Agroalimentaire

Gabon : la filière bois reverdit

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Des employés de la Société nationale des bois du Gabon, à Owendo.

Des employés de la Société nationale des bois du Gabon, à Owendo. © Steve Jordan/AFP Photo

Création d’usines mais fermeture d’exploitations, endettement : après l’interdiction de l’exportation des grumes, l’adaptation de la filière bois au Gabon a été difficile. Quatre ans plus tard, la reprise s’amorce.

Depuis le 15 mai 2010, plus aucune bille de bois brut ne sort du Gabon. Mettre le pays sur le chemin de l’industrialisation en valorisant sa principale richesse après le pétrole était l’une des priorités affichées par Ali Bongo Ondimba dès son élection, en 2009. Quatre ans plus tard, force est de constater que la transition a été douloureuse. La production a dégringolé de 3 millions de mètres cubes par an en 2009 à 1,6 million aujourd’hui.

Après une longue traversée du désert, le français Rougier, l’un des poids lourds du secteur, a annoncé des résultats 2013 encourageants pour sa branche Afrique International, avec un chiffre d’affaires de 116,5 millions d’euros, en progression de 0,7 % par rapport à 2012. Une légère hausse qui s’explique en partie par « le redressement des activités au Gabon », selon le groupe. Rougier, qui possédait déjà une usine de contreplaqué à Owendo (près de Libreville) et deux scieries, à Mbouma Oyali (Sud-Est) et à Mévang (Ouest), a amélioré sa capacité industrielle en créant une deuxième ligne de production à Mévang et une scierie à Ivindo (Nord). L’entreprise vend également beaucoup de grumes aux industriels locaux, qui en assurent la transformation.

Dans le rouge

Comme Rougier, beaucoup de forestiers reviennent de loin. « Pendant trois ans, on était tous dans le rouge. Il a fallu investir massivement dans les usines de transformation, alors même que nous étions privés des recettes de l’exportation des grumes », explique le gérant d’une société française.

Si la transition a été aussi difficile, c’est que « le Gabon était mal préparé à ce type de mesures », estime un expert.

« On commence tout juste à ne plus perdre d’argent. La conjoncture est bonne : nos carnets de commandes sont pleins, et les prix en hausse », précise un forestier gabonais qui a vu son chiffre d’affaires divisé par quatre depuis 2010 et a dû licencier les deux tiers de son personnel.

Son parc de stockage, autrefois débordant de grumes, est longtemps resté vide. Aujourd’hui, les ballots de planches sciées – la première étape de la transformation -, aux extrémités peintes de couleurs vives, y transitent par centaines avant d’être acheminés vers le port d’Owendo.

Si la transition a été aussi difficile, c’est que « le Gabon était mal préparé à ce type de mesures », selon Alain Karsenty, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). « Il n’y a pas de tissu industriel, les coûts de production – salaire, énergie, etc. – sont très élevés, et le port de Libreville, toujours engorgé, est l’un des plus chers de la région… Du coup, les produits locaux ne résistent pas à la concurrence asiatique », explique-t-il.

Diagnostics

JA2777p101 infoEn 2010, lors de l’application de la réforme, les autorités gabonaises avaient annoncé la création d’un fonds de soutien à l’industrialisation de la filière, doté de 20 milliards de F CFA (30,5 millions d’euros), ainsi qu’une série de mesures d’accompagnement : exonération des impôts sur les sociétés, suspension des droits de douane à l’importation pour les produits destinés à la transformation du bois.

Les incitations fiscales ont été en partie appliquées, mais quatre ans plus tard, « nous n’avons toujours pas vu un centime du fonds de soutien », assurent en choeur plusieurs opérateurs gabonais, qui se disent endettés. « Les entreprises chinoises ont accès à d’énormes liquidités grâce à leurs banques publiques, alors que nous investissons sur nos fonds propres », soupirent-ils.

« Outre les avantages fiscaux, il existe plusieurs mécanismes importants d’appui financier indirect », tempère Prosper Obame Ondo, à la tête de la Direction générale des industries, du commerce du bois et de la valorisation des produits forestiers. Et de citer le Bureau Industries du bois (BIB), qui propose des formations, des conseils ou des diagnostics gratuits aux opérateurs.

D’ailleurs, les forestiers n’ont pas été les seuls pénalisés. L’État a enregistré une chute de 71 % des recettes fiscales de la filière depuis 2010. En matière de création d’emplois, l’un des principaux objectifs affichés par le gouvernement, le bilan n’est pas encore à la hauteur des attentes. Le secteur représentait quelque 15 000 emplois (directs et indirects) en 2009 ; il en compte aujourd’hui un peu moins de 13 000. « Des postes ont été perdus avec la fermeture de certaines exploitations, d’autres ont été créés dans l’industrie », explique Obame Ondo.

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Nouveau visage

Une chose est certaine : la filière bois a changé de visage. Sur une centaine d’exploitants avant la réforme, il n’en reste plus qu’une trentaine, surtout européens et asiatiques. « 

D’une certaine manière, cela a permis de faire le ménage. Beaucoup d’entreprises ne s’étaient pas inscrites dans une démarche industrielle », explique Obame Ondo. Qui reste optimiste : « La contribution du segment bois au PIB était tombée à 1 % en 2012, contre 4,5 % en 2009, mais elle est remontée à 2,3 %. Nous pourrons retrouver d’ici à quatre ou cinq ans un chiffre comparable à celui de 2009 [grâce à la reprise de l’activité]. » Le volume de bois transformé est passé de 600 000 m3 en 2009 à 850 000 m3 actuellement.

Le secteur doit encore faire face à de nombreux défis, dont le manque de main-d’oeuvre qualifiée et le coût élevé d’accès à l’énergie. Pour l’instant, seule une poignée d’acteurs, comme Rougier, Corà Wood Gabon (italien) ou la Compagnie des bois du Gabon (CBG, français), réalisent sur place la deuxième étape de transformation (production de panneaux, moulures, profilés rabotés et parquets).

La zone économique spéciale (ZES) de Nkok, en cours de création depuis 2011, devrait accueillir de nouvelles usines consacrées à cette étape, ainsi qu’à la troisième transformation (produits finis, meubles, etc.). « De nombreux opérateurs veulent s’y installer », assure Prosper Obame Ondo, citant l’américain Timberwolf Tropical Hardwoods et le malaisien BSG.

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