Politique

[Série] Maroc-Algérie : généraux et hommes de l’ombre (3/4)

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Sur cette photo prise le jeudi 19 décembre 2019, le chef militaire algérien Gaid Salah assiste à la cérémonie d’investiture du président Abdelmadjid Tebboune au palais présidentiel, à Alger, en Algérie.

Sur cette photo prise le jeudi 19 décembre 2019, le chef militaire algérien Gaid Salah assiste à la cérémonie d'investiture du président Abdelmadjid Tebboune au palais présidentiel, à Alger, en Algérie. © Doudou Toufik/PPAgency/SIPA

« Maroc-Algérie : demain, la guerre ? » (3/4). Ils sont arrivés à la tête des services secrets ou des forces militaires de leur pays au terme de parcours souvent brillants et parfois mouvementés. Portraits.

• Maroc – Abdelfattah Louarak, inspecteur général des forces armées marocaines

L’Inspecteur gÈnÈral des Forces armÈes Royales, le gÈnÈral de corps díarmÈe, Abdelfattah Louarak _SL

Le général Abdelfattah Louarak, inspecteur général des Forces armées. © MAP

Le général Abdelfattah Louarak, 66 ans, est nommé en janvier 2017 inspecteur général des Forces armées (le chef d’état-major en titre n’étant autre que le roi lui-même), en remplacement du général Bouchaïb Arroub, qui occupait cette fonction depuis 2014. Sa promotion marque donc le début d’une stabilité à ce poste stratégique, s’il en est.

Il a été fait général quatre étoiles par Mohammed VI en janvier 2017, rejoignant le très sélectif « club des 4 étoiles » avec son prédécesseur, Hosni Benslimane (ex-commandant de la Gendarmerie royale).

Né en 1955 à Ben Ahmed (région de Casablanca-Settat), il sort diplômé de l’académie royale militaire de Meknès en 1976. Il connaît particulièrement bien le terrain saharien puisqu’il y fait ses premières armes lors du conflit du Sahara occidental (1975-1991), au sein du onzième régiment d’infanterie motorisée, durant une dizaine d’années. Peu d’informations filtrent sur ses faits d’armes, mais il est décoré d’un wissam alaouite à l’issue de cette période.

En 1986, il est transféré dans une unité d’élite, la deuxième brigade d’infanterie parachutiste, où il doit former les forces spéciales. Il prendra par la suite la tête du commandement de l’Inspection train, chargée de la logistique et des transports des forces armées. En 1994, alors qu’il est encore commandant, il obtient un brevet d’études supérieures au Collège interarmées de défense de Paris (devenu l’École de guerre en 2010). Il supervise également le recrutement des cadres de l’armée au sein du Département personnel officier.

Le général Louarak tient par ailleurs un rôle diplomatique : c’est notamment lui qui se déplace à Washington début janvier pour conclure les accords militaires entre le royaume et les États-Unis pour la période 2020-2030.

• Mohammed Yacine Mansouri, directeur du renseignement national marocain

Mohammed Yacine Mansouri, directeur général des études et de la documentation.

Mohammed Yacine Mansouri, directeur général des études et de la documentation. © AIC PRESS

Mohammed Yacine Mansouri, directeur général des études et de la documentation, le contre-espionnage marocain, 59 ans, a été un camarade de classe du roi Mohammed VI au Collège royal de Rabat. Il est nommé en 1999 directeur de la MAP, l’agence marocaine de presse, avant de prendre la direction de la Direction générale des études et de la documentation (DGED) en 2005, sur nomination royale. Une expérience de quinze ans, contre simplement quelques mois pour son alter ego algérien, Nour-Eddine Mekri…

Mohammed Yacine Mansouri joue également un rôle diplomatique non négligeable, notamment sur le dossier libyen, et passe ainsi pour l’architecte des rencontres interlibyennes de Bouznika (en septembre et octobre 2020). Il représente fréquemment le Maroc lors des rencontres portant sur les questions de terrorisme au sein des organismes régionaux et internationaux.

Aux côtés du ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, il participe à la table ronde à Genève, sous les auspices de l’ONU, réunissant en décembre 2018 le Polisario, des officiels algériens et des représentants mauritaniens. Juriste de formation, puis homme de médias, il n’a pas le parcours d’un sécuritaire classique, même s’il fait un passage à l’Intérieur, en rejoignant à la fin des années 1980 le cabinet de Driss Basri, tout-puissant ministre entre 1979 et 1999. Une expérience qui l’amènera à séjourner régulièrement au Sahara.

Mohammed Yacine Mansouri incarne la double approche marocaine sur la Sahara, à la fois sécuritaire et diplomatique

Quelques mois avant la réintégration du Maroc à l’Union africaine en 2017, il se rend en Algérie avec Nasser Bourita, lors d’une visite inédite, où il rencontre notamment le ministre algérien des Affaires étrangères de l’époque, Abdelkader Messahel. Mohammed Yacine Mansouri incarne ainsi la double approche marocaine sur la Sahara, à la fois sécuritaire et diplomatique.

