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Économie

Maroc : Nador West Med, futur carrefour pétrolier ?

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Mis à jour le 16 mars 2021 à 10:21

Les travaux du port de Nador ne seront pas achevés en 2022, comme initialement prévu.

Comme à Tanger avec l’automobile, le Maroc veut faire de cette nouvelle plateforme portuaire le fer de lance d’une industrie pétrochimique nationale.

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Dans la baie de Betoya, dans le nord-est du Maroc, les tractopelles s’activent sur les 850 hectares qui constitueront le futur Port de Nador West Med. Un projet lancé en 2012 par le roi Mohammed VI et dont la construction a débuté en 2017 pour une livraison prévue en 2022. Une échéance qui devrait être repoussée de quelques mois du fait de la pandémie et des problèmes d’approvisionnement.

Selon Abdelkader Amara, ministre de l’Équipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau, les travaux de construction, auxquels participe le groupe de BTP local SGTM associé au luxembourgeois JDN et au turc STFA, étaient avancés à 52 % au début de l’année 2021, pour un budget total de 698 millions d’euros.

Le projet vise à sécuriser l’approvisionnement du Maroc en produits énergétiques

À 350 km à l’est du Port Tanger Med et à 25 km de la ville dont il tire son nom, le Nador West Med a pour mission de renforcer la position du royaume chérifien sur le bassin méditerranéen. La particularité pour la nouvelle infrastructure est qu’elle est axée sur les produits pétroliers. En plus des 3 millions de conteneurs que la plateforme va pouvoir accueillir à son ouverture, le port doit être capable de traiter jusqu’à 25 millions de tonnes d’hydrocarbures. Un terminal sera construit avec trois fosses de 20 m de profondeur, qui permettront l’accostage de supertankers.

« Avec ce deuxième pôle portuaire, le projet vise à sécuriser l’approvisionnement du Maroc en produits énergétiques, notamment par l’augmentation de la capacité de réception et de stockage », indique la BAD, qui participe au financement.

Rotterdam comme modèle

L’objectif des autorités marocaines est d’approcher les standards du port néerlandais de Rotterdam, plateforme pétrolière européenne majeure. Grâce aux quantités importantes de pétrole qu’il pourra traiter, Nador West Med sera en capacité de proposer des silos de stockages pour les distributeurs nationaux de carburant – tel qu’Afriquia –, mais aussi et surtout pour les transporteurs pétroliers internationaux. Si toute l’Europe ou presque s’approvisionne depuis Rotterdam, le Maroc espère jouer un rôle similaire au niveau du bassin méditerranéen ainsi que pour l’Afrique de l’Ouest.

Les relations privilégiées qu’entretient le Maroc avec les pays de la péninsule arabique, grands producteurs d’or noir, pourraient inciter les plus gros transporteurs pétroliers, tels que le saoudien Bahri ou encore le qatari Nakilat, à choisir la nouvelle plateforme.

Nador West Med pourrait aussi offrir aux petits producteurs pétroliers une position géographique idéale pour leurs stocks, leur permettant d’approvisionner efficacement leurs clients. Enfin, cette nouvelle plateforme sécuriserait le ravitaillement en carburant du Maroc, avec des prix à la pompe plus bas bénéficiant aux automobilistes locaux, du fait des économies d’échelle liées aux volumes transitant par Nador.

Activité à forte valeur ajoutée

La réussite du modèle Tanger Med, qui a déjà détrôné les plus grands ports du pourtour méditerranéen sur l’activité de transbordement de conteneurs, est un signe encourageant pour les autorités et les décideurs. L’objectif pour le royaume est d’enclencher une dynamique de développement au sein de la région de l’Oriental et plus particulièrement dans les industries pétrolière et de la pétrochimie.

Une activité à forte valeur ajoutée qui pourra aider à résorber le chômage, élevé dans l’est du Maroc. À terme, une raffinerie pourrait voit le jour non loin de Nador. Une infrastructure cruciale pour le pays alors que la Société anonyme marocaine de l’industrie du raffinage (Samir, filiale du saoudien Corral), a cessé ses activités en 2015.

Pour parvenir à développer une filière pétrochimique, Nador West Med a toutefois encore un long chemin à parcourir. Au-delà de l’achèvement des travaux – soit pas avant 2023 –, il faudra que les responsables de son développement concrétisent les partenariats commerciaux, que ce soit avec les compagnies de transport pétrolier, mais aussi avec les distributeurs de carburant, ainsi qu’avec un éventuel raffineur.