Politique

Mali : le RPM survivra-t-il à la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta ?

Réservé aux abonnés | | Par
Un partisan du Rassemblement pour le Mali brandit un drapeau du RPM à Bamako, le 10 août 2018, avant le second tour de la présidentielle du 12 août.

Un partisan du Rassemblement pour le Mali brandit un drapeau du RPM à Bamako, le 10 août 2018, avant le second tour de la présidentielle du 12 août. © MICHELE CATTANI/AFP

Le Rassemblement pour le Mali se prépare pour les élections générales qui mettront fin à la transition mi-2022. Mais pour peser sur la scène politique malienne, l’ancien parti au pouvoir va devoir se réorganiser et faire son auto-critique.

Pour lui aussi, la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) a été un cinglant revers. Les relations entre le Rassemblement pour le Mali (RPM) et son fondateur étaient pourtant complexes. Au plus fort de la crise qui a secoué le pays l’année dernière, l’ancien président a d’ailleurs paru bien seul face au Mouvement du 5 juin (M5), tant sa majorité était divisée. Si IBK aimait répéter qu’il avait été élu par les Maliens, le RPM estimait ne jamais avoir eu la place qui lui revenait en tant que parti au pouvoir.

En juillet dernier, alors que les remous nés de la proclamation des résultats des élections législatives organisées quatre mois plus tôt peinaient à retomber et que les manifestants n’en finissaient pas de dénoncer la mauvaise gouvernance d’IBK, une délégation du parti était allée à la rencontre du président.

Relation tumultueuse

« Nous lui avons remis un document qui [faisait] état des positions et des doléances du parti, mais nous n’avons pas eu de réponse claire. Si nous avions été responsabilisés dans la gestion du pouvoir, nous aurions pu jouer ce rôle d’apaisement du climat social », affirmait alors Baber Gano, secrétaire général du parti. Contacté par Jeune Afrique, il ajoute ne pas avoir revu l’ancien président depuis le coup d’État du 18 août.

« La chute d’IBK a été possible parce qu’il n’a jamais considéré sa majorité, analyse Boubacar Haïdara, chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le monde (LAM). De tous les Premiers ministres qu’il a eus, un seul était issu des rangs de son parti : Abdoulaye Idrissa Maïga. Et ce dernier n’est resté que quelques mois. En pleine crise, le chef de l’État a renvoyé le M5 discuter avec une majorité qu’il n’a lui-même jamais écoutée. »

Cela n’aura été qu’un épisode parmi d’autres dans la relation tumultueuse qu’entretenaient IBK et son parti. En mai dernier, les instances du RPM avaient désigné Mamadou Diarrassouba comme candidat au perchoir, mais le fondateur du parti a préféré apporter son soutien à l’un de ses fidèles, Moussa Timbiné. Diarrassouba s’est alors vu contraint de retirer sa candidature au profit de celui qui était considéré comme l’un des fils politiques d’IBK, et c’est peu dire que les cadres du RPM n’avaient pas apprécié. Dans ce contexte de division, difficile de réunir la majorité derrière son chef. De fait, aucune manifestation de soutien au pouvoir n’a eu lieu tout au long de ces mois d’instabilité.

L’ancienne majorité a joué un plus grand rôle dans la chute d’IBK que son opposition

« L’ancienne majorité a joué rôle un plus grand dans la chute d’IBK que son opposition, avance Housseini Amion Guindo, président de la Convergence pour le développement du Mali. La preuve en est que le contentieux lié aux législatives concernait surtout les partis membres de la majorité. » Malgré les recommandations de la Cedeao, qui avait invité la trentaine de députés dont l’élection était contestée à démissionner, ceux-ci avaient refusé de renoncer à leurs sièges.

Aujourd’hui, le RPM fait profil bas et tente de se reconstruire. « Le parti a subi un choc, admet Baber Gano. La crise était profonde mais nous étions loin de penser que notre démocratie n’était pas assez solide pour éviter une nouvelle irruption des militaires dans la vie démocratique. »

Au lendemain du putsch mené par le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) – depuis dissous par un décret du président de la transition, Bah N’Daw –, le parti a pris part aux concertations nationales qui ont permis d’élaborer une charte de la transition et une feuille de route. Les cadres se sont aussi dits disponibles pour accompagner la transition. Mais la ligne officielle du RPM a été de ne pas participer au CNT et ceux, à l’instar de Mahamadou Diarrassouba qui l’ont rejoint, y apparaissent à titre personnel, insistent-ils.

