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Les tribulations d’un Gabonais en Chine

L'itinéraire étonnant de Luc Bendza, un enfant de Libreville devenu spécialiste en arts martiaux et star du grand écran au pays de Bruce Lee.

Petit sourire entendu, regard machiavélique… Luc Bendza, star africaine des films d’action dans l’empire du Milieu, joue toujours le rôle du méchant. Costume chic ou treillis militaire, cigare au bec ou mitraillette à la main selon les rôles, il ne passe jamais inaperçu, et pour cause : il est le seul fils d’Afrique à figurer à l’affiche de la production cinématographique chinoise ! Luc Bendza, ou Ben Zha en Asie, est né au Gabon il y a trente-cinq ans. Que de chemin parcouru par ce fan des films de Bruce Lee et de Jackie Chan qui ont bercé son enfance à Libreville !
Contre l’avis de ses parents, il débarque en Chine à 15 ans et gagne ses lettres de noblesse dans le wushu, discipline dont découlent tous les arts martiaux, à l’exception du kendo, typiquement japonais. « L’être humain possède des ressources insoupçonnées. Le wushu permet de développer notre énergie ; on peut le pratiquer pour se défendre ou pour entretenir sa santé », indique-t-il d’une voix douce et ferme aux accents de la langue chinoise, qu’il parle couramment depuis vingt ans. Le wushu est la discipline pratiquée dans les films d’action que l’on appelle, à tort, kung-fu. « Kung-fu signifie juste le temps dont nous avons besoin pour accomplir une chose. » Ces bases posées, Luc Bendza, 1,73 m et 75 kg d’agilité et de muscles travaillés pendant des années, peut évoquer, toujours aussi calmement, sa formation.
Lorsqu’il arrive en Chine en 1983, son oncle, alors conseiller à l’ambassade du Gabon à Pékin, l’inscrit au célèbre monastère Shaolin, situé dans le centre du pays. Il est le premier et le seul Noir à se frotter à la discipline de fer du lieu. Luc rejoint ensuite l’Université des sports de Pékin, où il reçoit une formation complète pendant dix ans, car le wushu comprend aussi l’apprentissage de l’acupuncture, de la médecine traditionnelle chinoise et des massages.
Repéré par l’ex-manager de Bruce Lee, il entame une carrière d’acteur en 1993. Depuis, il a joué dans plus d’une quinzaine de films aux titres évocateurs comme Le Dragon est à Shaolin, Quand le dragon attaque, Les Points mortels du kung-fu, L’Aigle de Shaolin… Chargé des relations extérieures de la Golden Child Films Production, dirigée par le cousin de Jackie Chan, Luc Bendza est également directeur des combats. En projet : une production où il aurait enfin le beau rôle ! « Le film raconte une histoire d’amour entre un Africain et une Chinoise, et mêle amour, action et comédie. J’ai déjà le réalisateur, Joseph Kumbela, un Suisse d’origine congolaise, mais il me reste à trouver les financements. »
Il rêve de tourner au Gabon ou en Afrique du Sud. Car si Luc a trouvé son équilibre en Chine, il n’oublie pas le sol qui l’a vu naître. Il oeuvre pour la promotion de sa discipline à travers le monde et spécialement sur le continent puisque, depuis huit ans, il est conseiller technique, chargé de la zone Afrique, pour la Fédération internationale des arts martiaux (Fiam). « Aujourd’hui, l’Égypte, le Gabon, l’Afrique du Sud et l’île Maurice sont représentés au niveau mondial, et dix pays africains sont affiliés à la Fédération internationale », explique-t-il. Dans la même logique, il préside l’Association gabonaise de wushu, qu’il a créée il y a une dizaine d’années. « J’ai amené ce sport dans le pays et j’ai voulu le vulgariser au niveau national. J’ai fait des démonstrations et formé des assistants. J’essaie d’aller au Gabon tous les deux ans. »
Luc Bendza aurait-il le don d’ubiquité ? Presque. Car en plus de ces tournées pour la Fiam, il coache l’équipe junior de l’Université des sports de Pékin et a ouvert le centre Martial Art Spirits à Bruges (Belgique), dans lequel il prodigue régulièrement des cours.
Pédagogue, il faut le voir aussi, lors de conférences en France, déclencher l’hilarité des étudiants, tout surpris de l’entendre parler chinois. Ou à Pékin, devant des élèves qui s’amusent de ses mimiques et de ses blagues. Zen en toutes circonstances, il se prête gentiment au jeu des autographes. Lui qui se décrit comme « un Africain à la mentalité chinoise » évoque une intégration facile. « Si vous avez la volonté de vous adapter à la culture chinoise, il n’y a pas de problème. En Chine comme en Afrique, il suffit de rester humble et respectueux pour que tout se passe bien. »

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