Défense

Sans Macron, l’avenir de Barkhane au menu du sommet du G5 Sahel à N’Djamena

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Mis à jour le 12 février 2021 à 17h34
Un soldat de l’armée malienne avec le G5 Sahel à Sevare, le 30 mai 2018.

Un soldat de l'armée malienne avec le G5 Sahel à Sevare, le 30 mai 2018. © SEBASTIEN RIEUSSEC/AFP

Les chefs d’État membres du G5 Sahel vont se réunir dans la capitale tchadienne les 15 et 16 février. Le président français Emmanuel Macron, lui, participera au huis clos par visioconférence.

Il ne se rendra finalement pas à N’Djamena les 15 et 16 février. Selon l’Élysée, Emmanuel Macron a préféré annuler sa venue au sommet du G5 Sahel dans la capitale tchadienne en raison du contexte sanitaire. « Les frontières sont fermées pour les Français. Il s’applique les mêmes contraintes », justifie une source élyséenne. Le président français participera donc par visioconférence au huis clos des chefs d’État membres du G5 Sahel, le 15 février. Même méthode le lendemain, cette fois pour la conférence de la Coalition pour le Sahel, qui réunira les différents partenaires étrangers.

Un an après le sommet de Pau, dans le sud de la France, celui de N’Djamena sera d’abord l’occasion de tirer un bilan des engagements pris dans la cité béarnaise. Comme il l’a expliqué successivement à ses cinq homologues sahéliens, qu’il a reçus en tête à tête à l’Élysée au cours des dernières semaines, Emmanuel Macron attend de nouveaux gages politiques et militaires de leur part avant de trancher sur un éventuel « réajustement » de l’opération Barkhane.

Les scénarios envisagés

Selon un haut responsable français, diverses hypothèses d’évolution ont déjà été planifiées par l’état-major, avec différents scénarios et calendriers. Mais le chef de l’État français n’a encore rien décidé. « La réflexion est en cours. Il veut d’abord mesurer le niveau d’engagement de ses partenaires à N’Djamena. Quoi qu’il en soit, cette réflexion ne sera pas solitaire, elle sera menée avec eux », explique-t-on dans son entourage.

Côté français, on estime que ce sommet de N’Djamena doit permettre de consolider, voire d’amplifier, la dynamique militaire et politique enclenchée à Pau. Paris voit notamment dans l’arrivée des nouvelles autorités maliennes et la fin des processus électoraux au Burkina Faso et au Niger une « fenêtre d’opportunité » dont il faudrait profiter.

L’arrivée de renforts tchadiens dans la zone des trois frontières devrait être actée

Sur le plan militaire, la France et ses partenaires sahéliens estiment que les actions menées dans la zone des trois frontières contre l’État islamique dans le grand Sahara (EIGS), désigné comme l’ennemi numéro un à Pau, ont payé. L’objectif est désormais d’y garder un semblant de contrôle. L’arrivée de renforts tchadiens dans la zone, régulièrement évoquée ces derniers mois, devrait être actée à N’Djamena.

Des efforts plus ciblés contre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) d’Iyad Ag Ghaly, lié à Al-Qaïda, devraient également être fournis. Sa katiba Macina, active dans le centre du Mali, est ainsi dans le viseur. Pour la combattre, le G5 Sahel mise sur une opérationnalisation progressive du fuseau ouest de sa force conjointe. Barkhane pourrait aussi mener des opérations dans cette zone où elle n’était que très peu active jusqu’à présent.

Corriger le tir

Sur le plan politique, les choses n’ont pas progressé aussi vite que souhaité. Le sommet de N’Djamena s’appliquera donc à essayer de corriger le tir. Pour résoudre la crise malienne, la relance de l’application de l’accord d’Alger et la réactivation de son comité de suivi seront – une nouvelle fois – érigées en priorités. Tout comme la nécessité de faire plus pour permettre le retour des États sahéliens et de leurs administrations dans les zones où ils sont absents.

La Coalition pour le Sahel sera lancée à N’Djamena

Enfin, ce sommet visera à accroître encore la mobilisation internationale autour des enjeux sahéliens. En s’appuyant notamment sur un outil : la Coalition pour le Sahel, qui sera lancée à N’Djamena. Celle-ci sera dotée d’un Haut Représentant, Djimé Adoum. Choisi par les États membres du G5 Sahel, ce haut fonctionnaire tchadien aura pour mission de promouvoir cette coalition à l’étranger et de glaner de nouveaux partenaires.

Parmi les différents intervenants de la conférence de la Coalition pour le Sahel, le 16 janvier, figureront les pays européens qui participent à la task force Takuba – Estonie, République tchèque, Suède… Un message vidéo d’Antony Blinken, le nouveau secrétaire d’État américain, sera également diffusé. Beaucoup – Français en tête – espèrent que l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche marquera un retour des États-Unis dans les dossiers sahéliens, en particulier en matière d’appui militaire.

Outre les chefs d’État membres du G5 Sahel, leur homologue ghanéen Nana Akufo-Addo sera aussi présent à N’Djamena en tant que président en exercice de la Cedeao. Alors que les groupes jihadistes sahéliens ambitionnent de s’étendre vers le Golfe de Guinée, comme l’a récemment rappelé le patron des services de renseignement français, plusieurs acteurs estiment indispensable d’associer davantage les pays concernés aux discussions du G5 Sahel. Akufo-Addo viendra donc présenter les efforts de coordination régionale face à cette menace, en particulier les actions menées dans le cadre de l’initiative d’Accra.

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