Politique économique

Un boulevard s’ouvre pour Ngozi Okonjo-Iweala à l’OMC

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 05 février 2021 à 16h05
Ngozi Okonjo-Iweala, alors ministre de l’Économie et des Finances, au Forum sur le partenariat entre l’Afrique et la France, à Bercy le 6 février 2015.

Ngozi Okonjo-Iweala, alors ministre de l'Économie et des Finances, au Forum sur le partenariat entre l'Afrique et la France, à Bercy le 6 février 2015. © Bruno Levy pour JA

La Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala est désormais seule en lice pour devenir la prochaine patronne de l’Organisation mondiale du commerce.

La ministre sud-coréenne du Commerce Yoo Myung-hee a en effet renoncé le 5 février à briguer ce poste, laissant le champ libre à Ngozi Okonjo-Iweala pour prendre la tête de l’institution basée à Genève.

Elle n’est pas juste aimée au Nigeria, elle est adorée, c’est un symbole pour les femmes.

En plus d’être la première femme à la tête de l’OMC, elle serait en outre la première dirigeante originaire d’Afrique.

Diplômée du MIT et de Harvard, ancienne de la Banque mondiale

Deux fois ministre des Finances et chef de la diplomatie du Nigeria durant deux mois, Okonjo-Iweala a commencé sa carrière à la Banque mondiale en 1982, où elle a travaillé pendant 2vingt-cinq ans. En 2012, elle échoue à devenir la présidente de cette institution financière, face à l’Américano-Coréen Jim Yong Kim.

« Je crois qu’elle a fait du bon boulot, que ce soit au Nigeria ou dans les autres pays où elle a travaillé. Elle n’est pas juste aimée au Nigeria, elle est adorée, c’est un symbole (…) pour les femmes », a déclaré Idayat Hassan, directrice du Centre for Democracy and Development, basé à Abuja.

Okonjo-Iweala est née en 1954 à Ogwashi ukwu, dans l’État fédéral du Delta (ouest du Nigeria). Son père est un chef traditionnel.

La candidate a cependant passé la majorité de sa vie aux États-Unis, où elle a étudié dans deux universités prestigieuses, le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et Harvard.

Si les statuts de l’OMC ne prévoient pas de rotation géographique pour le directeur général, des voix se sont élevées pour signifier que c’était au tour d’un Africain ou d’une Africaine d’occuper le poste. Depuis sa création en 1995, l’OMC a été dirigée par six hommes : trois Européens, un Néo-zélandais, un Thaïlandais et un Brésilien.

Des critiques sur son passage au pouvoir à Abuja

La candidature de cette femme au parcours impressionnant ne fait toutefois pas l’unanimité.

« Ministre, elle a peut-être adopté quelques réformes sur la transparence, mais près de un milliard de dollars disparaissaient chaque mois des caisses de l’État quand elle dirigeait les Finances », explique Sarah Chayes, auteure de Thieves of State (Voleurs de l’État, en anglais), un livre-enquête sur la corruption à grande échelle.

J’ai travaillé toute ma vie sur les politiques commerciales

Okonjo-Iweala n’a toutefois jamais été poursuivie par la justice pour pillage des caisses de l’État, même si ses détracteurs estiment qu’elle aurait pu œuvrer davantage pour empêcher les détournements.

« Elle aurait pu démissionner et mettre à nu la corruption », estime Olanrewaju Suraju, de Human and environmental Development Agenda, une ONG nigériane.

Et à ceux qui lui reprochent de manquer d’expérience dans le domaine du commerce international, elle répond : « J’ai travaillé toute ma vie sur les politiques commerciales », lors d’un séminaire sur internet organisé en juillet par Chatham House, un centre de recherche britannique.

« Plus que tout », le chef de l’OMC doit avoir « de l’audace, du courage », affirme-t-elle, estimant que le choix ne peut se faire uniquement sur les compétences techniques.

Envoyée spéciale contre le Covid-19

Okonjo-Iweala a été nommée en juillet 2020 envoyée spéciale de l’Union africaine dans la lutte contre la pandémie sur le continent. Sa mission: mobiliser des soutiens à l’international pour enrayer la crise économique mondiale qui touche de plein fouet les pays africains.

À la présidence de l’OMC, elle aura fort à faire dans un contexte mondial de crise économique et de crise de confiance dans l’organisation, au moment où la libéralisation du commerce mondialisé est vivement contestée.

Selon elle, la montée des protectionnismes et du nationalisme à travers le monde s’est accentuée avec la crise et les barrières devraient être abaissées pour relancer l’économie.

« Une façon d’assurer une offre suffisante de vaccins et son équitable distribution est de supprimer certaines barrières érigées par les lois sur la propriété intellectuelle et les transferts de technologie », défendait-elle dans les pages du magazine américain Foreign Affairs en avril.

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