Capital-investissement

Kenza Lahlou (Outlierz Ventures) : « Il y a eu plus d’acquisitions en 2020 que durant les années précédentes »

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Mis à jour le 11 février 2021 à 08h48
Le tramway de la ville de Casablanca. Le 4 septembre 2012.

Le tramway de la ville de Casablanca. Le 4 septembre 2012. © Hassan Ouazzani pour Jeune Afrique

Le travail à distance profite au secteur du capital-risque, estime l’investisseuse marocaine de 33 ans, très connectée à la Silicon Valley.

En Afrique francophone, rares sont les sociétés de capital-risque véritablement africaines qui font parler d’elles. Encore plus rares sont celles dirigées par une femme. Cofondée en 2018 à Casablanca par Kenza Lahlou, Outlierz Ventures fait désormais partie des investisseurs en vue de la tech continentale.

L’itinéraire de cette ingénieure de 33 ans formée à Rouen, en France et à Singapour, et spécialisée dans l’intelligence artificielle et l’apprentissage des machines, a croisé la route de Michael Seibel, patron américain du renommé Y Combinator. Ce dernier a propulsé, depuis ses locaux de la Silicon Valley, Airbnb, Dropbox ou Flutterwave dans l’élite de la tech mondiale.

Le soutien de grands patrons

Michael Seibel a décidé de participer au premier fonds du jeune capital-risqueur marocain aux côtés de nombreux investisseurs de renom. Parmi eux : Joël Sibrac, ancien président de BMCI (filiale de BNP à Casablanca), Hicham Oudghiri, créateur d’Enigma Technologies à New York, une start-up spécialisée dans la gestion de données qui a levé près de 130 millions de dollars en dix ans, et 500 Startups, incubateur et fonds d’investissement californien très actif en Égypte.

Pionnière de l’écosystème marocain pour avoir créé le premier réseau d’entrepreneurs du secteur en 2013 sous le nom de StartupYourLife, Kenza Lahlou avec Outlierz Ventures investit en phase d’amorçage des tickets compris entre 50 000 et 100 000 dollars pour des tours de tables pouvant atteindre plus de deux millions dollars. La jeune entreprise reste cependant très discrète sur les niveaux de ses actifs sous gestion. Selon diverses estimations, ces derniers étaient compris entre 5 et 10 millions de dollars en 2017.

Certaines de nos entreprises ont des valorisations qui atteignent huit voire neuf chiffres

Outlierz Ventures dispose d’un portefeuille de huit start-up. Ces dernières sont réparties entre le Maroc (WaysToCap), l’Égypte (MaxAB, spécialiste du e-commerce pour les épiciers qui a levé 6,2 millions de dollars en septembre 2019), le Nigeria (Youverify) et le Kenya (Sokowatch, 18,6 millions de dollars levés en trois ans), sans compter sa présence au tour de table d’entreprise fondées par la diaspora à Paris (TousFacteurs) et à Londres (Asoko Insight).

Jeune Afrique : Vous faites partie des tours de tables de MaxAB et Sokowatch, des start-up qui font parler d’elles et dont les valorisations s’estiment à plusieurs millions de dollars. Comment les avez-vous repérées ?

Kenza Lahlou : Certaines de nos entreprises ont effectivement des valorisations qui atteignent plus de huit voire neuf chiffres. Nous avons des entreprises qui progressent très vite avec des multiples [de croissance et de rendements] impressionnants. Après seulement deux ans, la performance de notre fonds est déjà supérieure aux performances classiques que l’on peut observer ailleurs.

Pour trouver nos pépites, nous avons dans un premier temps effectué un travail de terrain, qui consiste à rencontrer le maximum d’investisseurs, de fondateurs d’entreprises, d’accompagnateurs au sein des quatre écosystèmes que nous ciblons en priorité (Maroc, Égypte, Kenya et Nigeria).

Nous avons eu la chance d’avoir pu établir notre réseau depuis plusieurs année et de construire notre accès aux écosystèmes avant la crise sanitaire. Cela nous permet de nous baser sur un réseau qui se compose d’entrepreneurs, de nos start-uppers et de co-investisseurs.

Kenza Lahlou

Kenza Lahlou © Twitter/DR

Pourquoi ne pas être plus présent dans la zone francophone ?

Dans l’espace anglophone, il existe beaucoup plus de souplesse et de flexibilité qu’en zone francophone, même de la part des régulateurs.

De manière générale, le challenge en Afrique francophone n’est pas forcément celui du financement mais plutôt celui de la diversité des petits marchés, aux configurations réglementaires complexes. L’enjeu est donc d’arriver à dépasser ces fragmentations.

Des investissements en zone francophone ne sont pas exclus dans le futur

Les choses commencent néanmoins à bouger. Au Maroc, nous disposons de plus en plus d’investisseurs pour le démarrage et d’initiatives gouvernementales qui facilitent l’accès aux investissements. Le programme 212 Founders, créé par la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), a déjà investi dans plusieurs start-up en phase de démarrage. C’est un exemple.

La Tunisie aussi dispose de talents et d’infrastructures qui permettent l’essor d’un bel écosystème. Le Sénégal bouge également grâce à l’initiative gouvernementale. Des investissements en zone francophone ne sont donc pas exclus dans le futur.

Malgré la pandémie, il semble que 2020 a été une bonne année pour votre secteur qui repose pourtant sur un important travail de terrain. Comment vous êtes-vous adaptés à la distanciation sociale ?

Le Covid a accéléré la croissance de 90 % des entreprises de notre portefeuille parce qu’il n’a fait qu’amplifier les besoins en digitalisation de l’économie.

La pandémie est, de ce fait, loin d’avoir stoppé nos investissements. Pour preuve : il y a eu plus d’acquisitions en 2020 que les années précédentes, ce qui démontre la maturité des écosystèmes continentaux.

Le Covid rebat entièrement les cartes de l’industrie du capital risque

Concernant le travail au quotidien, nous sommes une petite équipe active sur quatre marchés différents. Avant la crise nous faisions déjà des deals sans aller rencontrer sur place les entrepreneurs et nous avons continué à le faire sans problème.

Cette tendance est plutôt bénéfique car elle accélère le processus de levée de fonds et fait en sorte que des investisseurs qui ne regardaient pas l’Afrique auparavant, s’y intéressent désormais et peuvent être actifs sur nos marchés. Le Covid rebat donc entièrement les cartes de l’industrie du capital risque.

Comment appréhendez-vous cette nouvelle concurrence ?

Dans l’investissement en phase d’amorçage, l’avantage est qu’il y a davantage de coopération que de compétition, car aucun fonds n’est capable de capter la totalité des tours de table à la différence des séries A ou B. De plus, la demande de financement en phase d’amorçage reste supérieure à l’offre sur le continent donc il y a de la place pour tout le monde et cela donne l’embarras du choix aux investisseurs.

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