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Cet article est issu du dossier «Transport maritime : investissement, hausse des prix et piraterie, les nouveaux défis du secteur en Afrique»

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Transport maritime

Cameroun, Nigeria, Angola : quand les pirates s’attaquent à l’Ouest

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Mis à jour le 10 mars 2021 à 10h15
Forces antipiraterie de la Marine béninoise.

Forces antipiraterie de la Marine béninoise. © jason florio/Corbis/Getty

Alors que la sécurité au large de la Corne de l’Afrique s’est largement améliorée, les côtes occidentales sont, elles, devenues dangereuses. Même si la coopération interrégionale s’est renforcée sur le sujet, beaucoup reste encore à faire.

Du Cap-Vert aux côtes angolaises, les attaques de navires se sont multipliées ces dernières années. Dans cette vaste région maritime, les pirates, initialement concentrés autour du Delta du Niger, ont, après l’amnistie accordée en 2009 par Abuja, élargi leur champ d’action à toutes les côtes nigérianes, mais aussi au Bénin, et au Togo.*

En 2011, pas moins de vingt-deux actes de piraterie avaient été recensés au Bénin, impactant le trafic du port de Cotonou qui avait chuté de 60 %. Avec la pêche illégale, et les trafics de drogue et d’armes, les répercussions économiques de la criminalité maritime sur les côtes occidentales africaines sont désormais majeures, nécessitant une réponse régionale

En juin 2013, lors d’un sommet conjoint des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), de la Communauté Économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) et de la Commission du Golfe de Guinée, il a été décidé de construire une riposte commune.

Un centre interrégional de coordination (CIC) a été installé l’année suivante à Yaoundé, appuyé par des centres régionaux à Pointe-Noire pour l’Afrique centrale, à Abidjan pour l’ouest et à Luanda pour la côte australe. Pour s’attaquer à la question de la piraterie, chaque centre régional dispose d’une force navale conjointe des pays qui lui sont rattachés.

Mutualiser les moyens de lutte

Le Nigeria, avec sa puissante force navale, a ainsi signé un mémorandum avec ses voisins francophones béninois et togolais pour démarrer les premières patrouilles communes. Les trois pays se sont engagés à mutualiser leurs moyens de lutte et à partager leurs informations.

En Afrique centrale, le même type de coopération se met en place entre le Cameroun, la Guinée équatoriale et le Congo. Les centres régionaux contre la piraterie bénéficient de l’aide des partenaires bilatéraux comme la France, les États Unis, l’Espagne, où le Danemark. L’US Navy et la Marine française effectuent régulièrement les exercices avec les forces de sécurité des 19 pays de la région.

D’énormes défis à relever

Reste que, depuis la mise en place de cette collaboration africaine et internationale, les attaques de pirates n’ont guère diminué. Pis, depuis 2018, la situation se dégrade. Alors que la situation s’est nettement améliorée au large de la Corne de l’Afrique, jadis infréquentable, le Golfe de Guinée est désormais considéré comme la zone rouge maritime du continent.

Nous devrions intensifier la culture de la coopération entre nos pays

Rien qu’au Bénin, le Bureau maritime international (BIM) a identifié onze attaques de navire en 2020 contre trois en 2019. Au Nigeria, le BIM dénombre 34 incidents l’année passée, avec le kidnapping de 44 membres d’équipage.

Les pirates sont devenus également actifs le long des côtes camerounaises, où 31 membres d’équipage ont été enlevés en 2020. Dans son dernier rapport sur la piraterie, le BIM conseille aux commandants des navires de rester éloignés le plus possible du rivage camerounais, à plus de 250 miles nautiques, et de choisir la route la plus fréquentée et sécurisée pour rentrer au port.

« Nous devrions intensifier la culture de la coopération entre nos pays pour surmonter la traditionnelle préférence nationale souverainiste », reconnaît un expert du sujet à la Cedeao.

« D’énormes défis restent à relever, notamment dans la mise en place d’un financement durable des opérations. Les pays du Golfe de Guinée n’ont pas une véritable culture maritime. Ils doivent s’approprier une économie maritime inclusive et respectueuse de l’environnement », estime encore ce spécialiste.

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