Politique économique

Clément Mouamba : « La question de la dette du Congo reste centrale »

Réservé aux abonnés | | Par - envoyé spécial à Brazzaville
Clément Mouamba, Premier ministre du Congo, en février 2021.

Clément Mouamba, Premier ministre du Congo, en février 2021. © Baudouin Mouanda pour JA

Le rétablissement du programme prévu avec le FMI, suspendu tant que les discussions entre l’État et les négociants pétroliers n’auront pas abouti, est la principale urgence du Premier ministre congolais.

Après plus de vingt ans passés dans l’opposition au président Sassou Nguesso, Clément Mouamba, 76 ans, a été nommé à la tête du gouvernement en avril 2016 alors que le Congo traversait la pire crise financière et économique de son histoire. Après deux ans de discipline budgétaire, de négociations et renégociations avec le FMI, les bailleurs internationaux (dont la Chine) et les traders pétroliers, l’économie commençait à repartir sur de bons rails.

Une reprise qui s’est vite évanouie sous les assauts inattendus du Covid-19. Depuis, le pays a replongé dans une sévère récession, dont seules les institutions financières internationales pourraient l’aider à se sortir dès cette année. À charge pour l’ancien banquier et grand argentier de Pascal Lissouba de restaurer des relations devenues complexes entre son pays et le FMI.

Jeune Afrique : Lors de ses vœux à la nation, le président Sassou Nguesso a parlé d’une dynamique économique retrouvée fin 2019 et torpillée par l’arrivée de la pandémie. Partagez-vous ce constat ?

Clément Mouamba : Fin 2019, nous projetions en effet une légère croissance et espérions que 2020 allait conforter cette reprise amorcée après plusieurs années difficiles. Mais les mesures que nous avons dû prendre dès mars 2020 en riposte à la pandémie ont lourdement pesé sur les différents secteurs économiques, dont certains, déjà en grande difficulté, sont quasiment à l’arrêt.

Alors que les projections laissaient espérer un taux de croissance positif en 2020 [d’environ 1,5 %], il est aujourd’hui estimé à environ – 8 %. L’irruption du Covid-19 a donc bien eu des effets négatifs sur notre économie, entrée dans une nouvelle phase de récession, alors qu’elle était revenue sur une bonne trajectoire. En 2021, nous espérons cependant un taux de croissance supérieur à 1,3 %.

JA / Données FMI, octobre 2020

Reperes Congo © JA / Données FMI, octobre 2020

Qu’est-ce qui avait permis de redresser la barre en 2019 ?

Des mesures avaient été prises dans le cadre du programme lancé en juillet 2019 avec l’appui du FMI. Nous avions pu bénéficier alors des premiers décaissements accordés par le Fonds, soit 10 % des 448 millions de dollars [près de 399 millions d’euros] contenus dans l’accord.

Entre les contributions des différents bailleurs (FMI, AFD, BAD), nous avions réussi à mobiliser un peu plus de 178 milliards de F CFA [plus de 271 millions d’euros], qui nous ont permis de soutenir plusieurs secteurs, notamment sociaux, même si nous devions dans le même temps faire face à certaines de nos dettes. Ces ressources ont été bien utilisées dans le cadre d’affectations connues et prédéfinies avec le FMI. C’est ce qui nous a permis de connaître une légère embellie en 2019.

Le Congo semble plombé par son niveau d’endettement. Comment y remédier, tout en assurant le développement économique du pays ?

La question de la dette reste centrale dans le rétablissement des équilibres macroéconomiques. Le programme passé avec le FMI devait nous permettre de ramener notre endettement de 110 % à 70 % du PIB, niveau estimé soutenable par la Cemac.

le FMI ne nous a pas accordé d’aide d’urgence et ne nous a donné aucune explication

Nous avons obtenu un reprofilage de notre dette avec la Chine, notre principal créancier, mais nous nous sommes rendu compte que nous ne pourrions pas atteindre cet objectif sans un coup de pouce des négociants en pétrole (traders, rémunérés en volumes de pétrole), qui ne sont pas prêts à nous accorder les 30 % de décote que nous demandions. Sans cette décote, notre dette n’est pas performante et le FMI se montre hésitant à nous appuyer dans ces conditions.

Le FMI a accordé une aide d’urgence contre la pandémie à nombre de pays africains, mais pas au Congo. Comprenez-vous cette décision ?

Nous le constatons avec regret, puisque le FMI ne nous a donné aucune explication. Ce dispositif était pourtant inconditionnel, mais le FMI a préféré lier cette aide à la facilité élargie de crédit accordée en 2019. Nous avons bien entendu demandé aux responsables du FMI les raisons de ce traitement à la limite de la discrimination.

Où en êtes-vous des négociations avec les traders ?

Aujourd’hui, des accords ont été signés avec tous les traders, à savoir Orion, Glencore et Trafigura, mais sans atteindre pour autant, à l’exception d’Orion, la cible des 30 % de décote demandés par le FMI. Le Fonds a suivi de très près le déroulement de ces négociations difficiles. Nous gardons donc espoir qu’il assouplira sa position.

L’État fonctionne toujours et les salaires des fonctionnaires sont payés

Comment redonner un peu de marge de manœuvre financière à l’État ?

L’État fonctionne, il continue d’assurer ses principales fonctions régaliennes et les salaires des fonctionnaires sont payés. Cependant, la situation reste difficile, tout simplement parce que l’État ne dispose pas des ressources suffisantes, la crise persistant aux niveaux économique et sanitaire. Aussi nous attelons-nous à relancer l’économie principalement par l’investissement productif.

Le principal défi n’est-il pas de redonner confiance aux bailleurs comme aux investisseurs ?

Bien sûr qu’il nous faut restaurer la confiance et la consolider. C’est ce que nous faisons en gérant nos ressources avec davantage de transparence, en veillant à la qualité de la dépense. Des réformes ont été réalisées ces dernières années en matière de lutte contre la corruption, de gestion des finances publiques, de réorganisation de l’administration… Les structures existent, les personnes ressources ont été nommées et sont à pied d’œuvre.

Dans le Plan national de développement (PND) défini pour la période 2018-2022, nous estimons que la notion de bonne gouvernance doit accompagner l’ensemble des actes publics. Avoir de l’argent c’est bien, le dépenser à bon escient, c’est mieux. C’est ce que mon gouvernement essaye de faire actuellement, sous l’impulsion du président Denis Sassou Nguesso.

Le cercle sera-t-il toujours aussi vertueux si le prix du baril grimpe à nouveau ?

Le PND a fait de la diversification économique – dans les secteurs agricole, forestier et touristique –, l’un de ses principaux piliers. Et l’augmentation substantielle du prix du baril ne devrait pas nous détourner du devoir d’appliquer des bonnes pratiques dans la gestion de nos finances.

Nous restaurons actuellement un climat des affaires satisfaisant, à même d’attirer les investisseurs privés intéressés par les secteurs des mines, de la foresterie, du tourisme et du numérique. L’industrialisation par la transformation des biens issus du sol et du sous-sol congolais devient l’un des marqueurs de notre politique économique.

La restauration des équilibres macroéconomiques s’impose à nous, afin de mieux asseoir une relance à la fois inclusive, solide et pérenne. Dans un tel contexte, la satisfaction légitime des besoins des populations deviendra plus sûre et continue. Tout est mis en œuvre pour que le Congo surmonte cette crise économique et sanitaire.

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