Algérie – Saïd Chengriha, chef d’état-major algérien

Général major Said Chengriha nouveau chef d’etat Major de l’a

Général major Said Chengriha nouveau chef d’etat Major de l’a © Le général-major Saïd Chengriha, chef d’Etat-major de l’Armée nationale populaire (ANP)
© Zinedine ZEBAR

Après s’être engagé l’année de ses 18 ans, en 1963, Saïd Chengriha a rapidement été envoyé en formation à l’école de Saint-Cyr Coëtquidan, en France, où il se spécialise dans les blindés. Après avoir combattu les troupes israéliennes au sein du corps expéditionnaire envoyé soutenir l’Égypte lors de la guerre du Kippour, en 1973, il complète sa formation au sein de l’Académie militaire de Vorochilov, en Union soviétique.

C’est en 1992, au lendemain des insurrections liées à l’interruption du processus électoral, que le destin de l’officier natif d’El Kantara, dans la wilaya de Biskra, bascule. On le charge, aux côtés de son supérieur direct, Abdelaziz Medjahed, de prendre le commandement du Centre de conduite et de coordination des actions de lutte antisubversive du secteur de Bouira, au sud-est d’Alger.

Un faucon très hostile au voisin de l’ouest

Une mission suffisamment concluante pour que ses chefs décident, deux ans plus tard, de le réaffecter à son corps d’origine, le huitième division blindée, avec une tâche importante : réfléchir à la modernisation de l’Armée de terre face aux nouvelles menaces qui émergent. Parmi celles-ci : la situation de plus en plus tendue à la frontière marocaine. Chengriha sera d’ailleurs nommé, en 2004, chef de la troisième Région militaire de Béchar, frontalière, où il gagnera une réputation de faucon très hostile au voisin de l’ouest.

Nommé à la tête des forces terrestres en août 2018, il est aux premières loges lorsque son supérieur direct, Ahmed Gaïd Salah, pousse à la démission le président Bouteflika et devient de facto le chef de l’État par intérim. Saïd Chengriha – ou « Tcheng », comme on le surnomme en référence à son oncle Abdelkader, ancienne figure de l’Armée de libération et des services de renseignement – n’a jamais été aussi proche du pouvoir, et quand Gaïd Salah décède, quelques jours après l’élection d’Abdelmadjid Tebboune, c’est tout naturellement qu’il est nommé chef d’état-major par intérim. Poste auquel il a été confirmé officiellement le 3 juillet 2020.

Nour-Eddine Mekri, alias « Mahfoud Polisario », chef du renseignement extérieur algérien

Né dans les années 1950 à Mascara, dans l’ouest du pays, le général-major Nour-Eddine Mekri, alias « Mahfoud », fait partie de la génération d’officiers qui ont rejoint l’Armée nationale populaire (ANP) pour servir au sein des services de renseignement, qui s’ouvraient alors aux universitaires.

Sa maîtrise du dossier du Sahara occidental, qu’il a directement suivi à travers des séjours prolongés à Tindouf (près de la frontière algéro-marocaine) notamment, lui vaut parfois le surnom de « Mahfoud Polisario ».

Dans les années 1980, il collabore étroitement avec Mohamed Seddik Benyahia, ministre des Affaires étrangères et artisan de la libération des otages américains détenus en Iran. « Mahfoud » a également dirigé l’Institut des hautes études de sécurité nationale au début des années 1990.

Sa carrière bifurque le 10 septembre 2009 lorsqu’il est nommé Directeur central au ministère de la Défense nationale, chargé des relations extérieurs et de la coopération. Ce poste stratégique lui permet de nommer et diriger l’ensemble des attachés de défense algériens en poste à l’étranger, d’assister les délégations militaires étrangères en visite en Algérie et de garder un œil sur les représentations diplomatiques dotées de bureaux militaires à Alger.

Victime collatérale du conflit entre son chef et Ahmed Gaïd Salah, « Mahfoud » est limogé sans ménagement

En 2015, il paie cher sa proximité avec le général Mohamed « Toufik » Mediène. Celui-ci est poussé à la retraite, le Département du renseignement et de la sécurité, qu’il dirigeait, est démantelé. Victime collatérale du conflit entre son chef et Ahmed Gaïd Salah, « Mahfoud » est limogé sans ménagement.

Sa nomination, le 20 janvier 2021, à la tête des renseignements extérieurs, marque donc son retour en grâce. Il aura pour mission de rétablir des canaux de coordination plus étroits et plus efficaces entre l’appareil diplomatique, l’institution militaire et les services de renseignement extérieur. Son parcours, au moins en théorie, fait de lui l’homme idéal pour cette mission.

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