« Le parti est passé par une phase de remise en question, poursuit Baber Gano. Nous avons fini de digérer le coup d’État. Maintenant il faut se remettre au travail. Nous reprenons confiance et essayons de trouver les ressources morales et politiques nécessaires pour reconstruire le RPM et reconquérir le terrain. »

Retour vers la base

En novembre dernier, les cadres du RPM ont lancé des conférences dans les régions pour renouer avec les militants. Elles ont parfois donné lieu à des échanges houleux. « Ceux qui étaient loin de Bamako veulent comprendre ce qui s’est passé et comment IBK est devenu ce type de président qui s’est éloigné de sa base. D’autres, au contraire, estiment que c’est nous qui l’avons abandonné », confie un cadre du RPM.

Cette tournée a depuis été « interrompue en raison des restrictions liées à l’épidémie de Covid-19 », mais l’idée de participer aux prochaines élections fait consensus. « Le RPM est une œuvre qui a porté IBK à la tête du pays. On ne va pas s’arrêter à cause de cet accident de parcours. Nous contrôlons les mairies, les administrations locales et avions de nombreux députés. Notre mobilisation a pour but principal de reprendre cette position que nous savons affaiblie », estime Baber Gano. Avant la dissolution de l’Assemblée nationale par IBK, le RPM comptait 51 députés sur 147.

En novembre, Bokary Treta, président du RPM également à la tête d’Ensemble pour le Mali, un regroupement de partis et d’associations qui avait soutenu la candidature d’IBK en 2018, a tenté de réorganiser le mouvement.

Mais la formation pourra-t-elle revenir en force et éviter de connaître le même sort que l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adema-PASJ) ? Au pouvoir sous la présidence d’Alpha Oumar Konaré, l’Adema a subi une véritable hémorragie quand ses membres les plus influents sont partis pour former leurs propres partis, tels le RPM et l’Union pour la République et la démocratie (URD), du défunt Soumaïla Cissé. « L’avenir du RPM reste incertain, analyse Mohamed Amara, sociologue à l’université de Bamako et auteur de Marchands d’angoisse – Le Mali tel qu’il est, tel qu’il pourrait être (éditions Grandvaux, 2019). Affaibli par la chute d’IBK, le RPM doit encore panser ses plaies et s’unir. De plus, il n’y a pas de leader qui puisse incarner un renouveau. »

Nouer des alliances

« Bokary Treta a quitté le gouvernement sur fond d’un scandale lié à des engrais de mauvaise qualité en 2015. Il traîne encore cette casserole. Quant à l’ancien Premier ministre Boubou Cissé, le RPM l’a toujours vu comme quelqu’un qui était venu prendre ce à quoi ils avaient droit », détaille Boubacar Haïdara. Depuis la fin décembre, accusé de vouloir déstabiliser la transition, Boubou Cissé se cache. « Le rebond du RPM, ce n’est pas pour les prochaines élections. Depuis le coup d’État, c’est toute la classe politique malienne qui est mise sur la touche », ajoute Haïdara.

Et qui pourrait être son champion aux prochaines élections ? Pour Baber Gano, cette question sera tranchée le moment venu. « Nous sommes en train de tirer les leçons du passé et nous faisons tout pour éviter qu’une crise interne vienne nous diviser. La candidature naturelle n’existe pas. Il y a la candidature acceptable. Nous allons soutenir celui ou celle qui sera le mieux préparé(e) pour porter nos projets, et la décision sera prise conformément aux textes du RPM. »

Le RPM semble encore tâtonner

Pour revenir sur le devant de la scène, la famille politique d’IBK pourrait aussi se trouver de nouveaux alliés. « Le RPM a démontré à de nombreuses reprises sa capacité à nouer des alliances, même avec ceux avec qui il n’a pas déjà de proximité politique », souligne Mohamed Amara. Mais si ses leaders misent sur son implantation locale pour maintenir son influence dans un contexte où les cartes sont redistribuées et où des poids lourds de la scène politique préparent déjà la course pour Koulouba, le RPM, lui, semble encore tâtonner.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3101_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer