Tourisme

Madagascar : le tourisme et l’aérien, « grands brûlés » du Covid-19

| Par - à Antananarivo
Mis à jour le 05 mars 2021 à 10h23
Un Airbus A340 de la compagnie Air Madagascar.

Un Airbus A340 de la compagnie Air Madagascar. © Anna Zvereva/commons.wikimedia

Un aéroport flambant neuf, mais vide, une compagnie nationale qui peine à se remettre du départ d’Air Austral et un secteur hôtelier à l’arrêt : Madagascar, dont le tourisme représentait 7 à 10 % du PIB avant la crise, peine à voir le bout du tunnel.

À Madagascar, le tourisme et l’aérien valsent ensemble. Ils figurent aujourd’hui parmi les grandes victimes du Covid-19. Le principal accès de l’île se faisant par la voie aérienne, le tourisme des Malgaches aisés ne suffit pas.

Avec un pic de 375 000 touristes en 2008 et un autre de 350 000 en 2019, Madagascar reste une destination touristique modeste à l’échelle mondiale. Pourtant, avant la crise sanitaire, le secteur représentait « 7% à 10 % du PIB, 44 000 emplois directs et 1 500 000 emplois induits [soit 6% de la population totale] », rappellent, dans une tribune datée du 2 février, le Groupement des entreprises de Madagascar (GEM) et la Fédération des hôteliers et des restaurateurs de Madagascar.

Tests PCR ou carnet de vaccination ?

Quel bilan tirer, après douze mois de pandémie ? Pour l’heure, les touristes ont seulement le droit d’atterrir sur l’île de Nosy Be, avec interdiction d’en sortir, et ne doivent pas venir de pays classés « à risque », tels que la France ou la Belgique, traditionnellement parmi les plus gros pourvoyeurs de voyageurs.

Selon le GEM, « 90 % des salariés du tourisme se trouvent au chômage technique ou sans emploi », et « le secteur a perdu, en 2020, peu ou prou 460 millions d’euros. » Pour faire revenir les voyageurs, les professionnels réclament l’adoption de tests PCR, qui seraient effectués moins de 24 heures avant l’arrivée, ou l’obligation de présenter un carnet de vaccination.

Farniente sur les plages, tourisme sportif, spots de kitesurf, de randonnées…

« Notre but est de maintenir l’emploi dans le secteur, nous répond Joël Randriamandranto, le ministre du Tourisme. Nous avons mis en place des mesures fiscales, sociales ou destinées à faciliter l’accès au crédit. »

En général, les voyageurs pratiquent un tourisme de circuit à Madagascar. « Nous voulons communiquer sur de nouveaux segments, indique le ministre. Farniente sur nos plages ou tourisme sportif. Nous disposons de magnifiques spots de kitesurf, de randonnée, de trail. »

Nouvel aéroport

Enfin, le ministre rappelle que des hôtels très haut de gamme attendent les voyageurs, à l’image du Miavana, sur l’île d’Ankao, où l’acteur américain Tom Cruise serait venu passer des vacances à la fin de 2020.

Au sol, l’ouverture du nouvel aéroport de la capitale, censé accueillir entre 1,5 et 1,8 million de passagers par an, a été différée. En 2016, le projet a été attribué au consortium Ravinala (détenu à 45% par Meridiam, à 35% par Aéroports de Paris, à 10% par Bouygues et à 10 % par Colas), qui gère déjà l’aéroport international de Nosy Be. Celui d’Antananarivo représenterait un investissement total de 220 millions d’euros, à amortir sur les vingt-six ans de la concession.

Bien que sa construction soit achevée et que ses équipes soient prêtes, l’exécutif retarde sa mise en service et souhaite revoir certains points du contrat négocié par le gouvernement précédent. Le montant de la RDIA [redevance de développement des infrastructures aéroportuaires], en particulier, bloque. Cette redevance, de 41 euros pour un vol international par passager, constituerait la majorité des recettes de Ravinala. Elle est jugée trop élevée par le gouvernement.

En outre, les attributions des marchés de duty free, des restaurants et des magasins en tout genre ont donné lieu à d’âpres discussions. Sur ces deux questions, Joël Randriamandranto se montre néanmoins confiant : « On va chacun faire un pas vers l’autre. »

Ces deux dernières années, Air Madagascar a subi des pertes de plus de 60 millions de dollars »

Le ministre et Patrick Collard, le directeur général de Ravinala, s’entendent en tout cas sur un point : il serait prématuré d’ouvrir l’aéroport maintenant que l’aviation mondiale est à l’arrêt. « Le business plan tablait sur un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros en 2020. Nous en avons réalisé moins d’un tiers », précise Patrick Collard. En revanche, au bénéfice de l’État malgache, la redevance annuelle minimum reste de 3 millions d’euros.

De son côté, le secteur du tourisme s’inquiète du sort de la compagnie nationale. C’est souvent Air Madagascar, en effet, qui propose les billets les moins chers depuis l’Europe, en vol direct. Problème : elle est dans un abîme financier.

« Ces deux dernières années, alors que nous étions encore en partenariat avec Air Austral, nous avons subi une perte de plus de 60 millions de dollars. Nous étions de surcroît sous la menace d’une amende de 25 millions de dollars en raison de notre litige avec Air France, portant sur la location de deux A340 », explique Mamy Rakotondraibe, le président du conseil d’administration (PCA) de la compagnie.

Ambiance délétère

Depuis le retrait d’Air Austral, au premier semestre 2020, un nouveau business plan est à l’étude. Il doit voir le jour très prochainement, avec une stratégie que le PCA décrit à grands traits : « Une plus grande accessibilité des vols intérieurs et régionaux d’une part ; le maintien des lignes internationales rentables, d’autre part ».

La crise due au Covid-19, elle, a entraîné une perte de 20 millions d’euros pour l’année 2020, selon Mamy Rakotondraibe. C’est moins qu’en 2019. Un pilote résume ce paradoxe : « Vu le coût exorbitant des contrats sur la location des appareils et des équipages, le coût de la maintenance obligatoire au Caire ou à Johannesburg, on perd moins d’argent quand on ne vole pas ». À l’en croire, « l’ingérence constante » du pouvoir politique explique la prise de décisions non rentables.

Au-delà de l’aspect financier, la compagnie doit réconcilier ses équipes. Selon plusieurs sources au sein de la direction et parmi les salariés, il y règne une ambiance délétère. Tout le monde se méfie de tout le monde. Dans ce contexte périlleux, la compagnie doit se trouver un nouveau directeur général (le précédent a démissionné à la fin de 2019). Cette nomination pourrait redonner un peu d’optimisme à l’ensemble des professionnels du tourisme, privés de perspectives depuis près d’un an.

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