit et organisation, directrice stratégie et enfin directrice générale adjointe à partir de 2010, Habiba Laklalech aura vécu au sein de la RAM toutes les mutations profondes qui ont agité le secteur aérien au royaume ces 15 dernières années.

« Le secteur a fait face à plusieurs crises : la crise économique mondiale de 2008 ou encore le printemps arabe de 2011. L’aérien subissait de plein fouet tout événement qui se produisait dans le monde et qui perturbait les voyages, » se souvient-elle. Et de nuancer : « À chaque fois, l’écosystème se réinvente en faisant preuve de créativité et de détermination. »

Entre le « sous-marin » et le « promoteur »

En 2020, c’est la crise sanitaire à laquelle la RAM a dû se confronter. « La crise liée au Covid-19 a immobilisé la flotte aérienne du monde entier, explique-t-elle. La RAM, à l’instar de toutes les compagnies, a dû faire face. »

La compagnie aérienne a été contrainte de réduire la voilure pour tenir. Le plan social engagé par la RAM prévoyait 858 salariés en moins pour répondre aux exigences du Plan de sauvetage conclu avec le gouvernement. « Le chiffre de 858 n’est pas fortuit, il tient compte du personnel navigant et du personnel au sol liés aux 20 appareils que nous avons décidé de retirer « , expliquait en septembre dernier à Jeune Afrique le PDG de la RAM, Abdelhamid Addou.

Après le licenciement de 65 pilotes cet été, l’Association marocaine des pilotes de lignes (AMPL) a voté le 31 août dernier le dépôt d’un préavis de grève en cas de refus de la RAM de les réintégrer immédiatement. Le 25 novembre dernier, le tribunal de première instance de Casablanca a décidé de dissoudre l’AMPL, suite à une plainte déposée par la compagnie aérienne dénonçant des activités syndicales et des menaces de grève.

La plus grande richesse provient de l’humain, des relations et de l’intelligence collective

Pour la désormais ex-DGA de la compagnie aérienne, le plus dur aura été « le manque de visibilité sur la date de disponibilité des vaccins pour un retour à la normale et la reprise des voyages ».  Cette crise mondiale, Habiba Laklalech devra également la gérer dans le cadre de ses nouvelles responsabilités à la tête de l’ONDA. « Les acteurs du transport aérien sont interconnectés, explique-t-elle. Le secteur réagit comme un seul corps. Avec les restrictions sanitaires, les voyages sont très limités, ce qui a un impact à la fois sur le remplissage des avions et celui des aéroports”.

Pour sortir de la crise, Habiba Laklalech va devoir à nouveau mettre en pratique ce qu’elle a appris chez Royal Air Maroc. « J’ai eu la chance d’y exercer plusieurs métiers d’organisation et de support, qui m’ont permis de bien intégrer le fonctionnement d’une grande entreprise », relève celle qui considère que « la plus grande richesse provient de l’humain, des relations et de l’intelligence collective ».

« Si on arrive à faire en sorte que les salariés exploitent tout leur potentiel et collaborent dans la bonne ambiance et en bonne intelligence, on peut atteindre l’excellence. Pour cela, il faut qu’ils soient libres, soutenus, et appréciés pour leurs efforts, » estime-t-elle. Si la presse locale loue depuis sa nomination une « femme discrète », elle se décrit comme une manager qui « adapte son style en fonction des buts à atteindre » : « Si l’objectif nécessite un travail de fond, alors je fais le “sous-marin”. Si en revanche l’objectif nécessite une interaction avec l’extérieur et une communication particulière, alors je fais le “promoteur” ».

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