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Cet article est issu du dossier «Infrastructures : des chantiers à la pelle»

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Économie

Pour le sud-africain PPC, la bataille se joue au nord

Le géant sud-africain PPC a réalisé un chiffre d'affaires de 600 millions d'euros en 2013. DR ©

Concurrencé sur son propre terrain, le champion sud-africain du ciment lorgne les marchés neufs du continent, en pleine frénésie de construction. Dans sa ligne de mire, le Rwanda, la RD Congo et l'Algérie.

En s’implantant dans la région de Kimpese, à l’ouest de la RD Congo, Pretoria Portland Cement (PPC), le leader sud-africain du ciment, confirme ses velléités d’expansion, notamment dans la région des Grands Lacs. Coût de l’investissement : 230 millions de dollars (environ 170 millions d’euros) pour la construction d’une nouvelle usine, d’une capacité de 1 million de tonnes par an.

Fin 2012 déjà, PPC avait annoncé la couleur en rachetant 51 % des parts du cimentier rwandais Cimerwa, pour 70 millions de dollars. Happy-Girl Buthelezi, directrice du développement, confirme : « Nous voulons doubler la part de notre chiffre d’affaires hors d’Afrique du Sud, pour passer de 22 % à 40 % d’ici à 2016-2017. » L’an dernier, les revenus de l’entreprise ont augmenté de 13 %, pour atteindre 8,3 milliards de rands (près de 600 millions d’euros). « Cet objectif paraît réaliste, car PPC va viser des marchés moins concurrentiels, où tout reste à faire », commente Jean Pierre Verster, analyste pour la société d’investissement 36ONE Asset Management.

Demande en baisse

Si PPC lorgne ailleurs, c’est qu’en Afrique du Sud la demande a beaucoup diminué. Depuis la Coupe du monde de football de 2010, le rythme de construction a ralenti. De plus, le contexte économique national pénalise le secteur. « La faiblesse du rand freine les importations, et la perte de confiance des investisseurs a un impact indirect : moins d’investissements, donc moins de constructions et moins de ciment », remarque Jean Pierre Verster.

Le géant sud-africain est en outre attaqué sur son propre territoire par son grand rival : l’usine de Sephaku Cement, détenue à 64 % par le nigérian Dangote, a ouvert en janvier. « Face au durcissement du marché local, l’entreprise se tourne vers d’autres pays africains. Alors que Dangote se déploie dans le Sud, PPC part à la conquête du Nord », explique l’analyste.

Incursion

Le Nord, là où se situent les pays à fort potentiel. Des territoires en plein essor en matière de construction et où l’offre est encore faible. « Nous voulons répondre à cette demande soit en construisant des usines lorsqu’il n’existe pas de structures, comme en RD Congo, soit en achetant des parts dans des sociétés déjà implantées, comme au Rwanda », annonce Happy-Girl Buthelezi. En RD Congo, où la consommation annuelle de ciment par habitant est la plus faible d’Afrique (16 kg, bien loin des 240 kg de l’Afrique du Sud), ce n’est pas la première fois que PPC tente une incursion. En juillet 2012, son offre lors de la privatisation de la Cimenterie nationale (Cinat) avait été déclinée, l’angolais Nova Cimangola lui ayant été préféré.

L’entreprise persiste dans son choix congolais, attirée par les aides – d’importantes réductions fiscales pendant les cinq premières années – qu’accorde l’État aux investisseurs étrangers. Encouragée, aussi, par la position stratégique du pays. « La construction du barrage du Grand Inga va booster la demande de ciment. Nous voulons faire de la RD Congo le moteur de l’Afrique centrale, comme l’Afrique du Sud l’est en Afrique australe. Ainsi, à terme, nous pourrons espérer exporter vers les pays voisins », précise la directrice du développement.

Ingrédients

PPC vient aussi de mettre un pied en Algérie, où la production nationale ne suffit pas à satisfaire la demande en ciment, qui croît de 8 % chaque année depuis 2006. Le 9 février, le sud-africain a signé une convention d’investissement avec la Hodna Cement Company pour la construction d’une usine censée ouvrir en 2016. Un projet qui, financé à 80 % par des banques locales, est estimé à 350 millions de dollars, PPC détenant 40 % du capital. « Comme en RD Congo, il s’agit d’un grand pays, avec une population importante et une capacité de construction élevée. Et il y a tous les ingrédients pour fabriquer du ciment sur place », explique Happy-Girl Buthelezi.

L’Afrique francophone n’est pas la seule cible de l’entreprise, qui a aussi racheté 27 % des parts d’une compagnie éthiopienne pour 12 millions de dollars l’an dernier. Une expansion qui devrait, à terme, la conduire dans le golfe de Guinée.

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