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MTV Shuga Babi : sexualité et tolérance au cœur de la saison 2

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Le casting de la saison 2 de la série « MTV Shuga Babi »

Le casting de la saison 2 de la série « MTV Shuga Babi » © Ibrahim Diarrassouba/Emotions photography

La deuxième saison de MTV Shuga Babi débarque sur Youtube et sur la RTI. Plus qu’un divertissement, la série entend sensibiliser les jeunes à la séropositivité, aux tabous autour de la sexualité et aux violences basées sur le genre.

Sur Youtube, la première saison de MTV Shuga Babi a déjà cumulé plus d’un million de vues. Et les huit épisodes de la deuxième saison débarquent sur la plateforme et sur la RTI. La recette de son succès ? Des intrigues typiquement africaines liées à la jeunesse, de la danse, de la musique afro-urbaine et électronique et des caméos (Josey ou Meiway…).

Mais le programme, tourné à Abidjan, entend aussi faire passer des messages de santé publique et de société auprès des 15-25 ans, cœur de cible du feuilleton. Conçue comme un support éducatif, cette création produite par la fondation MTV Staying Alive s’accompagne d’une campagne de sensibilisation au VIH diffusée sur les canaux numériques avec le soutien financier de l’Unitaid, structure hébergée par l’OMS spécialisée dans l’identification et le développement de solutions innovantes pour prévenir, diagnostiquer et traiter les maladies.

Alors que, selon la Banque mondiale, quatre infections sur dix en Afrique subsaharienne concernent des jeunes de moins de 25 ans, MTV Shuga Babi promeut par exemple de nouveaux dispositifs de dépistage comme l’autotest pour connaître son statut sérologique et lutte contre la stigmatisation des personnes séropositives en mettant en scène des personnages vivant avec le sida. « C’est une fiction qui prône la tolérance », souligne Paola Ndengue, responsable marketing de la Fondation.

Familles conservatrices

L’edutainment (contraction d’« éducation » et de « divertissement » en anglais) est une recette gagnante en Côte d’Ivoire, comme l’illustre le succès de certaines séries hospitalières comme C’est la vie et Hôpital IT.  Mais MTV Shuga Babi puise davantage dans les codes du cinéma que dans ceux du soap opera et s’affranchit du monde des professionnels de la santé pour mieux s’intéresser à l’intimité des jeunes.

Notre priorité est de délier les langues sur les violences aux femmes et aux personnes séropositives »

« Je viens du cinéma et du clip, glisse le réalisateur, Will Niava. Avec des images et un scénario de qualité, on peut traiter n’importe quel sujet, même le plus sensible, et toucher les jeunes ». L’Ivoiro-Ghanéen a beaucoup été influencé par l’esthétique de Moonlight, long-métrage de l’Africain-Américain Barry Jenkins, qui s’intéressait à la masculinité noire. Un thème abordé dans Shuga Babi à travers les personnages d’Ousmane, qui refuse de perdre sa virginité et subit la pression de son patriarche, et Abdel, père célibataire.

Les tabous entourant la sexualité au sein des familles conservatrices sont au cœur de cette deuxième saison, tout comme les violences psychologiques et physiques basées sur le genre, un an après la naissance du mouvement féministe #VraieFemmeAfricaine sur les réseaux sociaux ivoiriens.

La saison 2 de la série est disponible sur Youtube et diffusée sur la RTI
RTI

MTV Shuga Babi revendique ainsi une approche progressiste… mais ne va pas aussi loin que d’autres franchises de la série MTV Shuga, née en 2009 au Kenya. Les questions liées à l’avortement et aux droits LGBT+, restent ainsi sensibles, voire tabous, quand elles sont ouvertement abordées dans les adaptations sud-africaine et nigériane.

« Nous travaillons avec le ministère de la Santé et devons être en conformité sur le plan légal et juridique, concède Paola Ndengue. Nous voulons être inclusifs, mais notre priorité est de délier les langues sur les violences faites à l’encontre des personnes séropositives et des femmes ».

Scénario participatif

Le scénario est quoi qu’il en soit co-construit avec les téléspectateurs : un panel de jeunes ivoiriens issus de tous les milieux socioculturels et économiques est ainsi réuni avant l’écriture des épisodes pour débattre des sujets qui les traversent, et les commentaires sur les réseaux sociaux viennent également enrichir la réflexion. Un moyen pour le feuilleton d’être au plus près des préoccupations du public visé.

Pari réussi, puisque depuis le lancement de la première saison de MTV Shuga Babi et de sa campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux ou à la radio, « 50 % des appels reçus par la helpline proposée par les associations partenaires comme Ruban Rouge, une ONG luttant contre les IST et le VIH, étaient passés par des jeunes de 15 à 25 ans », se félicite Paola Ndegue.  La responsable marketing de la fondation MTV Staying Alive espère aussi développer le concept dans d’autres pays francophones, comme le Sénégal ou le Mali.

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